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Larcher : « Que le nom du Président soit Hollande ou Sarkozy, je me méfie des lois de pulsion »

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François Vignal
Le 13.01.2016 à 15:21

Le texte des sénateurs sur la réforme de la Constitution « sera sans doute différent » de celui de l’Assemblée prévient Gérard Larcher, président du Sénat, ce qui retarderait son adoption. S’il est prêt à voter le texte dans son principe, il espère que le Sénat sera entendu par le gouvernement.

Gérard Larcher se revendique volontiers comme « gaulliste ». Il a peut-être aussi un côté mitterrandien. Le président du Sénat pourrait en effet faire sienne la formule de François Mitterrand « il faut laisser du temps au temps ». Du moins pour l’écriture de la loi, en particulier la réforme constitutionnelle. Annoncée par François Hollande après les attentats de novembre, elle doit constitutionnaliser l’état d’urgence et introduire dans la loi fondamentale la déchéance de la nationalité pour les binationaux condamnées pour terrorisme.

« On ne réunit pas un Congrès pour en faire une représentation théâtrale »

Si le sénateur Les Républicains des Yvelines s’est dit prêt à voter le texte, il « pense qu’il n’était pas nécessaire de modifier la Constitution », a-t-il souligné lors d’une conférence de presse avec la presse parlementaire (voir l'intégralité en vidéo). Gérard Larcher pointe la précipitation du chef de l’Etat. « On ne réunit pas un Congrès pour en faire une représentation théâtrale, on ne réunit pas un Congrès pour faire une pulsion. Le Président doit assumer sa décision de réunir un Congrès et trois jours après un drame d’annoncer une révision constitutionnelle. Vous savez ma prévention pour ce que j’appelle le syndrome du mardi. C'est-à-dire la loi de pulsion. Et là, nous y étions ». Gérard Larcher ajoute : « Je me méfie, que le nom du Président soit François Hollande ou Nicolas Sarkozy, des lois de pulsion. Souvenez-vous du drame de Milly-la-Forêt (un violeur récidiviste avait enlevé, violé et assassiné une joggeuse en 2009, ndlr). Je ne veux pas en dire plus. Il nous fallait un texte le mardi suivant… Il y a dans le bureau du Président du Sénat une pendule très ancienne dans laquelle il y a le symbole du Sénat, le miroir de la réflexion et le serpent de la sagesse. (…) Et quel est le symbole de cette pendule ? Prenez le temps avant de construire la loi. De temps en temps, il faut regarder la pendule ».

Le président du Sénat a pointé la question du « calendrier » de l’examen du projet de loi de réforme constitutionnelle. Les députés examineront le texte à partir du 9 février et le vote solennel ne sera pas avant « le 16 », selon Gérard Larcher. Il faut ensuite un délai minimum de quatre semaines pour un texte de réforme de la Constitution avant que la Haute assemblée ne s’en empare. Soit un examen par les sénateurs le « 16 mars ».

« Il n’y a pas de limites aux navettes en matière de réforme constitutionnelle… »

Le texte voté par le Sénat « sera sans doute différent » de celui de l’Assemblée a d’ores et déjà prévenu Gérard Larcher. Et « il n’y a pas de limites aux navettes en matière de réforme constitutionnelle », qui peuvent continuer « jusqu’à plus soif » prévient-il dans un sourire… L’ancien vétérinaire rappelle qu’il est « fils de petits industriel textile dans la ville de Flers, dont le symbole est la navette ». « Normalement la navette ne s’arrête jamais… Jusqu’à ce qu’on ait tissé l’étoffe » ajoute Gérard Larcher.

Le Sénat entend marquer de son empreinte le texte. « On va avoir la préoccupation très forte  des libertés publiques ici » assure le président de la Chambre haute, qui est attaché à la proposition de loi du président LR de la commission des lois, Philippe Bas. « Elle a deux axes : les délits terroristes et l’exécution des peines », avec notamment « les délits de consultation habituelle de sites internet terroristes et de séjour dans le pays djihadistes ». Quant aux ordonnances sur la procédure pénale, qu’entend utiliser l’exécutif, « c’est inacceptable » prévient Gérard Larcher. Il ne souhaite pas non plus une version allégée de la déchéance de la nationalité, alors que Manuel Valls semble vouloir trouver une version de compromis avec les députés PS, qui apprécient peu la mesure. Pour Gérard Larcher, il ne faut pas « castrer » le symbole de la déchéance. François Hollande a besoin de voix de droite et du centre pour obtenir la majorité des 3/5 du Parlement réuni en Congrès. La droite sénatoriale ne semble pas prête à donner ses voix les yeux fermés.