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Logement : « Les coups de matraque pleuvent sur les mal-logés »

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Laurent Berbon
Le 29.10.2010 à 16:37
Logement : « Les coups de matraque pleuvent sur les mal-logés »
Le porte-parole du Droit au Logement (DAL), Jean-Baptiste Eyraud est venu soutenir les membres du collectif Jeudi Noir alors que les forces de police sont venues les déloger de l'hôtel particulier de la place des Vosges qu'ils squattaient, le 23 octobre 2010 à Paris, au lendemain de l'ordre donné par la cour d'appel de les expulser sans délai. Une trentaine de squatteurs avaient envahi en octobre 2009 cet hôtel particulier d'environ 1.500 mètres carrés, orné de plafonds à la française avec poutres peintes, aux gigantesques cheminées de pierre, qu'ils ont pris grand soin de ne pas dégrader. Le bâtiment était inoccupé depuis 1966.
© AFP

Vingt ans de lutte. Le DAL (Droit au logement), créé en 1990, se bat depuis des années pour les mal-logés. Alors que la trêve hivernale des expulsions débute samedi, Jean-Baptiste Eyraud, président de l’association, observe que la situation du logement en France ne cesse de se dégrader. Entretien

L’association célèbre ses vingt-ans d’existence. Comment voyez-vous l’évolution de la situation du logement en France sur les vingt dernières années ?
On a eu une amélioration jusqu’en 2002. Les expulsions locatives sont mieux encadrées. On a le droit au relogement pour des personnes vivant dans des logements insalubres. Il y a aussi des poursuites contre les marchands de sommeil. Mais depuis 2002, la situation s’est dégradée avec un marché locatif qui est reparti à la hausse. Depuis 2000, il y a eu une augmentation de 90% des relocations et de 107% pour les prix de l’immobilier. Et les valeurs foncières ont été au moins multipliées par trois, alors que le coût de la vie n’a augmenté que de 20%.  Les gens consacrent en moyenne 25% de leur revenu au loyer, 30%  en région parisienne. Beaucoup de personnes mettent la moitié de leurs revenus dans un logement.

Il y a tout de même eu la loi Dalo (Droit au logement opposable) en 2007 qui oblige les pouvoirs publics à attribuer un HLM aux plus prioritaires…
La loi Dalo a mis en place un socle juridique. Mais ce dispositif n’est pas assez connu par les gens concernés, et les services sociaux n’ont pas obligation de faire le dossier. Beaucoup passent donc au travers. L’autre problème est que si les gens dans les petites villes et les zones rurales sont relogés, en ce qui concerne les zones tendues, l’Etat n’a pas voulu se donner de moyens supplémentaires. En région parisienne et en PACA, où les demandes sont les plus nombreuses, les prioritaires du Dalo ne sont plus relogés. Le stock de prioritaires augmente. Et dans le même temps,  on va continuer à accorder des allègements fiscaux aux investisseurs.

On parle beaucoup aussi en ce moment de la question des logements vacants. Comment jugez-vous la situation ?
D’après l’INSEE, il y a près de 2,1 millions de logements vacants en France. Nous avons demandé au ministre du Logement Benoist Apparu d’appliquer la loi de réquisition, mais il ne veut pas. Il dit que ça serait envoyer un mauvais signal aux investisseurs.  Et il y a un autre problème qui est le projet de loi du ministère de l’Intérieur visant à expulser sur simple décision du préfet, tous les habitants installés dans des logements de fortune (cabanes, mobil-home). Le projet prévoit une procédure expéditive en 48h. On s’inquiète aussi du rapport Attali qui reprend mot pour mot les propos des bailleurs privés de l’UNPI (Union nationale de la propriété immobilière) et propose d’assouplir la procédure d’expulsion.

Vous êtes très critique à l’égard de Jacques Chirac qui d’après vous a provoqué l’émergence de la question des mal-logés quand il était maire de Paris. L’actuel maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, fait-il mieux ?
Il est arrivé au moment où la droite a repris le pouvoir. Il a fait beaucoup pour les logements sociaux, mais il n’a pas permis de freiner l’embourgeoisement de la capitale. Il nous dit qu’il est d’accord pour un encadrement des loyers mais ce n’est pas de son ressort.

Quelles mesures peuvent améliorer cette situation du logement ?
Il faudrait encadrer le prix des loyers, produire en plus grand nombre les logements sociaux et abandonner les projets grandioses. Un milliard pour refaire les Halles paraît excessif. Les commerçants des Halles ne paient quasiment rien comme loyer.

Nos prochaines initiatives sont la mise en œuvre du DALO et agir pour dénoncer ce budget à la baisse qui va encore aggraver la crise.

Mais au niveau de l’association, on sent une pression des institutions qui nous menacent. Quand on fait une petite action collective, on est convoqué au commissariat pour manifestation non déclarée. Les coups de matraque pleuvent sur les mal-logés, comme on l’a vu cet été à la Courneuve avec l’expulsion de familles ivoiriennes établies dans des campements.

 
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