L’Europe, (encore) pomme de discorde pour le PS à La Rochelle

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François Vignal, envoyé spécial à La Rochelle
Le 24.08.2012 à 18:12
L’Europe, (encore) pomme de discorde pour le PS à La Rochelle
Marie-Noëlle Lienemann et François Hollande, en 2008.
© AFP
Marie-Noëlle Lienemann veut présenter une motion de la gauche du parti pour le congrès d’octobre. En cause : la ratification du traité européen. Martine Aubry et François Hollande souhaitent en revanche une motion unique, gage d’unité.

Changement d’ambiance à La Rochelle. Pour la traditionnelle Université d’été du PS, qui marque la rentrée des socialistes, l’arrivée au pouvoir de la gauche a calmé les ardeurs des membres du parti… et des journalistes. Finies les primaires, mais un défilé de ministres dans les différents ateliers thématiques. Au milieu de cette certaine sérénité, Marie-Noëlle Lienemann entend bousculer un peu ses camarades. La sénatrice, figure de l’aile gauche du parti, ne compte pas accepter sans broncher le scenario qu’on lui présente pour le congrès d’octobre : une motion unique pour désigner le remplaçant de Martine Aubry. La première secrétaire, qui entretient encore le flou histoire de peser jusqu’au bout, semble bien être prête à laisser la place.

« Le PC en Union soviétique était uni aussi ! »

Pour le congrès de Toulouse, Marie Noëlle Lienemann veut présenter une motion. Quoi qu’il arrive. « Soit ce sera avec Emmanuelli, Hamon et moi. Soit je la dépose moi-même », explique-t-elle à Public Sénat. « La démocratie, c’est le vote, ce n’est pas débattre dans le vide ». Gros point de blocage : la ratification du traité européen, synonyme de cure d’austérité à ses yeux. François Hollande y a ajouté un volet sur la croissance. Insuffisant pour Lienemann. « La renégociation est indispensable », prévient la sénatrice, qui affirme qu’elle votera « contre » la ratification au Parlement. Pendant ce temps, en salle plénière, Elisabeth Guigou, aux côtés de Laurent Fabius, appelle à « ratifier le traité pour aller plus loin »… Le ministre des Affaires étrangères, qui avait voté contre le traité européen de 2005, a aujourd’hui changé de bord. « Le traité sont des règles de discipline qui sont liées à une situation. On a besoin de stabilité » pour retrouver la croissance, plaide Laurent Fabius. Qui ne s’inquiète pas pour l’issue du vote : « Le contexte fera que ce texte sera voté ».

Sur l’esplanade, entre soleil et pluie tiède, la ministre de la Santé Marisol Touraine fait son entrée. « J’assume de dire que le PS ne doit pas être dans la dispersion. Ça ne veut pas dire parti godillot », lance-t-elle. Elle ajoute : « Si on a gagné, c’est parce qu’on a su se rassembler et parler d’une même voix ». Le genre d’argument qui manque de faire s’étrangler Marie-Noël Lienemann : « Le PC en Union soviétique était uni aussi ! »

« Il y a quelques éléments que l’aile gauche doit nous expliquer »

A l’autre bout de l’échiquier politique interne du parti, certains s’étonnent. Le sénateur Luc Carvounas, proche du ministre de l’Intérieur Manuel Valls, en fait partie : « Je ne comprends pas que mon ami Razzy Hammadi (proche de Benoît Hamon, ndlr) fasse une tribune pour dire qu’il votera contre le traité, afin de donner à François Hollande plus de poids dans les négociations internationales. Il y a quelques éléments que l’aile gauche du parti doit nous expliquer… »

Plusieurs contributions, préalables à une motion, ont déjà été déposées à la gauche du PS par les amis de Benoît Hamon ou d’Arnaud Montebourg. Pour le congrès, Marie-Noëlle Lienemann assure que les autres membres de l’aile gauche « sont plutôt chauds » pour présenter une motion face à la motion majoritaire. Manière aussi de se compter, au risque de faire un résultat plus faible que lors du congrès de Reims. Liêm Hoang-Ngoc, autre proche de Benoît Hamon, ne semble pourtant pas aussi pressé que l’ex-ministre de Lionel Jospin d’en découdre avec une motion. « Que la règle d’or budgétaire ne soit pas inscrite dans la Constitution est une excellente chose. Si c’est inscrit dans une loi, une autre loi peut le défaire », se rassure-t-il. S’il s’oppose aussi au traité budgétaire, il n’est « pas question de faire du Mélenchon » pour cet économiste. Marie-Noëlle Lienemann rappelle elle que « 30% des électeurs de Hollande ont hésité avec Mélenchon, notamment sur le traité ». Le débat ne fait que commencer. Dans la soirée, les amis de Benoît Hamon devaient se retrouver pour en parler.