Les ministères mis au régime sec

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Thomas Leroy
Le 29.06.2012 à 17:26
Les ministères mis au régime sec
© AFP
Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé une réduction des dépenses des ministères et des fonctionnaires, à l’exception de quatre pôles : éducation, justice, gendarmerie, police. « Il ne s’agit pas d’un plan de rigueur » a-t-il affirmé.

« Si cela était le cas, j'en aurais été informé, tout de même ». François Hollande feignait la surprise la semaine dernière lorsque des journalistes lui parlaient d’une baisse de 2,5% dans la fonction publique, à l’exception de quelques ministères prioritaires. L’information, sortie par le Figaro, avait été immédiatement démentie par Matignon et par le ministre du Travail  Michel Sapin. Une semaine plus tard, ce sont bien ces chiffres que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé dans un communiqué. Des « efforts » au niveau des ministères. Le mot est répété à l’envie comme si tout synonyme (austérité, rigueur) était tabou.

Quelques ministères privilégiés

L’équation était délicate. Assumer les 65 000 créations de postes dans la fonction publique que le candidat Hollande avait promis, sans pour autant sacrifier le budget, très fragile. En d‘autres termes : embaucher sans augmenter le nombre de fonctionnaires. « Les effectifs de l’État connaitront une stabilité globale » insiste d’ailleurs le communiqué. Les embauches ne concerneront que quatre pôles : la police, la gendarmerie, la justice et l’éducation. Pour le reste, Jean-Marc Ayrault confirme donc la diminution à hauteur de 2,5% des fonctionnaires dans les autres ministères entre 2013 et 2015. Pour le syndicat Force ouvrière, interrogé par l’Afp, cette suppression de poste revient à « poursuivre la RGPP (Révision générale des services publics) c’est à dire le non remplacement de deux fonctionnaires sur trois ». Une affirmation que la ministre de la Fonction publique Marylise Lebranchu dément formellement. « La page de la RGPP est tournée », affirme t-elle lors d’un déplacement à Saint-Etienne. Pourtant, ces chiffres l’attestent, l’heure est bien aux coupes budgétaires.

Réorganisation

Car le gouvernement prévoit aussi de diminuer le train de vie de tous les ministères. Dans des « lettres de cadrage » que leur a envoyées Matignon, la réduction des dépenses est abrupte : -7% en 2013 et -4% en 2014 et en 2015. « Un effort de même ampleur sera appliqué, dans cet esprit d’équité et d’efficacité, aux dépenses d’intervention », autrement dit les dépenses spécifiques des collectivités territoriales.Le Ministre de l’Economie Pierre Moscovici devrait rencontrer ses homologues de tous les ministères courant juillet pour déterminer  au cas par cas les mesures à prendre.

Pas différent des mesures du gouvernement Fillon

A l’instar du gouvernement Fillon qui refusait toute idée d’austérité, Jean-Marc Ayrault s’est employé à réfuter tout « plan de rigueur. »  
« A Nantes,  j'ai fait ça depuis 23 ans, nous avons créé des postes mais nous avons réorganisé les services publics, nous ne les avons pas dégradés mais dans certains secteurs nous avons gagné des marges de manœuvre, donc il y a eu des postes en moins dans certains services, plus dans d'autres, » a déclaré le Premier ministre en visite à Nantes, dont il fût le maire.

Même la droite peine à redire. « Les mesures prises et certainement nécessaires, ne sont pas différentes de celles prises par le gouvernement précédent », souligne Philippe Marini, président de la commission des finances au Sénat et membre de l’UMP. « A la différence près que le gouvernement actuel a nié l’évidence ou a préservé beaucoup de flou, jusqu’aux élections. Si j’étais un électeur de François Hollande, j’aurais un goût amer dans la bouche. »