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De l’eau dans le gaz (de schiste)

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Damien Mesnier
Le 20.07.2012 à 19:21
De l’eau dans le gaz (de schiste)
© afp
La ministre de l’écologie, Delphine Batho, a confirmé ce matin l’interdiction de l’exploitation du gaz de schiste. Les associations écologistes applaudissent, au contraire des groupes pétroliers qui se disent déçus. Pourtant, une semaine plus tôt, Arnaud Montebourg laissait entendre vouloir parler d’n dossier créateur d’emploi. Des hésitations qui inquiètent les acteurs locaux.

Le gaz de schiste fait des remous ! Pourtant le débat est clôt. La ministre de l’Ecologie, Delphine Batho, a confirmé ce matin « l’interdiction d’exploiter cette énergie fossile ». Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement Productif, avait pourtant relancé la controverse vendredi dernier : « le gouvernement regardera ce dossier sensible sans toute fois le rouvrir ». Une annonce qui a fait frémir les associations écologistes comme insurgées contre «le seul bénéfice des industriels ! » on s’en doute, l’épisode a charmé les groupes pétroliers. Ravi et même surpris puisque l’été dernier, Arnaud Montebourg avait voté avec Jean Marc Ayrault, François Hollande et Delphine Batho, la loi sur l’interdiction stricte de la fracturation hydraulique, méthode très controversé, utilisé pour l’extraction. Déjà en 2010, Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’écologie, avait autorisé l’exploitation de trois sites en Loire-Atlantique, en Ardèche et en Aveyron. Les enjeux du gaz de schiste, à un mois de l’ouverture d’une conférence environnementale en septembre-octobre, tenaille le monde politique.

Les enjeux de gaz

L’intérêt des industriels pour le gaz de schiste est compréhensible. En fonction de sa quantité, il permettrait à la France d’être moins dépendant au niveau énergétique. Aujourd’hui, le pays importe 98% de ses énergies fossiles pour un coût de près de 70 milliards d’euros. Jean-Louis Schilansky, Président de l’Union Française des Industries Pétrolières, prend l’exemple des Etats-Unis : « après avoir développé il y a dix ans l’exploitation du gaz, les USA sont devenus autonome en ce qui concerne les hydrocarbures. Cela a permis de relancer l’industrie chimique. » Sans militer pour une exploitation, il insiste sur « la nécessité d’un débat. Nous regrettons que la ministre de l’Ecologie prenne des décisions seule, alors que des discussions doivent s’engager à la rentrée. » Par ailleurs, l’extraction n’est pas couteuse, ce qui permettrait de relancer l’emploi et l’activité localement. D’où l’intérêt discret d’Arnaud Montebourg pour ce nouveau carburant.

Les associations écologistes reconnaissent les bienfaits économiques d’une telle exploitation. Leurs critiquent sont de natures environnementales. Plusieurs organismes canadiens et américains, comme la National Oceanic and Atmospheric Administration ou la Global Warming Policy Foundation ont montré l’impact néfaste du procédé d’extraction. Les nappes phréatiques sont polluées lors des forages et les rejets de CO2 ainsi que de méthane altèrent les régions environnantes. Pour Benoit Faraco, le porte parole de la fondation de Nicolas Hulot, l’exploitation de cette ressource n’est pas raisonnable. «Accepter les forages continuerait d’enfermer notre société dans une logique de court terme. Avec une dépendance aux énergies fossiles toujours. Ce qu’il faut, c’est développer les énergies renouvelables et changer notre mode de vie. Opérer une transition écologique».

La crainte des acteurs locaux

« A l’heure actuelle, trois demandes de permis de forage sont étudiés par la justice en Dordogne mais ne sont pas sur d’être interdit » explique le député du département Dominique Peiro. En 2010, c’est par hasard qu’il apprend l’existence du permis de Cahors. Même chose pour celui de Bomont de Lomagne en 2010. A chaque fois, le ministère de l’Ecologie avait dissimulé ces demandes, jusqu’à ce que la protestation enfle dans la région. Mieux encore, c’est Delphine Batho, qui lors de son arrivé au ministère de l’écologie, a divulgué l’existence d’un troisième permis, celui de Brive. A l’abri des projecteurs et malgré la loi, le dossier du gaz de schiste semble donc toujours ouvert. Les communautés locales, sont inquiètes. « On a pas envie de se faire ravager le pays ! » lance Germinal Peiro.