A l’heure des explications, Hollande vend «le courage du changement»

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François Vignal, à l'Elysée
Le 13.11.2012 à 21:29
Face au chômage et à la baisse dans les sondages, François Hollande a passé sa première conférence de presse à expliquer et justifier sa politique. Il reconnaît «des erreurs», mais récuse tout «tournant» de la rigueur. Il revendique son action comme social-démocrate.

C’était le moment de l’explication. Elle a duré 2 heures 20. Confronté à l’impopularité, en plein tournant sur le plan politique – même s’il s'en défend – François Hollande a tenu sa première conférence de presse à l’Elysée. Une tradition pour tous les Présidents sous la Ve République, non sans quelques traits d’humour du chef de l’Etat. Hollande reste François. Et surtout une pédagogie de l’action. De son action et de celle de son gouvernement. Sur ce plan, l’exercice est réussi. Quant à savoir s’il a convaincu les Français, c’est une autre affaire.

Sous les dorures et les draperies rouges de la salle des fêtes de l’Elysée, quelques incongruités : on demande aux journalistes de couper les portables. Difficile à l’heure des réseaux sociaux ; François Hollande est presque à l’heure. Il est souvent en retard ; et Manuel Valls assis à côté de Cécile Duflot. Le reste du gouvernement et le premier ministre assistent à l’événement, les principaux conseillers élyséens aussi. A l’arrivée de François Hollande, certains journalistes se lèvent. Pour mieux voir ou pour reprendre une veille tradition monarchiste qu’on observait par exemple sous Georges Pompidou ? Près de 400 inscrits, dont 100 étrangers, pour cet exercice très ritualisé. Chacun se présente avant de poser sa question, à l’exception notable de Laurent Joffrin, patron du Nouvel Obs.

L’explication de texte a pris parfois des allures de justification pour François Hollande. Il la résume en une formule : « Le courage du changement ». Après « le changement, c’est maintenant » de la campagne présidentielle – sûrement l’une des causes de la déception de début de quinquennat qu’Hollande a pu engendrer, tant ce slogan a mis la barre haute –  l’exécutif s’inscrit dans un nouveau récit. Celui du courage et des décisions difficiles. Celui du capitaine en pleine tempête. Un registre employé par… Nicolas Sarkozy lors de la dernière campagne présidentielle. Du sang et des larmes aujourd’hui, pour plus de « justice » à l’arrivée. Ce mot, il l’a répété. Il en fait toujours l’un des axes forts de sa politique. Et si le chef de l’Etat a reconnu « des erreurs », sans allez plus loin dans l’autocritique, il reste droit dans ses bottes. Le rythme, il l’assume. C’est le bon, jure-t-il. Il a répondu à l’urgence. « Je me bats ».

Premier bilan

François Hollande fait les choses dans l’ordre. Il commence par rappeler et défendre ses premières réformes : baisse de 30% de la rémunération du Président, plafonnement des salaires des patrons d’entreprises publiques, augmentation de 25% de l’allocation de rentrée, relèvement du Smic, retour de la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé jeunes. Il enchaîne sur la suite : « Rétablissement progressif des comptes publics » avec l’objectif de 3% de déficit dès 2013, traité européen, taxe sur les transactions bancaires, emplois d’avenir, etc.

Cap ou pas cap ? Tournant ou cohérence ?

« Une politique n’est pas une accumulation de propositions ou de mesures aussi fortes soient elles, pas une addition de réformes, même pas une comptabilité de promesses, aussi respectées soient-elles. Une politique, c’est une réponse cohérente et forte à une situation du pays », dit-il. Et si « la situation est grave », de tournant, il n’y en pas. Il le récuse. « Depuis 6 mois, j’ai fait mes choix et je les tiens sans avoir à prendre je ne sais quel tournant, je ne sais quel virage. Car ces choix (sur la compétitivité qui inclut une hausse de la TVA, ndlr) sont conformes à mes engagements, mes principes et surtout les intérêts de la France ». Selon François Hollande, si « le coût du travail n’est pas tout, c’est tout sauf rien ». On dirait une raffarinade. Aujourd’hui, il l’assure : « Le cap est fixé. Comment l’appeler ? La reconquête. La reconquête de notre avenir, durant tout le quinquennat, avec pour seule boussole, la justice ».

Clairement, il revendique ses gênes socio-démocrates. Manière d’expliquer qu’il ne s’agit pas pour lui d’un tournant, mais d’une cohérence. Et qui dit social-démocrate dit social-libéral. « On va faire ce que des socio-démocrates avaient imaginé, c’est-à-dire une forme de coresponsabilité, en permettant aux salariés d’être dans les conseils d’administration des grandes entreprises et d’avoir une belle négociation, une grande négociation sur la sécurisation de l’emploi », lance le chef de l’Etat. Les salariés pourront théoriquement en tirer une plus grande protection… et les entreprises une plus grande souplesse.

