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Marseille : le gouvernement dégaine son plan contre la «guerre des cités»

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François Vignal
Le 06.09.2012 à 17:28
Marseille : le gouvernement dégaine son plan contre la «guerre des cités»
© AFP
Jean-Marc Ayrault a annoncé un « renfort de 205 policiers et gendarmes à Marseille » et la création d'une nouvelle Zone de sécurité prioritaire pour les quartiers du sud de la cité phocéenne, après un comité interministériel consacré à cette ville touchée par une série de meurtres.

Lundi, un cadavre carbonisé d’un homme tué par balles a été retrouvé à la limite nord de Marseille. C’est le vingtième meurtre depuis le début de l’année dans la cité phocéenne. C’est dans ce contexte que le premier ministre Jean-Marc Ayrault a réuni ce jeudi un comité interministériel pour bâtir un plan global d’action contre la criminalité à Marseille.

Créer une métropole

Jean-Marc Ayrault a donné sa « feuille de route ». « Nous mettrons en œuvre tous les moyens de l’Etat », promet-il. Il annonce le « renfort de 205 policiers et gendarmes en sécurité publique, en police judicaire, en renseignement ». Une nouvelle zone de sécurité prioritaire, en plus de celle déjà créée dans les quartiers nord, verra le jour dans les quartiers sud. Les moyens du parquet seront renforcés. Le premier ministre a aussi évoqué « le renforcement des moyens de l'administration pénitentiaire ».

Alors que six structures différentes d’intercommunalité existent, le premier ministre souhaite que cet ensemble « chemine vers la solution de la métropole ». Un poste de préfet « chargé de la stratégie de l’agglomération », auprès du préfet de région, sera créé. Jean-Marc Ayrault entend aussi « agir dans l’éducation, la politique de la ville, le soutien aux entreprises et la décongestion des transports », avec le « déblocage de la rocade L2 ».

Non à l’armée

La semaine dernière, la sénatrice PS et maire des quartiers nord de la ville, Samia Ghali, a jeté un pavé dans la marre en demandant l’intervention de l’armée. Refus de François Hollande comme du ministre de l’Intérieur Manuel Valls. « Samia Ghali est une femme intelligente, elle sait bien qu’on ne peut pas envoyer l’armée, mais elle a fait un cri d’alarme. Ce n’est pas l’armée dont on a besoin mais de plus de police judiciaire, d’infiltration dans les cités », explique Patrick Mennucci, député-maire du 1er secteur de Marseille. La demande de la sénatrice est à la hauteur de la situation. Patrick Mennucci parle de « guerre des cités ». « Ce sont des voyous qui se tuent entre eux », a lancé mardi soir sur Europe 1 le sénateur-maire UMP Jean-Claude Gaudin. Après des tensions entre l’élu UMP et Manuel Valls, le ton est redecendu d’un cran. Le premier ministre et son ministre de l’Intérieur ont tous deux appelé l’édile avant le comité. Jean-Claude Gaudin a « beaucoup apprécié ». « Si le gouvernement veut aider la ville, je dirai merci », a-t-il expliqué, magnanime.

Après un été où certains ont accusé Jean-Marc Ayrault d’être trop en retrait, le premier ministre était décidé à ne pas se montrer inactif sur ce dossier. L’adjointe à la sécurité de la mairie UMP de Marseille, Caroline Pozmentier, a réclamé « un renforcement des moyens humains et matériels de la police ». Sur le plan des effectifs, Patrick Mennucci affirme que « Nicolas Sarkozy a supprimé 400 postes à Marseille ». Mardi soir sur Europe 1, le sénateur-maire Jean-Claude Gaudin a affirmé au contraire que « le gouvernement précédent avait fait un effort sur les effectifs ». « Le préfet de police dit que tout va bien, mais les syndicats constatent une baisse constante », tranche Laurent Mucchielli, chercheur au CNRS et directeur de l’Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux.

« Une économie de survie dans un contexte de misère »

« Marseille a une très vieille histoire de banditisme. Depuis 3-4 ans, il y a une phase d’intensification lié à la structuration actuelle du trafic de drogue. Il est moins lié à des organisations criminelles de type mafia, mais à des myriades de petits réseaux délinquants concurrents, parfois assez amateurs. Ils règlent leur concurrence », explique le chercheur du CNRS. Les causes de cette criminalité sont multiples. « Marseille est un port. C’est donc une plaque tournante. De fait, historiquement, il y a eu une pénétration par l’Italie et la Corse, connues pour leur milieu criminel. Dans les années 70, il y avait la French connexion. Aujourd’hui s’est rajoutée une nouvelle forme de criminalité liée au trafic de cannabis qui est un grand trafic rapportant peu ». Plus qu’un business lucratif, Laurent Mucchielli décrit « une économie de survie dans un contexte de misère pour des familles et des morceaux de quartiers entiers ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 27% de la population vit en zone urbaine sensible, et, comme l'explique Laurent Mucchielli, « certains quartiers ont un taux de chômage qui atteint les 50% ».