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« L’immigration d’aujourd’hui, ce sont les terroristes de demain » : tollé au Sénat après les propos du sénateur Masson

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François Vignal
Le 14.10.2015 à 15:32

Bronca mardi au Sénat après les propos du sénateur non-inscrit Jean-Louis Masson sur les immigrés. Il souligne que l’immigration actuelle ne permet plus d’avoir « de très bons Français » comme Marie Curie. Hors des « limites de la République » pour Didier Guillaume, « scandaleux » selon Pierre Laurent. Jean-Vincent Placé se dit « révolté ».

Hémicycle du Sénat, mardi après-midi. L’heure est aux explications de vote sur le projet de loi sur le droit des étrangers, durci par la droite. Le sénateur de Moselle Jean-Louis Masson prend la parole. S’il siège parmi les non-inscrits, il n’en est pas moins proche de l’extrême droite dans ses propos. Sa prise de parole a scandalisé les sénateurs, surtout de gauche, mais aussi à droite. Jean-Louis Masson s’est lancé dans un amalgame entre les populations immigrées de confession musulmane – tout en restant dans l’allusion – et les terroristes. Il a affirmé que « l’immigration d’aujourd’hui, ce sont les terroristes de demain ».

Pour rappel, en octobre 2012, le sénateur divers droite de Moselle avait appelé l'UMP à « accepter de dialoguer avec Marine Le Pen », considérant que « le mur politicien entre le FN et la droite parlementaire traditionnelle » était « artificiel ».

« On a l’impression qu’on ne peut pas avoir, dans notre société ou cette assemblée, un avis sur l’immigration qui soit divergeant de ce que pensent les soi-disant bien-pensants. Je le dis très clairement : je suis hostile à l’immigration pour des raisons conjoncturelles et structurelles » a-t-il commencé devant un hémicycle quasi-plein pour cause de vote solennel sur l’ensemble du texte (voir la vidéo). « Actuellement, une veuve d’agriculteur touche beaucoup moins que ce que touche un immigré qui n’a jamais travaillé pour la France » lance-t-il, sous les applaudissements des deux sénateurs FN, David Rachline et Stéphane Ravier. Il siège d’ailleurs à leur côté dans l’hémicycle, en tant que non-inscrit.

« Avec des gens qui viennent d’autres endroits, ce ne sont pas les premiers de la classe »

Jean-Louis Masson continue sa diatribe anti-immigrés : « Par le passé, nous avons eu d’énormes vagues d’immigration : des Polonais, des Italiens, des Portugais. Et c’était des gens qui ne posaient pas de problèmes... Et il faut le dire. Et c’était également le cas de gens venus du Sud-Est asiatique. Et très souvent, leurs enfants étaient les premiers de la classe. Actuellement, avec des gens qui viennent d’autres endroits, ce ne sont ni les premiers de la classe… Mais oui, mais oui » lance-t-il sous la bronca des sénateurs. Stéphane Ravier, lui, semble ne pas en croire ses oreilles et ne boude pas son plaisir. Hilare, il claque des mains en regardant en l’air (voir la vidéo).

« Par le passé l’immigration conduisait à l’assimilation. Aujourd’hui elle conduit au communautarisme. Il y a des quartiers où on ne va plus. Et ce sont les mêmes gens qui sont dans ces quartiers » poursuit Jean-Louis Masson. « Il n’est pas pensable qu’on ait aujourd’hui des piscines où on sépare les hommes et les femmes, qu’on fasse des menus communautaristes dans les cantines scolaires ». Il conclut : « Tout à l’heure, on nous a dit que l’immigration avait conduit à des gens qui étaient de très bons Français, des Français remarquables. C’est vrai : Necker, Madame Curie, etc. C‘étaient des Français remarquables. Simplement, j’aurais aimé que la liste continue. Mohamed Merah, Amedy Coulibaly, ce sont les terroristes aujourd’hui ! L’immigration d’aujourd’hui, ce sont les terroristes de demain ! » Huées des sénateurs, à l’exception des deux représentants du FN, qui applaudissent.

Joint par l’Est républicain, « Jean-Louis Masson dit ne rien regretter. Mis à part de n’avoir pu s’exprimer normalement. Ce bazar ambiant l’aurait poussé à prononcer une dernière phrase qui n’était pas prévue » écrit le quotidien de presse régionale. « Il y avait un tel cirque que je n’ai pu lire mon texte. Je ne voulais pas dire cela. Je voulais dire que les terroristes d’aujourd’hui sont le produit de l’immigration récente » explique le sénateur, qui pense n’avoir « rien dit de contraire au règlement ». Interrogé également par la chaîne de télévision locale Mirabelle TV, Jean-Louis Masson affirme avoir « dit tout haut ce que des millions de Français pensent tout bas. Et chacun des points que j’évoque correspondent à la stricte réalité » soutient le sénateur de Moselle.

