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Lois antiterroristes : rien avant l’élection, des critiques tout de suite

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François Vignal (images : Joaquim Robbe, Cécile Sixou et Nathalie Guillouard)
Le 23.03.2012 à 16:49

Publicsenat.fr VOD

Les observateurs diront que ce n’est pas la première fois. Pas la premières fois que l’exécutif annonce de nouvelles lois après un fait divers. Cette fois, il ne s’agit pas de chiens dangereux, mais bien des tueries de Toulouse et de Montauban, des attentats même. Deux heures après la mort de Mohamed Merah, le chef de l’Etat a annoncé une nouvelle batterie de mesures pour lutter contre le terrorisme.

Reste que la session parlementaire est close. Autrement dit, députés et sénateurs ne siègent plus avant la formation de la nouvelle Assemblée, après les législatives de juin. Le Parlement pourrait toujours être convoqué en urgence. Ce ne sera pas utile. Ces mesures seront votées si les Français réélisent Nicolas Sarkozy. C’est ce que le candidat a annoncé ce vendredi, en marge d’un déplacement à Valenciennes avec Jean-Louis Borloo. « Ce sera une des premières mesures que je ferai passer si les Français me font confiance », a-t-il lancé. Le matin, sur RTL, François Fillon a affirmé que les mesures seront adoptées avant les élections s’il y avait un « consensus » politique. « Nous sommes en train de travailler à la rédaction d’un texte présenté en Conseil des ministres dans une dizaine ou une quinzaine de jours », a précisé le premier ministre. Il compte consulter les groupes politiques de l'Assemblée et du Sénat. Nicolas Sarkozy, conscient du peu de chance qu’un tel consensus se réalise, est plus prudent : « S’il y a consensus (…) on verra. (…) S’il faut attendre un mois et demi, on attendra un mois et demi ».

Mettre le PS au pied du mur

Au PS, les mesures Sarkozy sont prises avec beaucoup de prudence, pour ne pas dire dénoncées. Le porte-parole de François Hollande, Bernard Cazeneuve a affirmé à publicsenat.fr qu’« annoncer des mesures nouvelles à chaud » sur la lutte antiterroriste « témoigne d’une précipitation ». Il pointe « l’exploitation de l’émotion ». Le président du groupe PS du Sénat, François Rebsamen, par ailleurs chargé des questions de sécurité dans l’équipe Hollande, dénonce « un projet de loi décidé dans l’urgence sous la pression des circonstances, mal préparé, mal ficelé, sans concertation ». Il insiste : c’est « un projet de loi hâtif et improvisé, le gouvernement et le Président de la République pratiquent une politique d’affichage, d’effet d’annonce et de gesticulation ». Mais chez Bruno le Roux, autre porte-parole de François Hollande, le rejet est moins fort (voir la vidéo). « Nous allons d’abord nous interroger sur le fait que ces mesures répondent à une véritable nécessité, à une absence législative. Et si c’est prouvé, alors nous accompagnerons le texte ».

Si les socialistes ne semblent pas exactement sur la même longueur d’onde, c’est bien aussi le calcul de Nicolas Sarkozy. Pour la majorité, proposer ces mesures permet de mettre les socialistes au pied du mur. Difficile pour eux de voter les propositions de Nicolas Sarkozy… qui pourra leur reprocher de ne pas l’avoir voté.

« Un projet de loi ne s’écrit pas sur un coin de table »

Chez Jean-Luc Mélenchon, on demande à prendre son temps. « C’est prématuré », juge François Delapierre, directeur de campagne du candidat du Front de gauche (2e intervenant dans la vidéo). « Un projet de loi, ça ne s’écrit pas sur un coin de table, sous le coup de l’émotion. C’est une chose sérieuse, ça touche à la sécurité du pays, ça touche aux libertés, ça ne se règle pas comme ça sous un coup de communication dans une campagne ». Quant au directeur stratégique de la campagne de Marine Le Pen, Florian Philippot (voir la vidéo), il y voit aussi « de la précipitation. Ce sont pour la plupart des mesures qui existent déjà (…) c’est très indigent, c’est très insuffisant, ça sent bon l’électoraliste », tranche-t-il.