Marchés instables : l’Europe sur le « qui-vive »

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Florian Bourdier
Le 24.07.2012 à 17:08
Marchés instables : l’Europe sur le « qui-vive »
© AFP
Moins d’un mois après un Conseil européen accueilli dans l’allégresse par les marchés, la situation de ces derniers jours sonne comme un désenchantement. L’Espagne, ses banques et ses régions sont fébriles. L’Allemagne pourrait perdre son triple A. Paradoxalement, cette situation instable pourrait précipiter encore l’intégration européenne.

La zone euro subit de nouveau une vague d’attaques de la part des marchés. Hier, Espagne et Italie évitaient un effondrement de leurs bourses en interdisant certains dispositifs de spéculation. Après avoir lâché jusqu’à 5 points dans la journée, elles ont finalement concédé entre 1 et 2 points à la clôture. Les bourses allemande, britannique, française ont également enregistré une baisse sensible. Dans la nuit, l’agence de notation Moody’s a dégradé ses perspectives pour l’Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg.  Trois Etats, notés triple A, désormais sous le coup d’une perspective négative. Pourtant, aujourd’hui, la Bourse reste calme.

Un vent de panique inexplicable

Certes, le contexte économico-politique de la zone euro reste tendu : la conjoncture économique mondiale reste en piteux état ; les régions espagnoles réclament de l’aide à l’Etat central, tandis qu’à Berlin un certain eurosceptisme se fait parfois sentir. Enfin, arrivent aujourd’hui en Grèce les représentants de la troïka (FMI, Banque Centrale Européenne, Union européenne) pour juger de l’avancée des réformes. « Mais tout cela, on le savait déjà » nous explique Fabrice Montagné, économiste chez Barclays, « il n’y a pas d’événement majeur qui puisse expliquer l’évolution des marchés ces derniers jours, mais plutôt un regain d’incertitude qui se superpose a un mouvement de fond ».

La possible dégradation de la note allemande n’a cependant pas fait frémir les marchés aujourd’hui. Pour Jean-Noël Vieille, ces agences de notations « n’ont plus aucune crédibilité. Elles sont toujours après coup, et leurs indications ne servent à rien. Zéro ». Une indifférence attestée par des marchés relativement stables aujourd’hui, et par les exemples passés. Les Etats-Unis empruntent à des taux historiquement bas alors que leur note a été dégradée il y a plusieurs mois déjà. Idem en France, où « le débat est retombé très vite suite a la perte du triple-A dans la mesure où les investisseurs ne basent pas leur décision uniquement sur les notations, mais sur un ensemble d’indicateurs et d’analyse » rappelle Fabrice Montagné.

Les marchés poussent la construction européenne

Il n’empêche que la situation espagnole a de quoi inquiéter. Pas moins de 6 régions ont appelé au secours Madrid ces derniers jours. Dans le même temps, l’Etat espagnol emprunte à des taux « insoutenables » selon les investisseurs avec un marché obligataire sur le long terme au-delà des 7 points. Le gouvernement a ainsi annoncé qu’il envisage un recours à un « plan d’aide assoupli » afin d’assumer une échéance de 28 milliards d’euros en octobre que l’Espagne ne pourra financer sans une aide européenne.

« L’Espagne emprunte à des taux plus élevés que ce qui devrait être » souligne Jean-Noël Vieille. Pour l’économiste de Barclays, « la BCE pourrait taper du point sur la table, comme elle l’a déjà fait, afin d’interrompre la dérive et stabiliser les taux madrilènes a des niveaux inferieurs à 7,5 % et éviter ainsi une trajectoire explosive de la dette Espagnole » assure-t-il. Or, les menaces qui pèsent sur l’Espagne impactent l’Allemagne qui y est très investie.

« De toute façon, avec des taux a 7.5% ou plus, la dette espagnole n’est pas soutenable et une intervention des institutions européennes est inévitable si la situation actuelle venait à perdurer  » poursuit-il. Reste à rompre avec une tendance dangereuse : les investisseurs, dans la crainte et l’incertitude, vendent, ce qui fait dégringoler un peu plus les marchés. « Une prophétie auto-réalisatrice » pour Jean-Noël Vieille, « qui devient agaçante ».

L’attitude des marchés serait finalement représentative d’un conflit de rythme. Les investisseurs sur le court terme profitent de la lenteur du processus d’union financière. Le Conseil européen de fin juin avait pourtant rassuré quelques temps les marchés mais il « tarde à être suivi de faits » regrette Mr. Vieille. Une véritable union financière « apaiserait à coup sûr les spéculations » ajoute-t-il. Une telle union donnerait de la profondeur stratégique à l’Europe et aurait pour effet d’harmoniser les risques.

De ce point de vue, les marchés font figure de moteur de l’intégration européenne, au détriment des économies les plus faibles. Qui l’eût cru ?