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« Lobby », « obscurantisme » : le gaz de schiste fracture les sénateurs

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François Vignal
Le 30.01.2014 à 19:01
« Lobby », « obscurantisme » : le gaz de schiste fracture les sénateurs
© AFP

Selon le Canard Enchaîné, Arnaud Montebourg dispose d’un rapport qui fait la promotion d’une technologie propre pour exploiter les gaz de schiste. La ministre écologiste Cécile Duflot demande d’«arrêter avec cette petite provoc’ régulière». Au Sénat, c’est aussi le grand écart entre sénateurs.

Tous les six mois, c’est la même chose. Le gaz de schiste vient jeter un froid dans la majorité. Et en particulier au gouvernement entre Arnaud Montebourg et Cécile Duflot. Cette fois, c’est un article du Canard Enchainé qui a rallumé la mèche. L’hebdomadaire explique que le ministre du redressement productif, qui n’entend pas fermer la porte aux gaz de schiste, garde sous le coude un rapport sur une technique dite propre pour l’extraction de cette source d’énergie. Il s’agit d’extraire le gaz en utilisant le fluoropropane, liquide non inflammable. Rappelons que depuis une décision de François Fillon en 2011, la technique de la fracturation hydraulique est interdite en France, seul pays d’Europe à avoir pris une telle décision, avec la Bulgarie. François Hollande s’y tient. Il a même exclut toute exploration durant son quinquennat, « tant qu’il n’y a pas de nouvelle technique ». Précision importante.

La ministre écologiste du Logement, Cécile Duflot, a réagi sur France Info à l’article du « Canard ». « Il faut arrêter avec cette petite provoc’ régulière », a lancé l’ex-patronne d’Europe Ecologie-Les Verts. « Ceux qui aujourd'hui expliquent que l'avenir énergétique c'est d'essayer d'aller chercher l'ultime goutte de pétrole en fracturant le sous-sol, en faisant des explosions qui mettent en danger les ressources d'eau, se trompent», selon Cécile Duflot.

Elle ajoute : « Il y a des sortes de vagues d'opérations sur le gaz de schiste, exactement comme ce qu'on avait connu sur les OGM, qui ressemblent à de l'intoxication, qui sont nourries par des lobbys, des intérêts économiques ».

« Peut-être que le ministre pense qu’autoriser les gaz serait une bonne monnaie dans la discussion avec les lobbies », selon Rossignol

Lobby, le mot revient souvent quand on parle des gaz des schistes. « Il est clair que le Medef et une partie de ce monde industriel piaffe », constate la sénatrice PS Laurence Rossignol, porte-parole du PS. La secrétaire nationale à l’écologie du Parti socialiste ne ménage pas Arnaud Montebourg sur ce point. « Peut-être que le ministre du Redressement productif pense qu’autoriser les gaz de schistes serait une bonne monnaie dans la discussion avec les lobbies, pour m’exprimer comme Cécile Duflot ». Une bonne monnaie ? « Ce serait un bon signe : que le productivisme va bien. Que l’avenir ressemble au passé et qu’on ne changera rien ».

Le sénateur UMP Jean-Claude Lenoir, défenseur des gaz de schiste, n’apprécie pas beaucoup ces accusations de lobby. « Chaque fois qu’on travaille sur un sujet, on vous dit vous avez derrière vous un lobby. Mais je retourne le compliment. Est-ce que certaines positons affichées, y  compris par les Verts, ne sont pas dues à des lobbies ? », demande-t-il. Avec le député PS Christian Bataille, Jean-Claude Lenoir a présenté en novembre un rapport de l’Opecst (L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques) qui évoquait déjà l’utilisation du fluoropropane pour extraire le gaz du sous-sol. Jean-Claude Lenoir parle ici de « stimulation » de la roche, et non plus de fracturation. Ou comment la bataille des idées se joue aussi par la guerre des mots

« Indépendance énergétique » et « emplois »

 A écouter le sénateur UMP, les gaz de schiste sont la poule aux œufs d’or : c’est une question « d’indépendance énergétique » et « en terme d’emplois, il y a des retombées. Les Etats-Unis connaissent un vrai boom économique grâce à l’exploitation » des gaz. « En France, il faut d’abord savoir quelles sont nos réserves. Mais même ça nous est interdit », regrette-t-il.

Sur ce point, le président PS de la commission des affaires économiques du Sénat, Daniel Raoul, rejoint son collègue UMP. « Qu’on commence par définir le potentiel réel » du sous-sol français. Il prend l’exemple de la Pologne, où « les réserves ne sont pas ce qui avait été annoncé. Les opérateurs sont en train de se retirer ». Mais « si les réserves sont confirmées, c’est un vrai débat de savoir s’il y a des techniques alternatives à la fracturation hydraulique », ajoute le sénateur PS.

« Montebourg, c’est le défenseur du lobby des trucs ringards »

L’insistance d’Arnaud Montebourg et de certains parlementaires n’est pas du goût des écologistes bien sûr. « Montebourg, c’est le défenseur du lobby des trucs ringards », lance un sénateur écolo. « On est vraiment en train d’entretenir une chimère », a affirmé sur i-Télé François de Rugy, co-président du groupe EELV de l’Assemblée nationale. « Faisons le bilan. Car il est catastrophique aux Etats-Unis, en Pologne, au Canada (pays qui exploitent les gaz de schiste, ndlr) : pollution de la ressource en eau, sous-sol pollué et fragilisé par la fracturation », ajoute le député qui préfère développer les énergies renouvelables. Mais pour les écologistes, s’il s’agit de rappeler sa position, il ne faut pas non plus faire un scandale. L’heure est à l’apaisement, en vue des municipales. Ils comptent surtout sur le projet de loi à venir sur la transition énergétique.

Outre le choix pour une énergie fossile, Laurence Rossignol pointe de son côté le coût qu’aurait une exploitation des gaz de schiste à coup de propane non inflammable. « Il reste à démontrer que ça ne coûte pas plus cher d’extraire que de produire », affirme la sénatrice PS de l’Oise. « Je ne sais pas quelle sont ses sources… » répond son collègue Daniel Raoul. Laurence Rossignol souligne également le danger que pose le transport des huiles de schistes et ajoute que « ni les projections en matière d’emplois, ni les considérations économiques ne sont sérieuses et fiables ».

« Je suis scientifique de formation, je ne refuse rien par principe »

Sur les risques liés à l’exploitation, Jean-Claude Lenoir ne les nie pas. Mais ils ne disqualifient pas les gaz de schiste selon le sénateur UMP. « Il faut regarder, analyser. De toute façon, toute activité industrielle comporte des risques. (…) Tout est dangereux. (…) Quand on utilise sa voiture, sa bicyclette… ». Il qualifie « d’obscurantisme » la dénonciation de l’utilisation du fluoropropane, qui n’est pas neutre en terme de gaz à effet de serre. Daniel Raoul taxe aussi « d’obscurantisme » ceux qui refusent par principe les gaz de schiste. « Je suis scientifique de formation. Je ne refuse rien par principe. Je veux la démonstration d’abord du potentiel ». Reste que l’équation pour mettre tout le monde d’accord est loin d’être évidente à résoudre.