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Les larmes de Rio

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Le 27.06.2012 à 17:45
Par Sandrine Bélier, députée européenne Europe Ecologie-Les Verts
Les larmes de Rio
© Parlement européen
Après le Sommet de la Terre de Rio+20, la députée européenne d’Europe Ecologie-Les Verts Sandrine Bélier n’a pu retenir son émotion dans l’avion du retour face à ce «Sommet de la déception». Elle laisse derrière elle les larmes de la «colère» et repart «avec l'esprit de l'action».

40 ans après le premier Sommet de la Terre à Stockholm en 1972, Rio +20 (20 ans après le Sommet de la Terre de Rio en 1992) devait être l'occasion historique d'apporter des réponses globales et pertinentes aux défis de ce siècle et nous mettre, enfin, sur une nouvelle voie pour sortir des crises. L'Union européenne, qui a su être moteur de nombreuses réformes internationales, l'a compris et a tenter, jusqu'au bout des négociations, d'initier ce changement. La parlementaire européenne que je suis est allée à Rio en 2012, avec la résolution ambitieuse du Parlement européen sous le bras, convaincue que l'heure était venue. Parce que je ne crois pas à l'impuissance en politique, parce que face à l'urgence d'agir reconnue de tous, j'avais la conviction que l'ensemble des Etats de la communauté internationale serait à la hauteur de leur responsabilité.  Car plus que de simples intentions ou de vocabulaire emprunté, c'est d'actes et d'engagements forts dont l'ensemble des habitants de cette unique planète a besoin pour avancer sur la voie « du futur que nous voulons ». « Le futur que nous voulons », sous-titre et promesse non tenue de ce Sommet. Faute de volontarisme politique, Rio +20 s'est transformé en mauvaise farce, comme le craignait notamment Dennis Meadows, auteur en 1972, déjà, du rapport du Club de Rome sur « Les Limites à la croissance (dans un monde fini) ».

Le Sommet de la déception. On attendait une feuille de route, tout juste sommes nous ressortis avec une feuille de travail reportant à 2015, la définition des objectifs de développement durable, reportant à plus tard les mesures de gouvernance mondiale des océans, la révision des indicateurs de richesse et de développement des états au-delà du PIB, enterrant la création d'une Organisation mondiale de l'environnement capable de rivaliser avec l'Organisation mondiale du commerce...

« Pleurer deux minutes pour évacuer la colère mélangée de tristesse »

Dans les couloirs du centre officiel des négociations, dans les allées du Sommet des peuples, on m'a souvent demandé si j'étais en colère. L'émotion n'a pas sa place en politique. On l'apprend vite. On apprend vite à rebondir.

Pourtant, au retour de Rio, dimanche, je me suis isolée quelques minutes dans l'avion qui me ramenait vers Paris pour... pleurer. Pleurer est faiblesse, je le sais, mais serrer les dents ne suffisait plus. Pleurer deux minutes, pas plus, le plus discrètement possible, pour évacuer la colère mélangée de tristesse, mais surtout pour sortir la déception de ne pas avoir vécu le moment historique du sursaut d'une communauté humaine dignement représentée capable de responsabilité et de courage pour engager le changement... Evacuer le surplus de l'émotion pour redonner prise à la raison ! J'ai eu recours aux larmes, pour ne pas céder au cynisme et au fatalisme. Pour exprimer la violence que j'ai ressentie de cette dichotomie entre d'un coté la force de ces sommets qui nous rappelle que nous sommes UNE et seule communauté humaine confrontée aux mêmes enjeux et exigences de solidarité et de l'autre coté des dirigeants politiques frileux coincés dans leurs postures court-termistes, nationalistes et électorales qui nous éloignent toujours plus du sens que je donne à l'engagement politique pour l'intérêt général, à la responsabilité, au mandat d'œuvrer pour une société qui ne nous condamne pas mais qui nous donne des perspectives de vivre et mieux vivre ensemble, qui nous éloigne des conflits, qui nous permet individuellement et collectivement d'espérer, de nous projeter dans l'avenir... J'ai atterri à Paris, laissé mes émotions dans l'avion... Et plus déterminée que jamais, repars vers Bruxelles avec l'esprit de l'action ! Au Parlement européen, nous préparerons avec la même force de conviction les deux rendez-vous de fin 2012 : la conférence biodiversité COP11 à Hyderabad et la conférence Climat COP18 à Doha.