« Toucher les instincts les plus vils »

Après l’annonce des résultats du vote, les rappels au règlement se succèdent à gauche pour dénoncer les propos du sénateur de Moselle. « Son intervention a dépassé les bornes et peut-être même les limites de la République française » selon Didier Guillaume, président du groupe PS du Sénat (voir la vidéo). « C’est pour toucher les instincts les plus vils. Tout simplement car ces gens-là (les Polonais, Italiens, Portugais, ndlr) sont des catholiques, alors que ceux qui viennent maintenant sont des musulmans » décrypte-t-il. Il demande au président Les Républicains du Sénat, Gérard Larcher, de « vérifier si les propos de notre collègue sont dans le champ de la République et nous en tirerons les conséquences » le cas échéant (voir la vidéo suivante).

Regardez les réactions de Didier Guillaume (PS), Pierre Laurent (PCF), Jean-Vincent Placé (Ecologistes !) et Philippe Bas (LR) :

Puis c’est le secrétaire national du Parti communiste, le sénateur Pierre Laurent, qui prend la parole pour dénoncer des « propos parfaitement scandaleux ». « On ne peut pas laisser passer une telle intervention dans l’enceinte d’une des chambres de la République. (… ) Il y a des limites qui ne sont pas acceptables » met en garde Pierre Laurent.

« Stupidité absolue »

Jean-Vincent Placé, président du groupe écologiste du Sénat, prend à son tour le micro. Il se dit « révolté et indigné ». « Comment peut-on tenir des propos de ce niveau-là, j’allais dire du niveau du café du commerce. Ce serait extrêmement méprisant pour les cafés, ce serait discourtois pour le commerce » lance-t-il. « On verra comment les propos seront qualifiés par le bureau. Racisme, xénophobie, stupidité, ignorance ? Comment peut-on raconter des bêtises pareilles ? » demande-t-il. « Ici, il y a de nombreux enfants et petits enfants de ceux qui sont venus par l’immigration dans notre beau pays ».

« Et puis, comment vous dire... Cette stupidité absolue (sur) les enfants d’origine d’Asie du Sud-Est. Il s’avère que je connais un peu le propos » ajoute l’écologiste, né en Corée du Sud puis adopté par une famille française. La question est d’autant plus sensible pour Jean-Vincent Placé que le député Les Républicains Alain Marleix, interrogé en septembre 2011 par publicsenat.fr, l’avait qualifié de « Coréen national ».

« Lepenisation des esprits »

Le sénateur écologiste souligne que ces propos arrivent dans un contexte : celui de l’affaire Morano. « Comment peut-on raconter des bêtises pareilles quand on est sénateur de la République ? J’ai entendu une députée européenne parler de la France de race blanche. C’est honteux, faisons attention, tous et toutes. On ne peut pas accepter cela » insiste-t-il, soulignant que « nous sommes en train de passer un cap supplémentaire vers l’extrême droitisation, vers la lepenisation des esprits ».

Le président de la commission des lois, le sénateur Les Républicains Philippe Bas, a pris aussi la parole pour dénoncer de façon plus succincte les propos de Jean-Louis Masson. « Notre travail, notre réflexion, nous conduisent naturellement à ne pas souscrire ni de près ni de loin à certains propos qui ont été justement dénoncés et qui ne sont pas les nôtres. Cette mise au point est indispensable et je m’en tiendrai là » affirme le sénateur de la Manche.

Sur Twitter, la sénatrice UDI Nathalie Goulet a dénoncé la « scandaleuse intervention islamophobe de Jean-Louis Masson ».

Sanctions possibles, mais affaire « pas évidente »

Suite à la demande de Didier Guillaume de vérifier si les propos de Jean-Louis Masson sont « dans le champ de la République », Gérard Larcher a répondu au sénateur PS qu’il procédera « à cette vérification. Elle relève ensuite d’une décision du bureau éventuellement ». Pour le moment, le bureau du Sénat n’a pas été saisi. Si les condamnations politiques et morales sont nombreuses après ces déclarations, la question est de savoir si elles sont juridiquement condamnables. Les services du Sénat étudient actuellement la question pour savoir si les propos peuvent tomber sous le coup de la loi et être qualifiés de xénophobes, de discriminatoires ou pas. « L’affaire n’est pas évidente » explique-t-on.

Jean-Louis Masson bénéficie par ailleurs, comme tout sénateur ou député, de l’immunité parlementaire. Elle lui permet de jouir de la liberté d’expression dans l’hémicycle. Selon l’article 26 de la Constitution, « aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions ».

Le bureau du Sénat, qui rassemble 26 sénateurs représentants chaque groupe politique, dont Gérard Larcher, dispose d’un pouvoir de police interne. Il peut prendre des sanctions disciplinaires contre un sénateur ou encore saisir le comité de déontologie de la Haute assemblée. Selon l’article 92 du règlement interne du Sénat, les peines disciplinaires sont de quatre niveaux : le rappel à l'ordre, le rappel à l'ordre avec inscription au procès-verbal, la censure, qui peut être prononcée contre un sénateur qui « a provoqué une scène tumultueuse » ou la censure avec exclusion temporaire.