Moscovici sur Sarkozy : « Grand désarroi intellectuel » et « aveu d’échec »
« La pause » dans la réforme au second semestre 2011, annoncée par Nicolas Sarkozy, est un « tournant » selon Pierre Moscovici, qui attaque : « Cela illustre un grand désarroi intellectuel, une incohérence. Tout ça est électoraliste, le symptôme d’une gouvernance désastreuse et un aveu d’échec ». Pour le député, « Nicolas Sarkozy vient d’inventer le quinquennat qui dure quatre ans ». Entretien.
Nicolas Sarkozy annonce une « pause » dans les réformes au second semestre 2011, alors qu’il faisait du volontarisme politique et des réformes le cœur de son action. S’agit-il du tournant du quinquennat ?
C’est assez surprenant car Nicolas Sarkozy avait expliqué qu’il voulait réformer du premier au dernier jour. Donc oui, il y a un tournant, du moins un reniement des promesses de campagne. C’est surprenant dans les modalités. Si pause il doit y avoir, si audit il doit y avoir, s’il est question de délégiférer, pourquoi faut-il attendre le deuxième semestre 2011 ? Si la loi est mal faite, c’est dès maintenant qu’il faut procéder à sa remise en cause. Annoncer ça pour 2011 n’a aucun sens. Il ferait beaucoup mieux de tirer les messages politiques de ces élections locales qui ont des conséquences nationales. Il faut être sourd et aveugle pour dire « circulez il n’y a rien à voir », alors que le climat est au rejet et à la sanction. Et lui annonce une pause près électorale avant sa candidature à la présidentielle…
Mais comment expliquer ce changement de stratégie ?
Ce n’est pas compréhensible. Si les réformes sont mal faites, si les lois sont précipitées, pourquoi attendre un an et demi pour s’en rendre compte ? Il dit que les régionales n’ont aucune importance. Il est déjà dans la campagne présidentielle de 2012. Je ne suis pas sûr que sa stratégie électoraliste soit d’une grande cohérence. C’est illogique et irrespectueux du rythme démocratique.
Fait-il cela aussi pour rassurer une partie de la droite ?
Sans doute. Mais la droite est inquiète maintenant. Je ne comprends pas cette pause. Nous ne connaissons pas le contexte du deuxième semestre 2011. La seule chose qu’on saura, c’est qu’approchera la présidentielle.
Est-ce symptomatique d’une forme de fébrilité ?
Nicolas Sarkozy vient d’inventer le quinquennat qui dure quatre ans. On fait quatre ans, on s’arrête et on voit. On empile des reformes, on ne voit pas si elles sont bonnes et on fait l’audit à la fin. Un homme d’Etat ne fait pas ça.
Cet audit, est-ce une forme d’autocritique ?
Cela illustre un grand désarroi intellectuel, une incohérence. Tout ça est électoraliste, le symptôme d’une gouvernance désastreuse et un aveu d’échec.




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