La méthode Hollande pour la conférence sociale : moins d’Etat, plus de partenaires sociaux

+A -A
Florian Bourdier
Le 09.07.2012 à 18:24

Publicsenat.fr VOD

© Public Sénat
C’est aujourd’hui, que la conférence sociale s’est ouverte. Syndicats, patrons et membres du gouvernement se retrouvent autour de 7 tables rondes : emploi, service public, redressement économique… 48 heures de négociations pour remettre à plat les sujets essentiels.

Le président de la République a ouvert en fin de matinée la conférence sociale. Estimant qu’ « il n’y a pas de temps à perdre » François Hollande souhaite « mettre la France en mouvement ». Le chef de l’Etat a lourdement insisté sur la volonté de mettre le compromis et le consensus au cœur du redressement du pays. « Un changement dans la méthode pour un changement dans les résultats » a-t-il expliqué.

Cette grand-messe de deux jours se tient en ce moment même au siège du Conseil Economique Social et Environnemental. 7 grandes tables rondes sont prévues, avec chacune un ministre pour maître de cérémonie et des représentants des syndicats et du patronat. Chaque groupe est en charge d’un thème précis : emploi, formation, salaire, retraites, égalité hommes/femmes, service public et redressement économique.

Une méthode nouvelle

L’objectif martelé par le président tient en 3 points : agir pour la compétitivité des entreprises, contre le chômage et contre l’endettement public. Pour Bernard Vivier, directeur de l’Institut Supérieur du Travail (IST) « ce n’est évidemment pas en 48 heures que l’on va régler ces problèmes », mais il reconnaît que « le changement de méthode est très important ».

Ce spécialiste du dialogue social ne regrette pas l’ancien système : « avant c’était convocation à Matignon ou à l’Elysée, aujourd’hui le pouvoir fait le bon choix d’une concertation plus large, et souhaite une meilleure répartition des rôles ». Jean-Claude Mailly, numéro un de Force Ouvrière a également pris acte du changement de style : « Nicolas Sarkozy était clivant, mettait du stress, Hollande apaise ».

Le dialogue social constitutionnalisé

Dans sa déclaration d’ouverture, ce matin, le président de la République a ainsi répété son vœu de faire inscrire dans la Constitution la nécessité « du dialogue social » souhaitant « faire évoluer notre modèle social pour mieux le garantir ». Bernard Vivier met en garde contre une « mesure d’affichage, d’autorité. Ce n’est pas en remplissant quelques lignes qu’on modifie les comportement » ajoute-t-il, bien que pour lui « cela reste une bonne idée pour rompre avec la culture française, centralisée sur l’Etat qui a parfois confisqué les tenants de la régulation sociale ».

Il rejoint sur ce point François Hollande qui observait ce matin que « la France, par ses traditions, par son histoire, par son organisation, par son mouvement social, n’a pas développé une culture de la négociation ».

Les syndicats ont-ils les épaules ?

Le gouvernement souhaite donc moins intervenir dans le dialogue social, et laisser place à une concertation plus directe entre patronat et syndicats. Une difficulté risque cependant de se présenter : aujourd’hui, en France, 7% des salariés sont syndiqués. « C’est trois fois moins que la moyenne européenne » déplore Bernard Vivier qui décrit un « monde syndical de qualité, mais qui souffre de deux maux : une culture dominante de luttes et de barricades, et une distribution des résultats à tous, syndiqués ou non ». Il reste donc à renforcer la représentation syndicale.

François Hollande souhaite ainsi « dynamiser le dialogue social, avec un Etat attentif, mais moins omniprésent » décrypte le directeur de l’IST. Une posture déjà saluée par les leaders syndicaux. François Chérèque de la CFDT décrivait « une forme de détente qu’on avait perdue ces dernières années » alors que Laurence Parisot du Medef évoquait une ambiance « respectueuse ».

Le long chemin de la confiance

Premier acte d’une conférence que le président souhaite pérenne : « il ne s’agit pas d’un sommet ponctuel » expliquait-il avant de donner « rendez-vous dans un an ». D’ici là, il a déjà annoncé son intention de mettre en place le « contrat de génération (…) au début de l’année prochaine ». Conscient des difficultés que la France traverse, en particulier la crise financière et la cure d’amaigrissement qu’entame le pays, il a expliqué que ce n’était « pas le choix de l’austérité, qui serait une agression, mais le choix de la souveraineté pour l’avenir », en souhaitant que l’on retrouve notre « indépendance par rapport aux marchés ».

Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a déjà annoncé qu’il ne faudrait pas s’attendre à des déclarations tonitruantes expliquant que « réformer, cela prend du temps ». Outre les réactions consensuelles et apaisées des dirigeants syndicaux et du patronat, qui restent un signe positif, Bernard Vivier attend surtout une chose de cette conférence : « la grande réussite ce serait que dans 3 ou 4 ans, lors d’une prochaine conférence sociale, il n’y ait plus les ministres à la table que pour observer et prendre note de ce dont conviendrons les patrons et les syndicats ».