Il « assume » son changement sur la TVA

Il était attendu sur ce sujet. Le pacte de compétitivité inclut un crédit d’impôt pour les entreprises, afin de baisser le coût du travail, financé en partie par une hausse de la TVA. Le candidat Hollande avait pourtant juré de ne pas l’augmenter. Il a même supprimé la TVA sociale de Nicolas Sarkozy. Il a alors considéré « que ce n’était pas le moment d’ajouter encore ce prélèvement à d’autres ». Cette évolution, ce reniement diront les plus critiques, François Hollande en fait son parti : « J’assure. Parfois, nous devons corriger. Si ce sont ces 0.4 point qui peuvent poser problème entre nous, je les prends à mon compte ». « Ce que je propose aujourd’hui, c’est une restructuration des taux », nuance-t-il, qui n’interviendra « qu’au premier janvier 2014 ». Sur le taux normal, il n’augmente que « 4 fois moins » (de 0,4 point au lieu de 1,6) que ce qui était prévu par la droite, le taux réduit baisse « pour que les catégories populaires ne soient pas affectées » et la TVA restauration passe de 7 à 10% pour « régler une fois pour toute » cette question.

La hausse des impôts, « c’était mon devoir »

La hausse des impôts est l’une des sources de mécontentement des Français. Concernant l’impôt sur le revenu, si ce sont surtout les plus hauts revenus qui sont touchés, les classes moyennes sont aussi concernées. Mais Hollande assume là aussi cet « effort inédit ». Sur les 30 milliards d’euros nécessaires pour atteindre l’objectif des 3% en 2013, 10 milliards viennent d’économies, 20 milliards des hausses de prélèvement, partagées entres entreprises et ménages. « Je l’ai annoncé aux Français, ce n’est pas la meilleure nouvelle, mais c’était mon devoir », lance le président de la République.

« Tout n’a pas été tenté » contre le chômage

« Toute la stratégie, toute ma politique, c’est une mobilisation contre le chômage », assure François Hollande. Il reconnaît que « nous allons avoir une hausse du chômage continue pendant un an », mais maintient l’objectif « d’inverser la courbe » à « la fin 2013 ». Comme en réponse à « l’Etat ne peut pas tout » de Lionel Jospin, pour chef de l’Etat, « tout n’a pas été tenté » contre le chômage « Ce sera la priorité du quinquennat ». Sa réponse : les emplois d’avenir, le contrat de génération, la négociation sur la sécurisation de l’emploi et le pacte de compétitivité.

« On fait toujours des erreurs »

Pour l’autocritique, c’est extraordinairement tôt. Nicolas Sarkozy l’a fait, mais en fin de mandat. « On fait toujours des erreurs. Et le premier responsable, c’est moi. Ce ne sont pas les ministres, le premier ministre, c’est moi. Car je suis celui qui a été élu », lance-t-il. Sur les  couacs, qui ont émaillé le début du gouvernement Ayrault, « chacun doit être uniquement consacré à sa tâche. Il y a suffisamment à faire pour ne pas s’occuper du voisin ». Relancé sur la question des erreurs par le journaliste John Paul Lepers, François Hollande, toujours tenté par un bon mot, manie le second degré, non sans risque : « Si je devais faire ici mon autocritique, ce serait accablant. Mais si j’ai fait l’erreur de vous inviter, je la reconnais et je vous demande grâce et pardon ».

Droit de vote des étrangers repoussé

Il a rappelé la position de l’exécutif sur le droit de vote des étrangers non-communautaires aux élections locales : tant qu’il n’y aura pas la majorité indispensable des 3/5 au Parlement pour voter cette promesse de campagne, il ne pourra pas le faire. « Quand cette majorité sera envisagée, je prendrai mes responsabilités, mais pas avant ». Il ne veut pas présenter aujourd’hui un texte « au risque de diviser les Français, au risque qu’il ne passe pas ». Aujourd’hui, si quelques députés et sénateurs centristes voire de droite pourraient être prêts à voter cette réforme, pas sûr que le compte y soit encore… Et un référendum, autre voie possible ? François Hollande l’exclut. « En ce moment ? Vous pensez que c’est aujourd’hui ça qui m’est demandé ? Si nous n’aboutissons pas par voie parlementaire, je verrai dans quel état est la société. Mais aujourd’hui, ce n’est pas mon intention ».

