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Mauroy se souvient de la promesse de Mitterrand en 1980 : «Je veux faire un ticket avec vous»

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César Armand
Le 06.05.2011 à 17:42

Aujourd’hui, au Sénat, se tient un colloque en hommage aux 30 ans de l’accession de François Mitterrand à l’Elysée. Les ténors socialistes Lionel Jospin et Pierre Joxe témoignent. L’ancien ministre communiste  Charles Fiterman et Alain Madelin, représentant de l’opposition giscardienne, ont également apporté leur pierre à l’édifice.

Croisés avant le colloque, Alain Madelin se rappelle : « Ce fut une surprise pour le camp Giscard, mais un peu moins pour moi. Je pense surtout au lendemain, où VGE fur lâché par tous, à part ses amis. » quand le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur se souvient du 10 mai 1981 comme d’«une grande joie, un grand espoir, une grande émotion ».

C’est toutefois à Catherine Tasca, la vice-présidente du Sénat et ancienne ministre de Mitterrand, que revient l’introduction : « 30 ans ça commence à être assez long pour avoir un regard distancié, et à puiser des enseignements ». Hubert Védrine, secrétaire général de l’Elysée de 1991 à 1995, enchaîne : « Oui, il y a une nostalgie (…) Mitterrand c’était une intensité incroyable, une saveur inimitable (…) il était le Président de tous les Français, il n’appartient pas qu’à la gauche (…) il demeure une source d’inspiration. »

Joxe : « On ne gagne pas avec un programme »

Puis, Jérôme Jaffré, à l’époque directeur de l’institut de sondage Sofres poursuit : « Il paraissait archi-usé, avec deux défaites à la présidentielle (…) La victoire n’était pas acquise(…) Sa campagne  ne fut pas flamboyante, mais il se joua des erreurs des divisions des autres (…) Marchais disait en plus : « Voter pour lui me poserait un grave problème » ».

Alain Madelin, membre de la garde rapprochée de Giscard, confirme ses dires précédents : « J’étais persuadé qu’il allait perdre (…) Il était convaincu que l’élection était une formalité (…) Il était en décalage par rapport à la réalité. »  Lionel Jospin acquiesce et poursuit : «  VGE aurait dû dissoudre le Parlement en 1974 pour avoir une majorité et recomposer la droite à son profit. »

Peu après l’arrivée de Pierre Mauroy dans l’assistance, Michèle Cotta lance alors ses invités sur l’alliance PS – PCF lors de cette période. Pierre Joxe, futur Président du groupe socialiste à l'Assemblée de 1981 à 1984, prend alors la parole : « Mitterrand ne croyait pas au programme commun. Il n’en voulait pas (…) C’était la même orientation, mais pas la même formulation (…) La gauche au pouvoir c’était un miracle, le résultat d’un rejet d’une politique réactionnaire (…) On  ne gagne pas avec un programme, c’est un prospectus auquel il faut ajouter de la volonté politique ».

Fiterman : « Mitterrand était un volontariste »

Charles Fiterman, ministre des Transports de 1981 à 1984, fut l’un des 4 communistes entrés au gouvernement après les législatives, tient, lui,  à défendre son ancien camp : « Il est excessif de dire que nous étions antisocialistes. Ce qui a marqué, ce sont les hésitations stratégiques. On avait pourtant la volonté de gagner (…) J’ai vécu le 10 mai comme un grand moment politique de ma vie militante. Ce fut un grand succès, une grande victoire ». Ce à quoi répond Alain Madelin : « Le programme commun ou les 110 propositions socialistes, c’était une menace pour l’économie française »

Lionel Jospin n’est pas d’accord : « Le glissement vers les 110 propositions s’opéra quand il ya eu rupture de l’unité de la gauche. L’aspiration à l’unité existait. » Charles Fiterman continue : « Mitterrand avait de l’habileté pour être à la fois le représentant du programme, et lui-même (…) C’était un volontariste. Je suis mitterrandien sur ce plan. »

Quant à Pierre Joxe, il considère que « ce sont les victoires répétées aux élections intermédiaires qui ont créé de l’accoutumance et qui ont préparé l’union de la gauche ». Alain Madelin n’est pas de cet avis : « En 78, Mitterrand refusait de prendre des ministres communistes ».

Jospin : « Je confirme que c’est moi qui aidé Garraud »

Lionel Jospin, soudainement, tient à rappeler comment ont été intégrés les hommes de Marchais au gouvernement : « Mitterrand pose la question tout haut. Il vient de recevoir Bush qui lui a fait part des ses inquiétudes, mais lui, il veut les faire entrer. Un seul s’oppose, c’est Gaston Defferre. Au final, on décide de les faire entrer après le 2nd tour des législatives ».

Jérôme Jaffré lui demande alors si c’est bien le PS qui a aidé Marie-France Garraud à obtenir ses 500 signatures : « Je confirme que c’est à mon initiative (il était Premier secrétaire) que nous l’avons appuyée », répond Jospin. Pierre Joxe, lui, raconte une lettre que lui a envoyé Charles Pasqua contre Giscard. Goguenard, Charles Fiterman assure que Marchais n’a jamais rencontré VGE.

Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur dès 1988, lui, tient à évoquer ses années au Palais Bourbon : « Il y avait un déphasage entre la politique dans le peuple et la politique dans les institutions (…) Je me souviens particulièrement de Rocard qui plaidait pour l’autogestion à la sauce yougoslave »

Jack Lang : « L’accomplissement d’une longue marche »

Pierre Mauroy, qui fut le premier locataire de Matignon sous Mitterrand, se confie : « J’étais maire de Lille (…) Rocard annonce sa candidature à Conflans-Sainte-Honorine. Je fais un communiqué : « Ce n’est pas conforme ». Mitterrand m’appelle et me dit « Je veux déjeuner avec vous près du Trocadéro »(…) Quatre jours plus tard, on parle de tout et de rien et il me dit : « Je serai candidat, et vous serez le premier à savoir (…) Je veux faire un ticket avec vous, et si nous gagnons, vous serez Premier ministre » ». Première fois en trente ans que le silence sur ce sujet est levé…

Jack Lang, l’éternel ministre de la Culture s’ouvre également : « J’étais dans le bureau de Mitterrand à Solférino avec Jospin, Fabius, Defferre, Mauroy. Jaffré nous a appelés vers 18h. Ce fut un bonheur, un accomplissement, un tremblement de terre ! »  Le PS a –t-il ses chances pour 2012 ? Lang est plus nuancé : « Les circonstances sont tout autres : ce sera un changement de majorité, non un changement de système »…