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À Lille, Martine Aubry en guest star de la primaire

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Simon Barbarit (envoyé spécial à Lille)
Le 26.02.2016 à 11:59

Hasard du calendrier ou non, 48H après la charge de Martine Aubry contre le gouvernement, c’est dans sa ville que se sont réunis est initiateurs d’une primaire à gauche. Arrivée en « vedette américaine » en clôture de la réunion publique, la maire de Lille a fléchi sa position et enjoint François Hollande à s’y soumettre.

La mise en scène commence à être rodée. Une petite estrade placée au centre de plusieurs centaines de chaises réunies en cercle et des prises de parole courtes. Après la Belleviloise à Paris, Lyon ou encore Besançon, le comité d’organisation d’une primaire des gauches et des écologistes a posé ses valises à la Halle au sucres de Lille devant 400 personnes. Les animateurs de la soirée, l’eurodéputé EELV Yannick Jadot, les économistes Thomas Piketty et Julia Cagé, veulent tenir la ligne au moins jusqu’à début avril : d’abord le débat ensuite les candidats. « Entre fin mars et début avril, il va y avoir les conseils nationaux du PS, EELV et du PS. Si à ce moment là, ces 3 instances font un doigt d’honneur à la primaire. Alors il n’y en aura pas mais ils devront assumer la division et le crash démocratique qui s’en suivra » confiait l’eurodéputé écolo Yannick Jadot dans le train. Ici les militants et sympathisants de gauche rassemblés dans la vieille ville sont encore marqués par les dernières régionales. Marine Le Pen a réalisé 42% des suffrages, derrière le candidat des Républicains Xavier Bertrand. « Pour la deuxième fois de ma vie j’ai dû voter à droite. Les candidats de gauche n’ont pas réussi à s’entendre (Pierre de Saintignon liste PS, Sandrine Rousseau liste EELV Front de gauche ndlr). Je ne veux pas revivre ce bordel » annonce tout net, Florence qui se dit sympathisante de gauche à tendance écolo.

Gens de gauche : « ne vous résignez pas ! »

Ces enjeux locaux sont d’ailleurs au cœur de l’introduction du « maitre de cérémonie » Yannick Jadot : « on ne peut pas se résigner dans cette région à l’asphyxie de la gauche et de l’écologie. On ne se résigne pas à ce que les inégalités augmentent, on ne se résigne pas à ce que les belges érigent une frontière juste à côté d’ici » clame-t-il paraphrasant malgré lui le titre du dernier livre de Bruno Le Maire. Avant de se résigner, la gauche a besoin de s’expliquer, et sur ce point, les dernières déclarations de Manuel Valls sur ses « positions irréconciliables » leur ont chauffé le sang. « S’il pense être le mieux placé pour défendre la gauche du 21ème siècle qu’il vienne. Nous avons besoin d’une grande explication publique à gauche. Manuel Valls en a peur. Après tout, sa ligne politique n’est pas taboue. Elle ne me convainc pas mais elle peut se défendre. Ce qui n’est pas acceptable c’est de nous faire passer la gauche crypto marxiste protestataire » explique Thomas Piketty.

Une primaire non exclusive

Si pour le moment le gouvernement refuse le débat, ça ne durera pas veulent croire les organisateurs : « Dès que François Hollande est invité dans un grand média, il n’échappe pas à une question sur la primaire, les principaux responsables socialistes non plus. En ça c’est déjà une victoire pour nous » note Yannick Jadot. Et qui dit que François Hollande souhaite se représenter d’ailleurs ? Si les organisateurs pensent que c’est « 50/50 » dans sa tête, ils craignent la mise en place « d’un dauphinat » avec Manuel Valls pour reprendre l’expression de l’économiste Julia Gagé. On murmure en effet que le Premier ministre aurait « changé d’agenda »  ne tablant plus sur 2022 mais 2017. Si on a compris que François Hollande ou Manuel Valls étaient les bienvenus « dans l’arène » de cette primaire « non exclusive » comme ils aiment à le répéter, Jean-Luc Mélenchon l’est tout autant. Absent médiatiquement de la dernière séquence opposant Martine Aubry au gouvernement. On imagine mal, en cas de défaite, le cofondateur du Parti de Gauche soutenir un vainqueur représentant une ligne sociale libérale. « On lui demanderait juste de ne pas se présenter contre le gagnant. Et s’il a peur de perdre, il ne faut pas qu’il se présente à une élection présidentielle » souligne Julia Gagé.

« Si François Hollande est prêt à venir dans cette primaire, c’est formidable »

En attendant l’arrivée de Martine Aubry retenue par l’inauguration d’une auberge de jeunesse Stéphane Hessel, les minutes défilent, les interventions aussi. Les sympathisants, militants, PS, écolos ou communistes ont pour point commun de se sentir trahis par l’actuel gouvernement. « Ce sont eux les frondeurs, François Hollande a été élu sur un programme et il fait l’inverse » clame sous les applaudissements nourris une élue écologiste d’Hénin Baumont. D’autres sont sceptiques sur l’issue d’une nouvelle primaire à gauche. « Qui nous dit que le vainqueur appliquera le programme qui l’a élu ? » s’interroge un militant PS qui souhaite un contrôle plus strict des élus. Certains sont venus en curieux. « Je voulais voir la nouvelle saison X files, je me suis dit que j’allais quand même faire un tour ici » confie un sympathisant communiste avant de poursuivre une intervention qu’on n’entendra plus car l’intention s’est déplacée à l’entrée de la salle. A 22h, Martine Aubry vient d’arriver. « Voulez-vous prendre la parole ? Ça fera plaisir à tout le monde » l’interpelle Julia Gagé. « Non merci je préfère écouter les gens d’abord » lui répond la maire de Lille. Elle s’installe au premier rang, son bras droit, le député PS François Lamy pense alors probablement avoir le temps de faire son duplex pour BFM. Mauvais timing, elle prend la parole 5 minutes plus tard pour une nouvelle fois mettre l’exécutif au pied du mur. Si mercredi soir l’ancienne Première secrétaire du PS avait déclaré ne pas être favorable à ce qu’un président sortant se soumette à une primaire, elle reconnaît avoir eu « une réaction un peu institutionnelle » avant d’enchainer : « si maintenant, ça à l’air d’être le chemin, François Hollande est candidat et qu’il est prêt à venir dans cette primaire, c’est formidable ». Voilà pour Hollande, et pour Manuel Valls qu’elle ne cite pas, elle a quand même une petite phrase : « si on ne fait pas de la politique avec de la communication mais avec des valeurs, on a le droit de ne pas être tous d’accord ». A bon entendeur…

Relever le gant de la primaire nécessitera selon Thomas Piketty « un dépôt des candidatures en septembre afin de pouvoir débattre sur le fond en octobre ». Il remballe ainsi l’idée d’une primaire en hiver évoquée par Jean-Christophe Cambadélis. Sortir de l’hiver, déjà tout un programme pour le parti socialiste.