Mariage homosexuel l’année prochaine

Le Président rappelle son intention d’instaurer le « mariage pour tous », ou mariage homosexuel. Une loi sera discutée en début d’année prochaine et l’adoption sera permise « dans certaines conditions ». Et d’ajouter : « Si après-demain ou encore plus tard, la droite accède aux responsabilités, je ne suis pas convaincu qu’elle reviendra sur cette réforme, pas plus que la droite espagnole est revenue sur ce qu'avait fait le gouvernement Zapatero la dessus ».

Non-cumul et part de proportionnelle

Apres la remise du rapport Jospin sur la modernisation de la vie politique, François Hollande fait sienne ses conclusions « pour l’essentiel ». « Le non-cumul des mandats, nous le ferons, une part de proportionnelle, c’était un engagement, la fin de l’immunité du chef de l’Etat, j’en suis le premier engagé », assure-t-il.

Gaz de schiste : refus de la fracturation, ouverture sur la recherche

Alors que les écologistes, comme Jean-Vincent Placé, critiquent la ligne du gouvernement, François Hollande a rappelé son engagement : faire passer la part de l’énergie nucléaire dans la production nationale d’électricité de 75 à 50 % d’ici 2025. Quant au gaz de schiste, autre sujet de discorde avec Europe Ecologie-Les Verts, il a été clair : « Durant mon quinquennat, il n’y aura pas (de recherche et d’exploitation par) fracturation », technique décriée pour ses conséquences sur l’environnement. « Je prendrai mes responsabilités le moment venu si une (nouvelle) technique apparaît », a-t-il en revanche ajouté.

« Je suis pour une Europe à plusieurs vitesses »

« Je suis pour une Europe à plusieurs vitesses, pour que la zone euro se structure davantage, peut-être avec des capacités budgétaires supplémentaires, (…) qu’au sein de la zone euro des pays puissent aller plus vite que d’autres », a affirmé le chef de l’Etat. Sur les relations franco-allemandes, qui seraient moins bonnes, « ce qui compte ce n’est pas ce qui se dit, mais ce que nous disons ». « Personne ne fait la leçon à personne, pas plus sur le sérieux que sur la solidité », lance Hollande, alors qu’un élu proche d’Angela Merckel n’a pas retenu ses critiques à l’égard de la France.

« La France reconnaît la coalition nationale syrienne »

Seul annonce de la conférence de presse, François Hollande a affirmé que « la France reconnaît la coalition nationale syrienne comme la seul représentant du peuple syrien et donc comme le futur gouvernement provisoire de la Syrie démocratique ». Pour autant, le Président reste sur sa position sur une éventuelle intervention armée : « Il n’y en aura que si le Conseil de sécurité de l’ONU en décide », ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Aurore Martin : Hollande n’a donné « à aucun moment » de « consigne »

Sur l’extradition vers l’Espagne, sur la base d’un mandat d’arrêt européen, de la militante nationaliste basque Aurore Martin, François Hollande affirme n’avoir donné « à aucun moment » de « consigne ». Le chef de l’Etat affirme sa « confiance dans la justice espagnole ».

Valls recadré… et soutenu

Interrogé sur l’incident qu’a causé Manuel Valls à l’Assemblée, accusant la droite d’être responsable « du retour du terrorisme » dans notre pays, François Hollande a affirmé : « Si je puis donner ce conseil et aux uns et aux autres, à ceux qui sont dans ce gouvernement ou dans l’opposition, ne perdons pas notre temps, ne polémiquons pas »… Appelant à se « rassembler » face au terrorisme, il a ajouté que « le ministre de l’Intérieur (faisait) remarquablement son travail ».

Le Hollande bashing ? « Ça se retourne… »

La presse, en particulier les hebdomadaires, n’ont pas ménagé le chef de l’Etat ces dernières semaines. Celui qui est visé préfère en sourire : « Je parle l’anglais couramment, enfin presque. Je peux traduire pour les téléspectateurs : une espèce de punching ball », ce qui reste un terme anglais… « Franchement, j’ai une conception de la liberté de la presse qui fait que je ne suis touché par rien ». Il met cela au rang des « modes » ou des « humeurs ». « Je me dis que ça se retourne… »

Une blague hollandaise pour finir

Interrogé sur l’addiction qu’un pays comme la France peut avoir par rapport à l’énergie fossile qu’est le pétrole, François Hollande a répondu sur le ton de la blague : il jure n’être « intoxiqué en rien » et lance : « Vous avez remarqué : Président normal, pas d’addiction, à aucune substance, aucune énergie »…