Loppsi 2 : les internautes expriment leur colère sur la toile

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Le 19.01.2011 à 17:03
Loppsi 2 : les internautes expriment leur colère sur la toile
© Public Sénat
Au grand dam des internautes, les sénateurs ont suivi leurs collègues députés en votant le blocage des sites Web à caractère pédopornographique sans nécessité de passer par un juge. Très remontée contre une mesure jugée « liberticide », la toile prend la parole, à sa façon…

La lutte contre la pédophilie doit-elle justifier la censure de sites internet sans contrôle du juge? C’est en tout cas ce qu’ont décidé les sénateurs en votant l’article 4 de la Loppsi 2. Une liste des sites Internet « illicites » sera transmise aux fournisseurs d’accès à Internet par l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC), un service du ministère de l’Intérieur. Une mesure qui provoque un raz-de-marée de critiques sur le Net.

« Loppsi, le projet de loi soutenu par les pédophiles et vivement critiqué par les associations de lutte contre la pédophilie vient d’obtenir un vote favorable au Sénat », regrette déjà le bloggeur Korben. « Ce qui est sûr, c’est qu’avec cet article 4 qui autorise la censure de sites internet sans contrôle du juge et sans possibilité de recours ou même de simple vérification, on va bien rigoler », ajoute Korben qui s’inquiète déjà : « La lutte contre la pédophilie est un bon cheval de Troie pour qu’ensuite d’autres lois ou amendements autorisent le blocage d’autres types de sites… ».

« La Tunisie ouvre son web, la France ferme le sien »

Pour d’autres, le mécontentement passe par l’humour. Sur Twitter, « Winael » estime qu’ « avec la loi Loppsi, nous n’arrivons qu’à importer le savoir-faire tunisien en matière de censure sur internet ». « Le dîner de cons à l’Elysée n’aura donc servi à rien ! », s’amuse « Vogelsong » sur Twitter, clin d’œil au déjeuner de décembre entre le chef de l’Etat et quelques acteurs « influents » du Web. De son côté, « virtualabs » élargit le débat et rappelle que « L'essence même d'Internet est d'être un réseau toujours accessible, vouloir le filtrer est vain ». Le collectif anti-loppsi, quant à lui, s’organise et prévoit des manifestations un peu partout en France, pendant que le parti pirate a mis en ligne une pétition pour le retrait complet de la Loppsi. Pour le moment 5870 internautes ont signé la pétition. Lui aussi remonté, Maître Eolas décide de frapper fort sur Twitter : « L’infâme article 4 de la Loppsi adopté par le Sénat. La Tunisie ouvre son web, la France ferme le sien », écrit l’avocat bloggeur.

Indignation aussi du côté du site Owni: « Tous les arguments auront pourtant été rabâchés : l’inefficacité du filtrage, le coût, le risque de sur-blocage, ou même celui de forcer la pédopornographie à se rendre plus underground encore (et donc plus dangereuse), mais rien n’y aura fait : la loi a été adoptée et désormais, seul le conseil constitutionnel pourrait en empêcher la mise en œuvre ». Les Sages n’avaient d’ailleurs pas hésité à rappeler à l’ordre le législateur sur Hadopi en interdisant toute interruption d’internet sans intervention d’un juge.

Pendant ce temps sur Public Sénat ...

Et sur publicsenat.fr, lorsque l’opportunité est donnée aux internautes de prendre la parole, les réactions fusent. « Si un site héberge des photos pédophiles, le fait qu'il soit inaccessible depuis la France seulement n'empêchera pas le site d'être visible depuis l'extérieur ou même depuis la France via des proxys », explique « Davlin ». « Avant toute chose, je tiens à préciser que je ne suis pas de gauche, mais ça ne m'empêche pas d'ouvrir les yeux et d'être capable de réfléchir. Concrètement, la pédopornographie n'est qu'un motif. L'absence de juge est aberrante et liberticide », juge « Clo’ ». « Emmanuel Bouillon » de Lille enfonce le clou : « Je n'ai rien contre le filtrage de sites pédopornographiques (bien qu'il n'y a AUCUN filtrage qui ne soit contournable... Il suffit d'utiliser un VPN situé à l'étranger pour contrer toutes les méthodes de filtrage), mais je trouve très dérangeant qu'un organisme puisse bloquer des sites web sans aucune décision de justice, sans qu'on connaisse la liste des sites bloqués, et sans que l'internaute soit averti... Comme on dit, c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres ! ». Si les parlementaires de l’opposition décident de le saisir, le dernier mot pourrait en tout cas revenir au Conseil constitutionnel. Les Sages donneront-ils alors raison aux internautes ?