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Loi travail : les sénateurs PS veulent aussi « faire bouger » le texte

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François Vignal (images : Jordan Klein)
Le 01.03.2016 à 16:16
Loi travail : les sénateurs PS veulent aussi « faire bouger » le texte
© AFP

Si les frondeurs sont nombreux chez les députés, les sénateurs PS souhaitent aussi que le projet de loi El Khomri évolue. « Méthode à remettre à plat », « défaillance »… Sans le citer, c’est Manuel Valls que certains mettent en cause. Il sera devant les sénateurs mardi prochain.

Front politique, syndical, de la société civile… Cela fait trop pour un seul texte. Le gouvernement a donc annoncé hier un repli stratégique sur le projet de loi sur le Travail, avant que la contestation ne devienne ingérable (voir notre article sur le sujet « Loi Travail : le gouvernement recule (un peu) pour sauver le texte »). Retour à la table des négociations avec les syndicats, qui avaient été mis devant le fait accompli.

« Le texte a donné lieu à des interrogations, c’est assez légitime, à des questionnements. Je les comprends. C’est pourquoi le premier ministre a prévu une concertation. Il vaut mieux prendre du temps pour mieux en gagner » a affirmé François Hollande mardi matin, dans une sorte de raffarinade.

Sur le plan politique, il faudra aussi convaincre des parlementaires PS, très remontés contre le texte. Il ne passe pas « au-delà des frondeurs » avait prévenu sur Public Sénat l’ancien ministre Benoît Hamon. Il n’avait pas tort. Manuel Valls était présent à la réunion de groupe hebdomadaire des députés, ce mardi matin. Il aura besoin de leurs voix pour adopter le texte, sans passer par le 49-3, comme le souhaite François Hollande. Le premier ministre sera devant les sénateurs PS la semaine prochaine.

Frédérique Espagnac : « La bataille de l’opinion est perdue »

Même au groupe socialiste du Sénat, on trouve à redire sur ce projet de loi. A l’exception de Marie-Noëlle Lienemann, les frondeurs purs et durs sont rares chez les sénateurs socialistes, plus légitimistes. A la sortie de la réunion ce mardi, ils sont pourtant plusieurs à souhaiter des évolutions sur le texte.

Sans citer le premier ministre, la sénatrice Frédérique Espagnac, fidèle de François Hollande, pointe du doigt la méthode Valls. Elle défend à contrario « la méthode du Président, qui a toujours été le dialogue social ». Aujourd’hui, discussions et négociations sont les maîtres-mots. « Il est grand temps qu’on mette tous les partenaires sociaux autour de la table » affirme Frédérique Espagnac, « la méthode est à remettre à plat ». La sénatrice des Pyrénées-Atlantiques dénonce « les annonces qui avaient été faites maladroitement (…) dans l’interview de la ministre (El Khomri) sur un passage en force au 49-3 ». Selon le Canard Enchaîné, c’est le cabinet de Manuel Valls, à la manœuvre, qui avait ajouté dans l’interview « nous prendrons nos responsabilités ». Cette référence à un passage en force s’était faite sans l’accord de l’Elysée. « C’était une vraie connerie » lâche sous couvert d’anonymat un autre sénateur PS.

Frédérique Espagnac pointe « les manœuvres » de certains. Elle regrette que d’autres critiquent le texte sans le connaître. Mais pour la sénatrice, les dommages sont aujourd’hui conséquents : « La bataille de l’opinion est perdue », constate Frédérique Espagnac. Elle compte aussi sur les parlementaires pour modifier le texte. « Ce qui m’importe, c’est que ce soient des avancées pour les salariés et notre économie, que la modernisation, qui est nécessaire dans la crise dans laquelle on est, se fasse, mais indéniablement pas contre les salariés » ajoute l’élue des Pyrénées-Atlantiques. Regardez la sénatrice :

Prud’hommes et licenciement, « deux sujets qui ne vont pas dans la bonne direction » selon Didier Guillaume

A la tête du groupe PS, Didier Guillaume défend « cette loi indispensable ». « Il faut faire évoluer le code du travail et améliorer la protection des salariés » affirme le sénateur de la Drôme. Mais Didier Guillaume aussi reconnaît que « deux sujets ne vont pas dans la bonne direction, tel que le texte a été présenté » : l’élargissement des motifs de licenciement économique et le plafonnement des indemnités aux prud’hommes en cas de licenciement abusif. Ces points concentrent les critiques des syndicats et doivent être désamorcés. Si la CFDT, l’Unsa ou la CGC soutiennent le texte après les négociations, la manifestation du 9 mars pourrait être moins douloureuse.

Des élus, qui ne sont pas parmi les plus contestataires, veulent aussi des changements. « La tonalité, c’est de faire bouger les choses avec des aménagements raisonnables » affirme l’ancienne ministre Catherine Tasca. « On ne peut pas agir par un 49-3 sur ce sujet là. C’est impossible. Il y a une volonté forte que ça évolue. L’idée est assez partagée » affirme le sénateur de l’Aisne, Yves Daudigny. « Certains ont souligné qu’il y avait de très bonnes choses, comme le compte personnel d’activité. Mais quand on constate des prises de positions de gens raisonnables, il faut les entendre. Il faut un changement de méthode. La loi n’a pas été négociée avec les principaux syndicats. On se dit qu’il ya une petite défaillance » souligne Françoise Cartron, vice-présidente PS du Sénat.

Gorce : « Le gouvernement fait fausse route »

Pour Gaëtan Gorce, souvent dur contre l’exécutif, le gouvernement a pris les choses à l’envers. « Il y a un problème de départ. Considérer que le code du travail est à l’origine du chômage et des difficultés économiques, c’est une vision un peu rapide des choses. On sait que ça peut créer quelques difficultés, notamment  pour les PMI-PME, mais ce n’est pas à la hauteur des défis auxquels nous sommes confrontés ». Regardez la vidéo :

« Il y a donc une erreur de diagnostic au départ » dénonce le sénateur de la Nièvre. Gaëtan Gorce souligne qu’« on connaît sur le terrain une flexibilité réelle », évoquant « les CDD, l’intérim, les contrats aidés pour les jeunes. Il y déjà trop de précarité ».  Il ajoute : « Je pense que le gouvernement fait fausse route ». Avant d’en sortir ?