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Le mouvement des pigeons fait reculer le gouvernement

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Zied Ounissi
Le 04.10.2012 à 19:30
Le mouvement des pigeons fait reculer le gouvernement

Plus de 7.000 abonnés au compte @DéfensePigeon, près de 50.000 « likes » sur la page facebook. En moins d’une semaine, les « pigeons » ont assurément réussi leur coup. Il s’agit au départ d’une poignée de dirigeants d’entreprise, dont plusieurs net entrepreneurs, réunis sous la bannière anonyme des « pigeons », qui s’estime plumée par le projet de loi de finance 2013. Une mesure, en particulier, attise leur courroux : l’alourdissement de la taxation des plus-values lors de la vente des parts d’une entreprise.

Quelques centaines de tweets plus tard, le « mouvement de défense des entrepreneurs », qui compte notamment le fondateur du site de rencontre Meetic, Marc Simoncini, a obtenu gain de cause : le gouvernement Ayrault fait marche arrière sur la fiscalité des créateurs d’entreprises. Des représentants du mouvement étaient reçus à Bercy hier pour entériner la décision.

Marie Ekelande, coprésidente de France-Digitale, présente à la réunion s’est félicitée de la tenue de cette réunion : « c’est un succès ! (…) le ton de la réunion a été très cordial et constructif (…) nous allons désormais rentrer dans un schéma plus classique de concertation ». Elle s’est toutefois gardé de reconnaitre l’aspect « politique » de sa démarche : « nous n’étions pas dans un affrontement gauche – droite (…) nous attendons maintenant de la part du gouvernement qu’il fasse d’autres propositions pour stimuler la croissance ».  

Plusieurs membres du gouvernement sont montés au créneau jeudi 4 octobre pour désamorcer la fronde. Matignon a confirmé à l’AFP que des amendements au projet de budget 2013 pourraient, « si nécessaire », être déposés au sujet de l'imposition des plus-values de cessions d'entreprises. Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME et à l’Innovation, a quant à elle annoncé en fin de journée que le gouvernement pourrait « moduler un peu » le taux à partir duquel les détenteurs de titres qui réinvestissent leur plus-value dans une autre entreprise bénéficient d’un abattement. Et Pierre Moscovici, ministre de l’économie a annoncé la mise en place d’une exonération totale pour les dirigeants qui réinvestissent l’intégralité de leur plus-value lors de la vente des parts de leur entreprise - dans l'état actuel du projet de loi de finances, il faut réinvestir 80% de sa plus-value dans une nouvelle entreprise pour être exonéré, sous conditions.

De son côté le ministre des finances, Jérôme Cahuzac, a exclu de revenir sur une des promesses de campagne phares du candidat François Hollande : le fait que « le revenu du capital [doive] participer à l’effort comme le revenu du travail ». 

Le mouvement des pigeons avait appelé à une manifestation dimanche « dans l’énervement et la tristesse », selon le communiqué publié sur facebook. Il y a finalement renoncé, annonçant qu’il proposerait prochainement « quelque chose à faire de bien plus cool qu’une manif! (sic) ». Le mouvement avait par ailleurs reçu le soutien des organisations patronales, dont le Medef. Laurence Parisot, en tête, qui avait même parlé à cette occasion de « racisme » anti-entrepreneur.

Orchestrée par des chefs d’entreprise rompus aux nouvelles technologies de l’information, la mobilisation s’est donc achevée sur un succès : visuel efficace, slogans accrocheurs (exemple : « ils ne se syndiquent pas, ils ne manifestent pas, ils ne menacent pas… ils préfèrent créer de la richesse ») le mouvement a su attirer l'attention sur son cas. Entre la mobilisation sur internet des partisans du non au referendum de 2005, les différentes opérations développées sur la toile par les occupy et les anonymous, ces campagnes virales s’imposent de plus en plus comme un nouvel outil de mobilisation publique.

Dans une tribune consacrée aux « mobilisations à l’heure du numérique » Niclolas Vanbremersh, consultant en communication, spécialisé dans les nouvelles technologies, décrypte le phénomène. Le mouvement des pigeons est d’après lui « une nouveauté » parce qu’il n’est pas mené par « [des] jeunes déclassés, [des] sans-papiers, mais des « entrepreneurs (…) ralliés à un mot d’ordre : on serait en train de tuer leur esprit (…) leur raison d’être (…). Cet épisode est nouveau et intéressant. L’inversion de posture du patron en victime, le procédé anonyme et massif de grogne, le réseau d’expression spontané contre la négociation en coulisses. Tout cela est inhabituel dans les rangs des patrons, même petits, même numériques. Il révèle des ressorts communs à de nombreuses formes de mobilisation numériques ».