Mélenchon : « Nous sommes le cri du peuple »

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François Vignal
Le 18.03.2012 à 20:00
Mélenchon : « Nous sommes le cri du peuple »
Jean-Luc Mélenchon lors de son discours à la Bastille.
© AFP
Devant plusieurs dizaines de milliers de personnes réunies à la Bastille, Jean-Luc Mélenchon a appelé à « faire de cette élection une insurrection civique ». Le candidat du Front de gauche défend la création d’une VIe République qui mettrait « fin aux privilèges du capital ».

La place de la Bastille est noire de monde. Les drapeaux rouges s’agitent. C’est l’heure pour Jean-Luc Mélenchon de monter sur scène. Après une marche de Nation à Bastille, à Paris, le tribun va pouvoir mesurer la qualité de ses effets devant une foule compact et nombreuse : 80.000, puis 100.000 et même 120.000 personnes annoncées. Difficile à vérifier, mais une chose est sûre : il y a beaucoup de monde. Du monde pour voir la star des plateaux télé. Et pour écouter le candidat du Front de gauche vanter sa VIe République.

Il commence. « Nous voici de retour, le peuple de la Révolution » lance le candidat qui monte dans les sondages. Une nouvelle étude le donne à 11% d’intentions de vote. « Nous allons faire de cette élection une insurrection civique », promet Jean-Luc Mélenchon, « une révolution citoyenne pour changer en profondeur la vie du peuple ». Changer la vie, cela rappelle quelque chose…

« La règle verte » plutôt que la règle d’or

En cas d’élection, Mélenchon promet la mise en place d’une constituante « paritaire » chargée de plancher sur cette VIe République. Mais l’essentiel est déjà dans les cartons. Le candidat égraine : le peuple sera consulté par référendum pour toute « nouvelle délégation de souveraineté », affirme celui qui parle à la France du « non ». Il promet « la fin des privilèges du capital », « l’établissement d’une citoyenneté entreprise ». Il n’hésite pas à demander un « droit de préemption sur la propriété du capital pour les travailleurs en coopérative ouvrière ». Il annonce « un droit nouveau : la propriété collective humaine des biens de base : eau, énergie ».


Marianne à l'honneur pour le meeting de Mélenchon (photo : Pierre Bonte-Joseph).

Les droits des couples hétérosexuels seront « étendus à tous les couples ». Le droit à l’avortement sera dans la constitution, comme celui de « décider de sa propre fin et d’être assisté ». Le concordat qui prévaut en Alsace-Lorraine « sera abrogé ». La loi de séparation des églises et de l’Etat de 1905 sera aussi étendue en Polynésie, Guyane ou Nouvelle Calédonie. Il défend la liberté « inaliénable » sur Internet. « Il ne sera plus jamais permis de faire hadopi ». Comme il sera interdit que « le vivant soit breveté ». Autre promesse : « Droit du sol intégral ». Et « plutôt que la fichue règle d’or », le Front de gauche veut appliquer « la règle verte qui protège la planète ».

« Il joue le rôle de catalyseur »

« Nous sommes le cri du peuple », décide Jean-Luc Mélenchon. « Partout les luttes ouvrières nous appellent ». De Bastille, il ne veut en faire « qu’une étape ». « Voici le printemps », assure le tribun. Il ajoute : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». C’est la constitution de 1793. La foule à la Bastille, celle de 2012, répond « résistance », qui résonne sur toute la place.

« C’est un discours de fondation d’un nouveau régime, d’une nouvelle République », s’enthousiasme après le meeting François Delapierre, directeur de campagne de Mélenchon. « Il joue le rôle de catalyseur. Il fait la synthèse entre les luttes ouvrières et écologistes, le combat révolutionnaire et le combat républicain », analyse-t-il. La communiste Marie-George Buffet a le sourire juste après le discours. « Aujourd’hui, c’est une nouvelle étape. Le vote utile, c’est le vote Mélenchon », affirme l’ex-candidate du PCF de 2007, alors que le PS appelle à ne pas de « disperser ».

« On bouscule le paysage politique »

Le meeting devait d’abord se tenir le 19 avril et devait être le dernier événement de la campagne. L’équipe l’a avancé, « comme ça prenait ». La date du 18 mars n’a pas été choisie par hasard : c’est le 141e anniversaire de l’insurrection de la Commune de Paris. Mais le directeur de campagne espère faire de la Bastille autre chose qu’un meeting de Mélenchon. « C’est le moment où les gens se disent il faut faire quelques chose. Jean-Luc réveille une flamme. C’est pourquoi le discours était court. Pour que l’événement de la journée soit la marche avec les gens ». Le candidat n’a en effet parlé qu’une vingtaine de minutes. Loin de ses discours habituels.

Pour l’entourage du candidat, quelque chose a déjà changé. Le simple fait de réunir autant de monde en est pour eux la preuve. C’est pourquoi François Delapierre ne veut « pas d’un retour à la normale » après le 6 mai. « On bouscule le paysage politique. On a déjà commencé avec Hollande et sa proposition sur la taxation à 75% ». Pour réaliser cette « révolution par les urnes », le camp du Front de gauche espère bien que « la déflagration de la Bastille va créer une onde de choc sur les 4 semaines à venir ». Mélenchon promet « le temps des cerises ». Parfois, ça ne dure qu’un printemps. Réponse le 22 avril.

L'International et la Marseillaise chantés en fin de meeting (photo : Pierre Bonte-Joseph).