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Mohamed Morsi, frère musulman, président de l’Egypte

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Florian Bourdier
Le 25.06.2012 à 17:07
Mohamed Morsi, frère musulman, président de l’Egypte
© AFP
Mohamed Morsi, le candidat des Frères musulmans, a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle dimanche 24 juin. Pour la première fois de son histoire, l’Egypte aura à sa tête un président islamiste. Décryptage.

Rassembleur, Mohamed Morsi s’est adressé à ses citoyens et au monde quelques heures après l’annonce officielle des résultats. Il a assuré qu’il serait le président « de tous les Egyptiens, sans exception ». Une déclaration à l’attention d’une société divisée : avec 51% des suffrages et une abstention de plus de 50% selon les chiffres officiels, M. Morsi a été élu par un tiers des électeurs.

Frédéric Encel, docteur en géopolitique et professeur de relations internationales, nous explique qu’une « forte abstention est souvent le symptôme d’un scrutin sincère et transparent ». Il attribue toutefois une bonne part d’entre elle « au refus des citoyens de choisir entre « la peste et le choléra », c’est-à-dire entre un militaire au pouvoir, ou un islamiste des frères musulmans ».

L’économie en priorité absolue

« L’Egypte est dans une situation économique absolument catastrophique » prévient Didier Billion, rédacteur en chef de la Revue Internationale et Stratégique. Pour ce spécialiste du monde arabe, « le défi principal des autorités égyptiennes est de rétablir la santé économique du pays » alors que plusieurs observateurs estiment que l’Egypte « n’est pas loin de la banqueroute ».

Une situation urgente qui pourrait être difficile à débloquer. Frédéric Encel, docteur en géopolitique, nous rappelle que « Les militaires détiennent 30 à 40% de l’économie et notamment dans l’industrie, pétrole en tête ». Selon lui, les militaires vont naturellement tenir l’économie et l’industrie, quand les islamistes tâcheront de remettre de l’ordre dans les affaires sociales, familiales, civiles et administratives.

Une répartition des tâches « qui existait déjà de manière informelle, mais qui n’annonce rien de bon pour les Egyptiens » assure Frédéric Encel, craignant une radicalisation des mœurs de la société et un isolement des minorités comme les Coptes ou les Chrétiens.

Quoiqu’il en soit, « la priorité absolue est à restructurer le pays. Si l’Egypte ne trouve pas les moyens de relancer son économie, il y aura une fracture très violente ». Il ajoute que « l’économie Egyptienne n’est pas capable de créer une croissance suffisante pour juguler les millions de jeunes cherchant du travail. Dans la mesure où les Frères musulmans ont gagné sur le social, il faut absolument qu’ils fassent des avancées là dessus ».

La réalité du pouvoir, entre islamistes et militaires

Il faut donc des réformes structurelles. Mais elles ne sont envisageables qu’avec un pouvoir législatif favorable. Or, depuis le 14 juin il n’y a plus de chambre de députés. L’Assemblée nationale a été dissoute et le pouvoir législatif est désormais dans les mains du Conseil Suprême des Forces Armées, pour une durée indéfinie.

De plus, l’emprise des militaires sur l’économie est considérable, alors que le budget de la Défense est d’une opacité intrigante. Autant d’éléments qui poussent Didier Billion à considérer que Frères musulmans et armée vont devoir agir « en complicité plutôt qu’en affrontement ».

Pour lui, cela ne fait aucun doute : « des négociations ont eu lieu pour que les militaires signifient bien à la confrérie islamiste une ligne rouge à ne pas franchir ». Selon ce spécialiste, « l’armée ne fera pas de concession. Elle ne veut pas que qui que ce soit s’ingère dans leurs affaires ». Il s’agirait notamment de l’autonomie et du secret du budget de la Défense, la sécurité juridique d’un certain nombre de responsables et la sanctuarisation des accords internationaux.

« Sur le plan démocratique, ça peut être contestable », reconnait Didier Billion « mais malgré tout il vaut mieux ça qu’un bain de sang. C’est aussi une forme de maturité ».

La question des relations extérieures

Dans sa déclaration de dimanche, le nouveau président égyptien Mohamed Morsi a promis de « respecter les traités internationaux » de ses prédécesseurs. Une annonce à l’effet apaisant non négligeable dans une région dominée par les tensions. En affirmant cette position, M. Morsi reconnait donc les accords passés sous l’autorité de Hosni Moubarak.

Toutefois, dans un entretien accordé le même jour à l’agence de presse iranienne Fars, le président égyptien assurait vouloir « réviser les accords de Camp David » de 1979, consacrant la paix avec l’Etat d’Israël et reconnaissant l’existence de l’Etat juif. A en croire Frédéric Encel, il n’y a pas de quoi s’inquiéter : « Mohamed Morsi joue une politique pan islamique. Ca ne coûte rien et ça rapporte beaucoup. Et dans ce contexte, c’est très populaire de taper sur Israël ».

D’après Didier Billion, si modifications il y a, il ne s’agira « que de modifications mineures. Dans tous les cas, l’Egypte n’a aucun intérêt  à entrer en conflit, d’autant qu’elle perdrait la manne des Etats-Unis (environ 2 milliards par an, ndlr) qui est liée en grande partie aux accords de Camp David ».

Le statu quo devrait donc être la règle, notamment en attendant que l’Etat égyptien se dote à nouveau d’un parlement, rédige une nouvelle constitution, et s’habitue à l’exercice du pouvoir démocratique. Didier Billion conclut ainsi : « en Egypte, il n’y a pas eu de révolution, mais un processus révolutionnaire, qui prend du temps et qui est instable ». Affaire à suivre.