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Migrants à Calais : « Il faut obliger l’Europe à se bouger »

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Simon Barbarit
Le 25.01.2016 à 19:09
Migrants à Calais : « Il faut obliger l’Europe à se bouger »
© AFP

Après les débordements en marge d’une manifestation en soutien des migrants à Calais, les élus locaux demandent au gouvernement des mesures d’urgence pour ne pas « connaître de drame ».

Jets de projectiles contre fusil soit disant factice, la vidéo a fait le tour de l’actualité ce week-end, comme l’illustration locale de la crise migratoire européenne. La tension était donc à son comble entre une partie de la population calaisienne excédée, et des migrants qui le sont tout autant par leurs conditions de vie dans ce qu’il est désormais commun d’appeler « la Jungle de Calais ». C’est d’abord un symbole qui a été touché, en marge d’une manifestation pacifique de 2000 personnes, organisée par des collectifs de soutien aux migrants. Une statue du général de Gaulle située place d’armes à Calais s’est retrouvée taguée d’un « Nik la France » ainsi orthographiée. Puis plus tard, 350 personnes, selon un communiqué du ministère de l’Intérieur, ont bloqué le port de Calais dont une cinquantaine a pu s’infiltrer à bord du ferry « Spirit of Britain ». Aujourd’hui, ce sont 6  migrants qui ont été placés en détention dans l’attente de leur procès renvoyé au 22 février, tandis que deux militants français de l’association altermondialiste No Border ont été placés sous contrôle judiciaire. « Je ne minimise pas les inquiétudes des Calaisiens. Certains m’ont dit samedi, qu’ils ne pouvaient plus  prendre l’autoroute le soir car ils avaient peur de renverser ces migrants » relate la députée européenne écologiste, Karima Delli, présente lors du défilé de soutien aux réfugiés. « Pour autant il est intolérable de sortir un fusil comme il l’est tout autant de taguer une statue du générale de Gaulle » estime-t-elle.

Xavier Bertrand demande au gouvernement d’éviter « un drame »

Des évènements qui ont donné encore plus d’ampleur à une autre manifestation « pour soutenir les emplois » tenue dimanche à Calais rassemblant des commerçants de la ville avec en tête de cortège l’ancienne sénatrice et actuelle édile (LR) de Calais, Natacha Bouchard. La maire de la ville a une nouvelle fois réclamé la présence de l’armée « pour empêcher les sorties dans le périmètre de la lande.« Je demande une nouvelle fois au Gouvernement de prendre toutes les mesures nécessaires afin de protéger Calais et les Calaisiens, mais également de prendre toutes les mesures nécessaires pour ne plus mettre à mal l'économie calaisienne » a-t-elle ajouté.  Ce lundi, après une réunion de crise,  le nouveau président de la région, le Républicain, Xavier Bertrand a exhorté  le président Hollande à se rendre à Calais d’urgence. « Personne ne veut connaître de drame à Calais. Ce drame, on peut l’éviter, ce drame on doit l’éviter. Il y a une action qui est menée aujourd’hui par le ministère de l’Intérieur, mais ce n’est pas suffisant » a-t-il ajouté avant lui aussi de demander l’intervention de l’armée et « une réponse judicaire beaucoup plus forte ». (voir la vidéo ci-dessous).

Le ministère de l'Intérieur rappelle son action

Le ministère a en effet rappelé le versement de 50 millions d'euros dans le cadre d'un « contrat territorial », et le renforcement des mesures de maintien de l'ordre, avec depuis plusieurs mois  grâce à la mobilisation de 17 unités de forces mobiles (compagnies de CRS et escadrons de gendarmes mobiles). Place Beauvau, on souhaite aussi rappeler l’accélération des procédures d’asile » et la mise en place de solutions humanitaires qui « ont permis de ramener le nombre de migrants présents à Calais de 6000 à 4000 il y a quelques mois ».  « Ils sont au moins 10 000 » conteste le rapporteur du projet de loi relatif aux droits des étrangers, François Noël Buffet. Pour le sénateur LR du Rhône, « c’est le dispositif tout entier qu’il faut démanteler ». Le gouvernement n’est pas à la hauteur des enjeux et n’a pas de volonté politique forte. Il faut mobiliser tous les services de l’Etat, des forces de l’ordre aux services de l’immigration, pour évacuer les personnes qui n’ont rien à y faire, et accueillir ceux qui peuvent avoir l’asile », préconise-t-il

Réfugiés : quand Adeline Hazan pointait  « une utilisation détournée de la loi »

En décembre dernier, sur le plateau de Public Sénat, Adeline Hazan, le contrôleur général des lieux de privation de liberté, pointait elle « une utilisation détournée de la loi » de la part du gouvernement. Elle faisait référence à l’arrestation et au transfert d’un certain nombre de réfugiés dans 7 centres de rétention répartis dans toute la France. La plupart étaient Erythréens, Soudanais ou Syriens, candidats au droit d’asile et donc « l’Etat savait qu’il ne pouvait pas les expulser ». « On veut donner un signal aussi à la population de Calais et à la population en général », « un signal au détriment des droits fondamentaux de ces personnes » dénonçait-t-elle (voir la vidéo ci-dessous).

Calais au cœur « d’un tête à tête franco-français »

 Pour Karima Delly, la ville « ne peut rester dans un tête à tête franco-français », mais doit être selon elle pionnière en matière de « réponse européenne solidaire ». « On pourrait mettre en place à Calais un consulat européen qui traiterait les demandes d’Asile. On ne peut pas avoir de double discours en affirmant que la France accueillerait 24 000 nouveaux réfugiés conformément au plan Junker, et ne rien faire sur place. La réponse est prioritairement sanitaire » affirme l’eurodéputée qui demande par ailleurs « une renégociation des accords du Touquet ». »Il faut obliger l’Europe à se bouger avec pourquoi pas la mise en place d’une agence de l’immigration européenne. Dans l’immédiat et pour aller vite, il faut renégocier avec les britanniques » complète François-Noël Buffet

Actuellement, les accords de Touquet signés en 2003 entrainent le blocage des migrants en France avant même de pouvoir effectuer leur demande d’Asile au Royaume Uni. En vertu du traité, signé entre la France et la Grande-Bretagne après la fermeture de Sangatte (le centre d’hébergement d’urgence humanitaire géré par la Croix Rouge), le contrôle aux frontières britannique se fait sur le territoire français avant la traversée vers l’Angleterre. Le Royaume-Uni ne faisant pas partie de l’espace Schengen, souhaitait ainsi interdire le passage de ses frontières aux non-ressortissants de l’Union européenne. En août dernier dans le Journal du Dimanche, Xavier Bertrand fustigeait lui aussi « l’hypocrisie anglaise ». Nous avons été bien bons (…) d’accepter que la frontière soit à Calais, avec seulement une micro-aide britannique » déclarait-il.