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Mariage pour tous : des sénateurs sous pressions… de tous bords

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François Vignal
Le 25.03.2013 à 19:37
Mariage pour tous : des sénateurs sous pressions… de tous bords
© AFP

A l’approche de l’arrivée du mariage pour tous au Sénat, les pressions se multiplient : envers les sénateurs UMP voulant voter le texte ou pour inciter des élus PS à ne pas le voter. Sans parler des «flopées de mails» envoyées par les opposants. Au final, le texte devrait être adopté de peu.

Le succès de la « Manifestation pour tous » dimanche a redonné de l’espérance aux opposants au  projet de loi ouvrant le mariage entre couples de même sexe. A l’approche de l’arrivée du texte en séance au Sénat, le jeudi 4 avril, les échauffourées ont fait monter la pression. La droite dénonce l’utilisation de gaz lacrymogène sur les manifestants. Le sénateur centriste de Paris Yves Pozzo di Borgo compte demander à son groupe la création d’une commission d’enquête. « Gazer de pauvres vieux avec de la lacrymo, ce n’est pas acceptable », lance le sénateur UDI. Il dénonce « une manipulation de la part de Valls. Ils avaient envie que ça se passe mal, de provoquer les choses. Il me fait penser à Marcellin », ancien ministre de l’Intérieur chargé par de Gaulle de rétablir l’ordre en mai 68… Jean-Pierre Michel, rapporteur PS du texte au Sénat, minimise le poids des scènes de heurts. « C’est honteux d’avoir pris des enfants pour forcer les barrages de police », réagit le sénateur de Haute-Saône, qui souligne que « la manifestation s’est politisée. Il y avait aussi des slogans sur l’économie. C’est une manif de l’UMP. La question est aussi de savoir si l’église catholique est devenue UMP et de droite ».

« Le texte peut être retoqué au Sénat », selon Mariton

Dans ce contexte de dramatisation de l’enjeu, certains se mettent à espérer que le Sénat rejette le texte sur le mariage pour tous. C’est le cas d’Hervé Mariton. Le député UMP de la Drôme avait été le fer de lance des opposants UMP à l’Assemblée nationale. Aujourd’hui, à la Haute assemblée, il compte sur ses collègues de droite… mais aussi de gauche. La majorité ne tient qu’à 6 voix au Sénat. Chaque voix compte. « Il y a trois éléments importants : la cohésion des groupes UMP et centristes, la liberté que peuvent vouloir exprimer un certain nombre de sénateurs de la majorité et la détermination de parlementaires d’Outre-Mer compte tenu des très fortes critiques qui s’expriment dans ces territoires. Si c’est trois éléments peuvent s’exprimer ensemble, le texte peut être retoqué au Sénat », calcule Hervé Mariton. L’ancien ministre de l’Outre-Mer doit justement se rendre « en Guadeloupe début avril ». L’occasion d’échanger avec certains sénateurs de gauche qui seraient prêts à s’abstenir. A l’Assemblée, 12 députés d’Outre-Mer de gauche ont voté contre, se sont abstenus ou n’ont pas pris part au vote.

Doute en Guadeloupe

Selon Jean-Pierre Michel, sur les dix sénateurs de gauche d’Outre-Mer, « deux ou trois n’ont pas exprimé leur vote ». Les autres voteront pour, selon le rapporteur. « Ceux qui spéculent sur l’Outre-Mer se trompent », prévient Jean-Etienne Antoinette, sénateur apparenté PS de Guyane. Les sept sénateurs de Martinique, Guadeloupe et Guyane – tous au groupe PS –  se sont retrouvés à Paris il y a dix jours pour faire le point sur le sujet. « En Martinique, il y a des positions plus conservatrices. Mais les martiniquais vont voter, j’en suis sûr », veut croire le sénateur de Guyane. Lui-même votera pour. « S’il y a un doute, ce sera avec le sénateur de Guadeloupe Jacques Cornano. Il pourrait s’abstenir », affirme Jean-Etienne Antoinette. Il ajoute : « Il y a des pressions dans sa commune et ses convictions aussi. Mais nous essayons de le convaincre ».

