Marine Le Pen veut interdire voile et kippa dans la rue, indignation à gauche

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Le 21.09.2012 à 14:54
Marine Le Pen veut interdire voile et kippa dans la rue, indignation à gauche
© AFP

Sur fond de tensions liées aux caricatures de Charlie Hebdo, Marine Le Pen a réclamé vendredi l'interdiction dans tout l'espace public du voile et de la kippa, suscitant l'indignation à gauche, le ministre Vincent Peillon voyant en elle la "première des intégristes".

A la veille de l'université d'été du Front national à La Baule, la présidente du parti s'est prononcée dans un entretien au Monde pour l'interdiction dans l'espace public, y compris dans "la rue", du voile religieux que portent certaines femmes musulmanes et de la kippa des hommes juifs.

Dans le climat de tension lié au film islamophobe et aux caricatures de Mahomet parues mercredi dans Charlie Hebdo, ces propos n'ont pas manqué de faire réagir, notamment François Hollande, en marge de l'inauguration d'un mémorial de la Shoah à Drancy (Seine-Saint-Denis).

"Tout ce qui déchire, oppose, divise est maladroit", a déclaré le chef de l'Etat, en en appelant au respect des "seules règles que nous connaissons", celles "de la République et de la laïcité".

Qu'ils travaillent sur l'extrême droite ou le sujet de la laïcité, plusieurs experts interrogés par l'AFP ont dit n'avoir jamais vu personne préconiser de telles mesures "aberrantes" ou en tout cas "inapplicables".

"Tous ces amalgames, ces imprécisions, font le lit de l'obscurantisme et de la haine (...) Marine Le Pen est la première des intégristes", a lancé Vincent Peillon, lui aussi à Drancy d'où furent déportées des dizaines de milliers de juifs.

"Faire un coup"

Pour le chercheur Sylvain Crépon, Mme Le Pen "surfe" sur le "contexte actuel de défiance à l'islam", mais de manière habile car "elle ne s'en prend pas à une religion en particulier". "Juridiquement ça n'est pas applicable, mais ça permet de faire un coup et de montrer que le FN est le seul parti qui a une ligne intransigeante sur la laïcité", poursuit-il.

Dans Le Monde, la dirigeante du parti d'extrême droite prône l'interdiction de ces signes religieux dans "les magasins, les transports, la rue", et estime "évident que si l'on supprime le voile, on supprime la kippa dans l'espace public".

Dans son projet pour la présidentielle de 2012, elle se prononçait déjà l'interdiction du "port du voile ou de tout autre signe religieux ostentatoire", mais dans "les services publics administratifs dépendant de l'Etat ou des collectivités territoriales". Elle ajoutait qu'une réflexion serait engagée "pour étendre cette disposition aux transports publics".

Vendredi, elle plaide à nouveau pour "une application stricte de la loi de 1905" sur la laïcité: "plus de financement, direct ou indirect, des mosquées. Plus de financement étranger. Sauf cas spécifique de convention de réciprocité".

"Je veux bien qu'un Etat finance une mosquée dans notre pays s'il n'interdit pas sur son territoire le financement des églises ou de n'importe quel autre culte", ajoute-t-elle, parlant aussi de mettre à la porte "tous les intégristes étrangers".

"Mettre de l'huile sur le feu"

Dans le contexte actuel, "c'est encore mettre de l'huile sur le feu pour créer des problèmes entre les communautés", a réagi l'Observatoire contre l'islamophobie, fustigeant des "gesticulations".

Jean Baubérot, historien et sociologue de la laïcité, a souligné à l'AFP que Mme Le Pen "se place exactement à l'inverse de la loi de 1905" sur la séparation des Eglises et de l'Etat, car elle prône la même "laïcité intégrale" que ceux qui à l'époque n'avaient pas obtenu gain de cause.

Interdire les manifestations de la religion sur la voie publique, comme le port de la kippa ou du foulard religieux, "c'est aller vers une société totalitaire qui dicte aux gens une manière de s'habiller dans la rue et là, il n'y a plus de limite", selon M. Baubérot.