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L’effet boomerang de l’étude Hadopi

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Laurent Berbon
Le 24.01.2011 à 16:29
L’effet boomerang de l’étude Hadopi
© AFP

49% des internautes piratent sur le Net. En majorité des hommes, parmi lesquels des quadragénaires aisés. C’est ce qui ressort d’une étude commandée par la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur l’Internet (Hadopi). Des conclusions qui confortent pourtant les anti-Hadopi dans l’idée que le dispositif est inadapté, alors que les premiers mails d’avertissement ont été envoyés en octobre.

« Ça démontre ce qu’on dit depuis un certain temps. Ceux qui partagent le plus sont ceux qui dépensent le plus ». Jéremie Zimmermann, porte-parole de La Quadrature du Net ne décolère pas après l’étude publiée par l’Hadopi dimanche. Une étude réalisée auprès de 2 687 internautes du 25 octobre au 4 novembre dernier, quelques semaines donc après l’envoi des premiers courriels d’avertissement aux internautes ayant téléchargé illégalement. Les conclusions sont sans appel. Près de la moitié (49%) des internautes admettent consommer des biens culturels de façon illicite. Le pirate est le plus souvent un homme et le phénomène touche davantage les jeunes avec 70% des 15-24 ans concernés et 55% des 25-39 ans. Les plus de 40 ans sont tout autant concernés puisqu’ils sont 32% à déclarer télécharger de façon illicite.

Mais là ou le bât blesse pour l’Hadopi, c’est que les pirates du Net sont de plus gros acheteurs de biens culturels que les autres. D’après l’étude, « les internautes déclarant un usage illicite ont une dépense légèrement supérieure à la moyenne » concernant les biens culturels sur Internet.

« Le point de départ de l’Hadopi est un mensonge »

Un constat qui remet en question l’existence même de l’Hadopi d’après Jérémie Zimmermann. « Le point de départ d’Hadopi est un mensonge. Contrairement à ce qu’on nous a présentés au début, il n’y a pas substituabilité des usages mais complémentarité de ces usages », s’insurge-t-il. Un argument auquel se rallient les détracteurs de l’Hadopi. « L’étude le montre, Hadopi va couper Internet aux internautes qui dépensent le plus en achats de biens culturels légaux sur Internet », écrit à ce propos Petaramesh sur Twitter.

Autre résultat qui ressort de l’étude, 52% des internautes interrogés assurent ne pas vouloir changer de comportement. Un chiffre qui vient mettre à mal l’argument des défenseurs de l'Hadopi selon lequel le dispositif a d’abord et avant tout un but pédagogique. « N’en déplaise à Mitterrand, il n’aura pas fallu six mois pour que l’Hadopi se déclare incompétente à réguler le piratage », ironise RT sur Twitter.

L’Hadopi ne baisse pas les bras

Pourtant du côté de la Haute autorité, on ne baisse pas les bras. « Le but premier de l’Hadopi est de faire prendre conscience. Ce n’est pas de flinguer tous les internautes. On peut faire confiance à ces populations là pour changer leurs habitudes », veut croire Michel Thiollière, membre du Collège de la Haute autorité. L’ex sénateur rapporteur des lois Hadopi 1 et 2 reconnaît bien « une corrélation entre les appétits des internautes pour la culture et les appétits pour les téléchargements », mais il souhaite donner à l’Hadopi le temps de faire les preuves de son efficacité, certain que comme sur les sujets de « santé publique » et de « sécurité routière », les Français « comprendront la démarche ». « Cette étude fait un constat de départ, ce qui sera significatif sera de savoir où l’on en est dans deux ans », explique Michel Thiollière.

L’effet pervers de l’Hadopi

Si l’étude, que certains sur Twitter interprètent comme « une lettre de suicide » peut paraître fragiliser l’Hadopi, Jérémie Zimmermann reste prudent. « On fait dire aux chiffres ce qu’on veut. Ça peut leur servir à dire que l’Hadopi ne suffit pas, qu’il faut aller plus loin », met en garde le porte-parole de La Quadrature du Net. Ce dernier s’inquiète aussi de l’effet pervers du dispositif qui ne fait que « reporter les comportements des internautes vers des systèmes de streaming nuisibles tant d’un point de vue économique que culturel ». « Depuis octobre, le site de streaming MegaUpload s’est félicité du trafic français », faisait observer il y a quelques semaines Paul da Silva, président du Parti pirate.« L’Hadopi a dopé le marché illégal de la vidéo », résume d’ailleurs Le Figaro lundi. « L’Hadopi ne sert à rien, c’est même Le Figaro qui le dit  », conclut non sans une pointe d’humour un Twitteur.