A l’UMP, 4 pour et 1 à 3 abstentions

Pour que le rêve d’Hervé Mariton se réalise, les sénateurs d’opposition devront voter comme un seul homme contre le texte. Ça n’en prend pas le chemin. A l’UMP, Alain Milon et Fabienne Keller voteront pour. Lors de l’examen du texte en commission des lois, il n’a été adopté qu’à deux voix près. Celle des sénateurs UMP des Français de l’étranger Christophe-André Frassa et Christian Cointat. Ce qui porte le compteur à quatre. S’ajoutent des abstentions. Sauf surprise, ce sera le cas de Roger Karoutchi. Peut-être que d’autres suivront. « Une ou deux », dit-on au sein du groupe, où il n’y aura pas de consigne de vote, n’en déplaise à Mariton. Mais les dissidents ont ou auront droit aussi à quelques sympathiques pressions. A commencer par Alain Milon. « Je sais que les adversaires au mariage mettent une certaine attention sur ce qui se passe dans le département du Vaucluse (celui d’Alain Milon, ndlr). On a mobilisé un certain nombre de relais qui sont allés le voir », glisse Hervé Mariton.

Des abstentions au RDSE

Dans les conditions d’un éventuel rejet du Sénat, le député de le Drôme parle aussi de « la liberté » que peuvent exprimer des sénateurs de la majorité. « Ça se travaille dans tous les groupes et dans tous les sens », explique-t-il. On pense notamment aux deux sénateurs du groupe RDSE (à majorité Parti radical de gauche) qui n’ont pas pris part au vote en commission. Il s’agit de Pierre-Yves Collombat et Nicolas Alfonsi. « Je n’ai pas encore pris de position. Je l’élabore petit à petit », explique ce dernier, membre du PRG. Au groupe RDSE, le président d’honneur du Mouvement républicain et citoyen, Jean-Pierre Chevènement, pour qui la question du mariage n’est pas une priorité, pourrait s’abstenir ou ne pas prendre part au vote.

Au centre, Jouanno pour et quelques abstentions

Au centre, Chantal Jouanno (UDI, ex-UMP) ne cache pas son soutien au texte. Elle votera pour. D’autres sénateurs centristes pourraient s’abstenir. Un certainement, peut-être deux ou trois. Chantal Jouanno n’a pas reçu de pressions politiques. Elles viennent plutôt de militants ou de simples citoyens. « On a reçu des pressions par écrit. On reçoit une flopée de mails formatés. 200 à 300 certains jours », affirme la sénatrice de Paris. Peut-être les opposants ont-ils eu recours au site senateurspourtous.com. Ce site recense la position de chaque sénateur et invite à lui écrire et à ne pas le lâcher. « Inscrivez-vous pour recevoir un récapitulatif de son vote, ainsi qu'un rappel au moment des sénatoriales. Plus il y aura d'inscrits, plus elle sera sous pression. Le rappel vous permettra d'appeler vos élus locaux à la soutenir ou à la sanctionner au moment de sa réélection », peut-on clairement lire sur le site.

Gélard (UMP) : « Le texte a de fortes chances de passer »

Au final, si la gauche perd quelques voix, elle en gagnera sur sa droite, qui ne fera pas le plein des opposants. Le socialiste Jean-Pierre Michel « ne pense pas » qu’il y aura une majorité pour rejeter le texte au Sénat. Il devrait l’être, mais de peu. « S’il y avait toute l’opposition ensemble, à la rigueur, mais je ne pense que le texte sera mis en échec », soutient le centriste Yves Pozzo di Borgo, tout en ajoutant qu’au Sénat « tout est possible ». Patrice Gélard lui-même, qui sera porte-parole du groupe UMP sur le texte, ne croit pas à son rejet. « A mon avis, le texte a de fortes chances de passer. La gauche est motivée pour le faire adopter, quelques uns à droite voteront avec la gauche. Il ne faut pas se faire d’illusion », prévient le sénateur, rendu célèbre pour avoir présidé la Cocoe, lors de la bataille interne à l’UMP. Il ne promet pas une bataille d’amendements comme à l’Assemblée nationale. « Nous sommes des gens raisonnables au Sénat. Ça ne sert à rien de faire la même chose qu’à l’Assemblée. Il y aura 300 amendements. Ce sera une bataille juridique », prévient le doyen Gélard. Mais que les opposants se rassurent, la droite ne compte pas « s’arrêter là », explique le sénateur UMP. « Il y aura une seconde lecture, puis une commission mixte paritaire. Et quand le texte sera adopté, nous saisirons le Conseil constitutionnel avec des arguments très forts ». Lesquels ? « On réserve ça pour la séance… » Face à la détermination du gouvernement, l’opposition n’a pas encore dit son dernier mot.