×En naviguant sur notre site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer une navigation optimale et nous permettre de réaliser des statistiques de visites.En savoir plus

L'abstention rend le scrutin législatif incertain

+A -A
Thomas Leroy
Le 07.06.2012 à 18:12
L'abstention rend le scrutin législatif incertain
A quatre jours du premier tour des législatives, les prévisions autour de l’abstention flirtent avec les records. Autour de 40% des électeurs ne se déplaceront pas dimanche, ce qui rendrait le maintien au second tour compliqué, notamment pour le Front National.

L’effet est connu. Il s’est réalisé en 2002 et en 2007. Un bon score à l’élection présidentielle laisse entrevoir les meilleurs auspices pour les législatives qui suivent six semaines après. Et souvent, les partis déchantent. La principale cause : un désintéressement massif pour un scrutin moins passionnant que le combat des chefs pour l’Elysée.
 L’abstention devrait doubler dimanche prochain par rapport au 22 avril. « Autour de 40%, affirme Eric Bonnet, Directeur d'études BVA Opinion. Nous sommes dans un scénario proche de celui de 2002 et 2007. C’est une élection de confirmation par rapport à la Présidentielle. Il y a donc beaucoup moins d’enjeux et le taux est tout à fait classique et normal. »

Et les conséquences de cette abstention ne sont pas anodines pour les résultats. « Difficile de prévoir à l’avance les résultats» insiste Eric Bonnet. Soit la gauche estime que l’élection est gagnée d’avance et la droite profitera de cette démobilisation. Soit les électeurs de droite ne prennent pas la peine de se déplacer, jugeant que le résultat sera proche de celui de la Présidentielle. Jusqu’à présent, les élections législatives de confirmation ont toujours bénéficié de la dynamique présidentielle.

Une chose semble sûre, c’est le Front National qui devrait pâtir le plus de cette faible mobilisation. « Le FN sera la première victime car ses électeurs sont traditionnellement abstentionnistes » souligne Eric Bonnet. D’autant plus que le seuil pour se maintenir au second tour est de 12,5% des inscrits et non des votants. Si l’abstention est forte, il faut nécessairement plus de votant pour dépasser ce stade et sans alliés, le Front National semble en mauvaise posture. Pour se maintenir au second tour, les candidats frontistes devront obtenir environ 21% des voix dans chaque circonscription. Difficile à accepter pour un parti qui a réalisé le troisième score à la Présidentielle.

« Cette règle est absurde », affirme Florian Philippot, candidat pour le Front National. « Une règle arbitraire pour favoriser les deux mastodontes. Il faut mettre en place la proportionelle. »

Coupler les scrutins

Pour remédier à ce faible engouement, le député EELV Noël Mamère a proposé mardi sur France 2 de coupler les élections législatives et présidentielles. La réforme de Lionel Jospin, qui fait suivre les deux scrutins, « fait des législatives une espèce d’élection de seconde zone qui n’intéresse plus grand-monde », a-t-il affirmé. L’idée est donc d’élire le même jour le président de la République et les députés. Le groupe écologiste déposera en ce sens une proposition de loi. « C’est une bonne idée », atteste le constitutionnaliste Pascal Jan. Il y aurait une forte baisse de l’abstention de façon automatique.»

Pourtant, cette solution n’est pas sans risque, surtout pour les Verts. Coupler les élections pourrait accentuer la présidentialisation des législatives. Or, traditionnellement, EELV réalise des scores faibles aux élections présidentielles et plus importants aux autres scrutins. « Par ricochet, le vote utile pourrait être plus fort aux législatives et donc accentuer la bipolarisation » prévient Eric Bonnet. Pascal Jan réfute cette idée. « Les législatives, c’est une élection de relative proximité et les partis qui disposent d’une bonne base électorale ne seront pas lésés. En revanche, les petits partis devraient être pénalisés. »

Une proposition de loi similaire de la députée UMP Marie-Jo Zimmermann avait déjà été refusée par le gouvernement précédent en janvier dernier.
Pour sa part, François Hollande se disait favorable à cette décision en 2007. Désormais au pouvoir et pressé par ses alliés, le président devra prendre une décision rapidement.