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Législatives : règlements de comptes à O.K Corral ?

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Thomas Leroy (avec Florian Bourdier)
Le 15.06.2012 à 18:33
Législatives : règlements de comptes à O.K Corral ?
© AFP
A trois jours du second tour des législatives, la tension est vive dans de nombreuses circonscriptions où les violences et les plaintes se succèdent. « C’est notre regard sur la violence qui a changé » corrige le politologue Vincent Tiberj.

Agression dans le Vaucluse, insultes dans le Pas-de-Calais, assignation en justice dans les Hauts-de-Seine… Les élections législatives tournent au règlement de compte alors que l’Assemblée s’apprête à renouveler en profondeur ses députés. Une odeur de poudre rarement ressentie lors de ce scrutin, devenu plus calme depuis qu’il suit l’élection présidentielle.

Une revue de presse, même sommaire, pourrait résumer cet entre-deux tours à une bataille judiciaire où les plaintes se suivent et se ressemblent entre opposants traditionnels ou ex-amis devenus dissident.  Symbole du climat de tension, l’opposition à La Rochelle entre Ségolène Royal et l’ancien PS local Olivier Falorni. Et la dernière action en date est une plainte de Royal pour « pose d'une affiche menaçante » sur la porte de son domicile, où était collé un tract « ici c’est Falorni ».
« Ce sont des méthodes qui ne sont pas acceptables, explique t-elle à l’AFP.  On voit que mon adversaire est prêt à tout pour gagner à n'importe quelle condition. Il va chercher des voix de droite et d'extrême droite, et maintenant il est prêt à tous les gestes, même agressifs ».

« Semi-démente ! » « Cas psychiatrique ! »

Dans le Gard, la suppléante du député sortant UMP Etienne Mourrut a été violement frappée au visage par un inconnu, devant son domicile. A Hénin-Beaumont, l’échec de Jean-Luc Mélenchon dans son duel face à Marine Le Pen n’a pas calmé les tensions ni les insultes souvent résumées aux capacités mentales des deux candidats. «Semi-démente » avait lancé Mélenchon. « Cas psychiatrique » lui a répondu le Front National. Pourtant ce sont les pontes de l’UMP que le leader du Front de gauche a décidé d’amener devant les tribunaux, eux qui l’accusaient d'entretenir des « relations sulfureuses » avec un antisémite grec notoire.

Dans les Hauts-de-Seine, ce sont trois plaintes successives qui ont rythmé la journée d’hier. La première contre le dissident de droite Thierry Solère qui affronte Claude Guéant dans la 9ème circonscription.  L’UMP lui reproche d’utiliser le logo du parti dans ses tracts. En guise de contre-attaque, Thierry Solère porte plainte contre Claude Guéant qui l’accuse d’utiliser la déportation du grand-père de Solère comme argument de campagne.

Un peu plus haut dans le département, Patrick Balkany en serait venu aux mains pour signifier son désaccord à son concurrent socialiste Gilles Catoire. Le couple Balkany dément mais une plainte est déposée pour menaces et violences.

« Une période se tourne »

Ces exemples ne sont pas exhaustifs, si bien que ce scrutin revêt une violence inattendue. « La présidentielle avait initié la chose et a créé un climat de tension un peu outré, » affirme le politologue jacques Capdevielle. L’opposition entre Nicolas Sarkozy et François Hollande a été très rude. »

« Une période se tourne, souligne Vincent Tiberj, chercheur à Sciences-Po. Pour beaucoup de députés, surtout de droite, c’est la fin des haricots (…) C’est encore plus notable pour Patrick Balkany. L’empire Balkany est en déclin, notamment depuis la défaite d’Isabelle Balkany aux dernières élections cantonales. »

Mais en déduire que cette élection serait plus violente que les précédentes semble précipité. « Les élections législatives, ce sont plusieurs milliers de candidats dans 577 circonscriptions. Donc les affrontements, même physiques, ce sont des choses qui peuvent arriver, » rappelle Vincent Tiberj.

« Surtout, c’est notre regard sur la violence qui a changé (…) Les mœurs politiques ne sont plus même et il y a une sorte de décalage (…) Car si vous regardez l’histoire de la vie à politique dans le sud et à Marseille, ça se passait déjà un peu comme ça. »

Pour autant, la montée du Front National a peut-être exacerbé cette violence. C’est l’hypothèse de Laurent Mucchielli, sociologue, spécialiste de la violence : « Dans un contexte de  crise, la banalisation du discours du FN entraîne dans son sillage une radicalisation du discours politique. L’extrême droite produit en effet un discours violent, qui aggrave par le fond les clivages et exacerbe les tensions. » Plus que trois jours avant le scrutin législatif et enfin peut-être un peu de répit.