L’Europe, et ça repart : euphorie des marchés après un Conseil européen ambitieux

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Florian Bourdier
Le 29.06.2012 à 18:10
L’Europe, et ça repart : euphorie des marchés après un Conseil européen ambitieux
© AFP
Dans la nuit de jeudi à vendredi, les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro réunis à Bruxelles pour le sommet européen ont créé la surprise. Ils ont notamment conclu un accord sur la possibilité de recapitaliser les banques par l’intermédiaire des fonds de secours européens.

C’est à l’aube, aux alentours de 5h du matin, que le président du Conseil européen Hermann Von Rompuy a annoncé un accord inattendu. Réunis pour entériner le pacte de relance de 120 milliards d’euros, les chefs d’Etat et de gouvernement se sont accordés pour un assouplissement du rôle des fonds de stabilité européens. Les banques privées pourront, d’ici la fin de l’année et sous de strictes conditions, y recourir directement pour se recapitaliser.

La mutualisation des risques bancaires dope les marchés

Conséquence immédiate de cette annonce : les bourses sont euphoriques. En avance, l’indice de Tokyo a clôturé sur une hausse de 1,50%. Un rebond qui « contamine » les places européennes : la bourse de Paris clôture avec une progression de 4,75 %. L’indice de Francfort prend 4% et celui de Londres 1,76%. Mais les plus fortes progressions enregistrées ce soir sont pour les bourses de Madrid, avec plus de 5 points d’augmentation, et celle de Milan qui a clôturé avec une augmentation inattendue de 6,59 %.

Jean-Noël Vieille, directeur de gestion à Hixance Asset Management, une société d’investissement, s’étonne cependant que cette hausse « soit générale, alors qu’elle devrait surtout toucher les valeurs bancaires ». Un scepticisme qui lui fait craindre un essoufflement rapide de cette « réaction exagérée : attendons lundi pour voir ce qu’il en est ».

De manière générale, l’analyste se méfie « d’un tel rebond sur des décisions qui restent très floues », admettant que le gros point positif est la « mutualisation des risques bancaires ». Il fait référence à l’institutionnalisation des mécanismes de soutien financiers. Ces derniers ne serviront donc plus seulement en période d’urgence mais seront mobilisables bien plus facilement par les établissements bancaires en difficulté.

Egalement présent dans le communiqué final, une allusion à une future possibilité pour ces mêmes fonds de stabilité d’intervenir sur des titres de dettes publiques pour des Etats en grande difficulté.

Les Etats s’engagent à assainir leur économie

Cet assouplissement des fonds de stabilisations financières s’accompagnera, c’est là la contrepartie réclamée notamment par l’Allemagne, d’une « entité unique de supervision bancaire ». Il s’agira d’une institution qui sera chargée de contrôler davantage les banques privées et dans laquelle la BCE aura un rôle décisif. Cela constitue du même coup une avancée vers une intégration économique et financière plus forte.

De même, M. Almunia, commissaire européen à la concurrence, a indiqué que les pays bénéficiant d’une aide seraient surveillés de près : « s’il y a un pays qui reçoit des recommandations (de la Commission européenne, ndlr) et si en plus il a besoin de soutien pour ses banques, il est logique que la première chose que l’on va regarder c’est le degré de respect du reste des conditions » a-t-il indiqué à la télévision publique espagnole.

L’Espagne, par exemple, devra pour bénéficier de l’aide du fond de stabilité procéder à une hausse de la TVA. Une mesure à laquelle le gouvernement s’oppose en dépit des recommandations de Bruxelles.

Un accord sous haute tension

En d’autres termes, « les banques sont sauvées » assure Jean-Noël Vieille, mais les Etats devront faire des efforts. Pour autant « ce n’est pas ce qui va faire de la croissance » nous explique-t-il. Le volet croissance, tant souhaité par le président Hollande, est lui aussi au cœur de ce Conseil européen. Initialement accepté par tous, ce pacte prévoyait 120 milliards d’euros destinés à financer des projets d’avenir en Europe.

Mais au cours de la réunion des chefs d’Etats, l’Espagne et l’Italie ont menacé de ne pas signer ce volet si la zone euro ne prenait pas des mesures d’urgences pour les aider avec leurs banques. Une prise d’otage osée qui s’est soldée, une fois n’est pas coutume, par la satisfaction des exigences espagnoles et italiennes.

Prise en tenaille, Angela Merkel qui rappelait régulièrement son hostilité à une solidarité européenne court-termiste, n’a pas pu faire autrement que de céder. Finalement, tous obtiennent ce qu’ils souhaitaient : une aide de la zone euro en direction des banques en difficultés pour l’Italie et l’Espagne, un volet croissance de 120 milliards d’euros pour la France, et la promesse d’une plus grande rigueur dans les budgets des Etats pour l’Allemagne au travers d’un renforcement de l’intégration européenne. Court terme, moyen terme, long terme, les ingrédients semblent réunis et les marchés rassurés.

Ravit, François Hollande déclarait cet après midi avoir l’intention de soumettre « rapidement (…) toutes les décisions prises à Bruxelles » au Parlement pour ratification. Le président de la République vient de vivre un premier Conseil européen spectaculaire et, semble-t-il, couronné d’un certain succès.