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L’UOIF lance sa rencontre annuelle des musulmans dans un contexte tendu

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Thomas Leroy
Le 06.04.2012 à 18:39
L’UOIF lance sa rencontre annuelle des musulmans dans un contexte tendu

Au Bourget, l’UOIF a ouvert sa réunion annuelle, sur fond de campagne électorale. Entre crispation et incompréhension, les musulmans de France refusent d’être stigmatisés.

Pas d’accréditations pour rentrer ? « Franchement, je m’en fous, » lance un membre de la sécurité, gilet gris siglé UOIF sur le dos. Pour les journalistes, l’accueil est musclé. Heureusement, après quelques tractations, les portes de la 29ème rencontre annuelle des musulmans de France s’ouvrent.

Le parc des expositions du Bourget est pratiquement vide à 14h. Il ouvrira une heure plus tard mais pour l’instant, le temps est à la prière pour les fidèles dans deux bâtiments annexes, transformés pour l’occasion en salle de prière.

Organisé depuis 1988, ce rassemblement brasse chaque année 100 000 personnes sur quatre jours, lors du week-end de Pâques. « Nous espérons revenir au score de 2010 soit 120 000 personnes », explique Ben Ahmed Okacha, secrétaire adjoint de l’UOIF.

Cette réunion annuelle regroupe plusieurs évènements dont une grande foire et des conférences. Le bâtiment principal est ainsi dédié aux vendeurs en tous genres. Des centaines de stands proposent des vêtements, de la nourriture hallal et même des canapés. Dans les allées, les familles déambulent tranquillement. « Les livres sont souvent moins chers qu’en librairie » explique une visiteuse, devant des textes coraniques calligraphiés.
 Beaucoup de femmes sont voilées, laissant apparaître seulement leur visage et les hommes ont la barbe finement taillée. Mais pas de niqab à l’horizon comme l’avait redouté le ministre de l’Intérieur Claude Guéant.  

Dehors, les policiers se font plutôt discrets. Pas de grandes chaînes de CRS.  Pourtant cette année, règne une atmosphère tendue. Claude Guéant avait prévenu dès le matin que les pouvoirs publics seraient « très attentifs » au déroulement de la manifestation. En pleine campagne électorale et quelques semaines après le drame de Toulouse, les musulmans de France ne cachent pas leur amertume. « Les regards ont changé, explique un visiteur. Il faut comprendre que nous n’avons rien à voir avec Mohammed Merah ».

Face aux micros, ils se méfient, accusant les médias de faire de la désinformation. « Moi je ne réponds plus », assure un visiteur, craignant que le discours ne se retourne contre lui.

Ben Ahmed Okacha est lui aussi « amer et blessé » estimant que la campagne présidentielle ne se focalise que sur l’islam plutôt que « sur les vrais problèmes des Français comme le chômage et la crise. »

Au Collectif contre l’islamophobie en France, on relève ce sentiment nouveau. Pour son porte parole, Marwan Muhammad, ces dernières semaines ont été propices à une « islamophobie sécuritaire. Que le Front national le fasse, nous sommes habitués mais que les partis politiques comme l’UMP et le PS s’y mettent… »

Le parti de Marine Le Pen avait réclamé la dissolution de l’organisation, considérée comme proche des Frères musulmans en Egypte. Après la mort de Mohammed Merah, quatre prédicateurs prévus pour les conférences de ce weekend ont été interdits de territoire. « Avant ce drame, il n’y avait aucune polémique vis-à-vis de leurs venues », précise Ben Ahmed Okacha.

Un autre invité n’a pas pu être interdit malgré la désapprobation de Claude Guéant. Il s’agit de Tariq Ramadan. Le philosophe sulfureux est attendu ce samedi au Bourget.

A la sortie, le gardien rencontré en début d’après-midi a le sourire. « Revenez demain, il y aura plus de monde. » Malgré les tensions et les médias venus en nombre, la première journée s’est finalement déroulée dans le calme.