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Lienemann demande «un nouveau souffle» dans la campagne de Hollande

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François Vignal
Le 28.03.2012 à 13:05
Lienemann demande «un nouveau souffle» dans la campagne de Hollande
© AFP

« Il est clair que les choix faits ces dernières semaines n’ont pas été des choix d’affirmations fortes », note la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, membre de l’aile gauche du PS. Elle appelle à « préparer des convergences législatives » avec Jean-Luc Mélenchon. « Ne fermons pas la porte ». Entretien.

Après les propos de Jérôme Cahuzac sur Public Senat et la réponse de Jean-Luc Mélenchon, on voit que le ton s’échauffe. Le PS doit-il tenir compte de la montée du candidat du Front de gauche ?
D’une part je pense que tout ce qui est de nature à entretenir un débat polémique ou de mauvaises relations au sein de la gauche est une erreur. Je pense que notre ami Jérôme Cahuzac aurait mieux fait de ne pas rentrer dans une logique de cette nature. Après, que le PS doive prendre en compte Jean-Luc Mélenchon, je pense surtout qu’il doit prendre en compte toutes les forces de gauche et ce que les Français expriment dans cette campagne : un refus extraordinairement fort de l’austérité européenne, qui ne réglera en rien le problème d’endettement et accélèrera le détricotage de notre modèle social. Sur les sujets qui préoccupent les Français, le pouvoir d’achat, l’emploi, la protection sociale, les services publics, un discours fort peut être mieux entendu qu’aujourd’hui, à cette étape de la campagne. Il faut donner du contenu au pacte productif, défendre les services publics. Il ne s’agit pas de tenir compte de Jean-Luc Mélenchon, mais il faut tenir compte du fait que si Jean-Luc Mélenchon augmente son crédit, c’est un bien. Mais qu’il le fasse pour apporter aux forces de gauche un plus. Le total gauche augmente. Le PS doit de son côté créer une dynamique pour convaincre les abstentionnistes potentiels.

Le PS doit-il faire des propositions qui parlent aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon ?
Pas aux électeurs de Mélenchon, mais aux électeurs de gauche. On doit tous convaincre une partie des Français qui aujourd’hui hésitent, ou seraient tentés par l’abstention. Et répondre à leurs attentes. Ils doivent aussi avoir en ligne de mire que le but final est la victoire de la gauche. Le PS ne doit pas être dans la polémique, mais dans l’affirmation forte de ses propositions pour les couches populaires et les travailleurs.

Jérôme Cahuzac a affirmé sur notre antenne que le programme de François Hollande n’était pas négociable entre les deux tours. Cette position est-elle tenable avec un Mélenchon à 15 % au soir du premier tour ?
De toute façon, Jean-Luc Mélenchon n’a jamais demandé qu’on négocie un compromis de programme dans l’entre-deux tour.  Je rappelle à Jérôme Cahuzac que le Président fixe les grandes priorités, les urgences. Je rappelle que ce qui fera la politique de la France viendra aussi du Parlement. Il faudra bien travailler à des convergences avec nos alliés. Ne fermons pas la porte. Il ne s’agit pas d’avoir des tractations derrières les rideaux, mais de préparer des convergences législatives.

Les gestes à faire rendant possible le rassemblement à gauche doivent être faits par François Hollande. Je souhaite qu’il dise avec force que son cap, c’est le rassemblement de toutes les forces de gauche. Aucun des camps n’est victorieux tout seul. Il parle à l’ensemble des Français, notamment sur la thématique du renforcement du modèle républicain. L’égalité républicaine est en crise aujourd’hui, comme l’intervention de l’Etat. François Hollande doit réaffirmer sa stratégie de rassemblement. Rassemblement de la gauche et des Français autour de la défense du modèle républicain. Il y a des sujets qui sont importants pour les Français. Ils approuvent l’idée de renégocier le traité européen. Ils ont besoin d’être renforcés dans l'idée que cette fois-ci on ne leur refera pas un enfant dans le dos. Voilà un sujet de rassemblement.

Faut-il revoir l’accord passé entre Europe Ecologie-Les Verts et le PS en raison de la montée du Front de gauche ?
On ne va pas commencer à dire qu’on va rassembler en remettant en cause ce qu’on a déjà fait. Il faut plutôt penser à une nouvelle étape. J’ai toujours dit que c’était une erreur de faire de manière séparée les accords. Il fallait faire une plateforme commune de convergence.

Cette nouvelle étape, c’est un accord législatif entre le Front de gauche et le PS ?
On est en pleine campagne, ça ne va pas se faire en plein milieu de débats où chacun met en avant sa singularité. Ce n’est pas la peine de se précipiter. Je rappelle que le total de la gauche progresse. Il y a encore des marges de progression. Que chacun mette toute son énergie pour que la progression ne soit pas au détriment de l’autre. Ça renforcera la dynamique collective.

La montée de Jean-Luc Mélenchon est-elle un danger pour François Hollande ou est-elle au contraire positive en assurant un bon report de voix ?
Je pense que la montée de Jean-Luc Mélenchon est positive si a lieu une montée, ou un maintien de François Hollande. Il faut savoir où sont les capacités de développement. Il y a encore dans les quartiers, les couches populaires une attente forte d’un discours mobilisateur de la part du PS. Nous sommes à une étape de la campagne, où après le souffle du Bourget, il faut maintenant passer à des propositions qui déclinent les caps stratégiques.

La campagne de François Hollande est-elle trop lisse, trop sage ?
Il y a des tempos dans une campagne. Nous sommes dans le tempo où il y a besoin de déclinaisons, de donner la puissance aux axes.

Il faut une campagne plus à gauche ?
Il faut décliner avec force les caps stratégiques, que ça parle plus au gens. Par exemple, il faut résister aux délocalisations. Des mesures peuvent être prises tout de suite.

Compter les jours jusqu’au premier tour, ce serait un risque ?
Ça n’existe pas une campagne sans risque. Il faut choisir les risques qu’on prend.

Une campagne sans risque, c’est pourtant l’impression que peut donner la campagne de François Hollande ces dernières semaines…
Il est clair que les choix faits ces dernières semaines n’ont pas été des choix d’affirmations fortes. A l’étape où nous sommes, Mélenchon ou pas Mélenchon, il y a besoin de donner un nouveau tempo et répondre aux questions que se posent les Français.

Qui dit nouveau tempo, dit nouveau souffle ?
Oui, nouveau tempo, nouveau souffle. Si c’est pour avoir un tempo de déclin, ce n’est pas la peine !