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NDDL : Royal rassure les opposants

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François Vignal
Le 01.02.2016 à 18:31
NDDL : Royal rassure les opposants
© AFP

La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, affirme qu’il n’y aura «pas d’évacuation par la force» à Notre-Dame-des-Landes. «Ça va dans le bon sens», selon le sénateur EELV et opposant au projet Ronan Dantec. Bruno Retailleau dénonce une «attitude insupportable».

José Bové devrait apprécier. Il n’y aura « pas d'évacuation par la force » des habitants du site de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes, où le géant du BTP Vinci veut construire un nouvel aéroport, source de polémiques depuis des années. C’est Ségolène Royal, ministre de l’Environnement qui le dit. La semaine dernière, après la décision des juges d’autoriser l’expulsion des habitants de la « ZAD » de Notre-Dame-des-Landes, le député européen écologiste, interrogé par publicsenat.fr, avait mis en garde. En cas de mise en œuvre de la décision du tribunal, José Bové soulignait le risque d’« un trouble beaucoup plus grave à l’ordre public »…

Ségolène Royal entend calmer le jeu. « Je pense qu'il va falloir s'en sortir parce que ça commence à durer trop longtemps » a affirmé la ministre dimanche sur France 5. Elle compte réaliser une nouvelle étude. « J'ai demandé à mon inspection générale de voir s'il y avait des projets alternatifs ou complémentaires », a-t-elle indiqué.

« Cette étude sera rapide parce que dans deux mois on saura quelles sont les grandes stratégies aéroportuaires sur l'ouest de la France, s'il y a des choses complémentaires, si on peut mettre des aéroports en réseau », a ajouté Ségolène Royal, qui évoque ici l’une des propositions des opposants. Elle n’a en réalité jamais caché son hostilité au projet. « Je n'étais pas pour Notre-Dame-des-Landes. Ça dure depuis dix ans » avait-elle dit en novembre dernier.

« Ce n’est pas un conflit de zadistes marginaux perdus dans la cambrousse mais d’abord une mobilisation très forte du monde paysan »

La déclaration de Ségolène Royal est de nature à rassurer les opposants, même s’ils ont appris, concernant Notre-Dame-des-Landes, à se montrer prudents. « J’ai le sentiment aujourd’hui que les mobilisations qui ont eu lieu depuis début janvier ont permis de rappeler que ce conflit n’est pas qu’un conflit de zadistes marginaux perdus dans la cambrousse mais d’abord une mobilisation très forte du monde paysan. Les 400 tracteurs début janvier et les mobilisations dans tout l’ouest ont montré que ce n’est pas si facile à faire. L’Etat a pris la mesure de la difficulté et ça redonne plus de poids à l’approche qu’avait Ségolène Royal par rapport à celle de Manuel Valls » souligne à publicsenat.fr le sénateur Europe Ecologie-Les Verts, Ronan Dantec.

Manuel Valls défend en effet le projet. Lors des questions d’actualité au gouvernement la semaine dernière, Cécile Duflot lui a rappelé la phrase de François Hollande en janvier 2015 : « Tant que les recours ne sont pas épuisés, le projet ne peut pas être lancé, quand les recours seront épuisés, le projet sera lancé ». « Il y a à ce jour plus de 17 recours qui sont toujours en cours, y compris au niveau européen » a souligné la députée EELV et ancienne ministre du Logement. Réponse de Manuel Valls : l’aéroport est « nécessaire pour des raisons économiques, pour le Grand Ouest. Il doit se poursuivre en respectant les procédures, en respectant le cadre défini par l'Union européenne, mais il doit avancer ». Mais le premier ministre n’a pas semblé pressé d’entamer les travaux. « Il y aura d'ailleurs un rendez-vous. Ca sera à l'automne parce que c'est là où toutes les mesures devront être prises pour donner une avancée décisive. Au-delà, et nous le savons tous, ça ne serait pas possible » a ajouté Manuel Valls.

« Début de victoire » pour les opposants ?

Des propos qu’a notés avec attention Ronan Dantec. « Le fait que Manuel Valls dise qu’il ne se passera rien avant l’automne, que Ségolène Royal ait l’air de mettre plus de marge de manœuvre pour réétudier le dossier, que le dossier soit retourné à l’Elysée alors qu’on pensait qu’il était à Matignon, tout ça va dans bon sens » pense le sénateur de Loire-Atlantique, qui a accompagné François Hollande lors du déplacement présidentiel en Inde. Ronan Dantec ne veut pas pour autant tirer de conclusions hâtives. « L’histoire  nous a amené à être prudent, dans un sens comme dans l’autre. A chaque fois, les partisans du projet ont l’impression qu’il y sont presque, puis ils retournent à la case départ » souligne-t-il.

Si les opposants sont très loin de crier victoire, ils continuent de se mobiliser. Dans ce bocage situé à vingt kilomètres au nord-ouest de Nantes, ils ont même lancé une série de travaux sur place, comme le raconte le site Reporterre. Un pied de nez aux menaces d’expulsion. Les propos de Manuel Valls ont aussi rassuré les habitants sur place. « C'est un début de victoire pour nous. Quand je l'entends, je comprends qu'il ne va rien faire cet hiver. Il signe la paix pour six mois », a affirmé à l’AFP Marcel Thébault, l'un des quatre agriculteurs dont la ferme et les animaux peuvent être expulsés à tout moment. L’épée de Damoclès n’a pas pour autant disparu. Un huissier est passé dans les fermes mardi pour leur notifier le dernier jugement.

Lettre commune de Bruno Retailleau, Johanna Rolland et Philippe Grosvalet pour demander à Hollande de trancher

Face aux opposants, les élus locaux de gauche, comme de droite, n’entendent pas abandonner ce projet qu’ils considèrent indispensable au développement de leur région. Le président Les Républicains de Pays-de-la-Loire, Bruno Retailleau, également président du groupe LR du Sénat, a peu apprécié la nouvelle sortie « insupportable » de Ségolène Royal. Dans un communiqué, il l’accuse de « bafouer l’autorité de Manuel Valls » et « de l’Etat » et de se ranger « clairement du côté des zadistes ultra violents plutôt que du côté des riverains qui sont leurs victimes ». Quant à l’étude alternative demandée par la ministre, « Ségolène Royal franchit la barre du ridicule », accuse le sénateur de Vendée.

Joint par publicsenat.fr, Bruno Retailleau annonce qu’il va envoyer « une lettre » à François Hollande, « cosignée » par la maire PS de Nantes, Johanna Rolland, et le président PS de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, pour lui demander à être reçu et de « trancher le débat » sur Notre-Dame-des-Landes (voir notre article sur le sujet).

Le président PS du conseil départemental de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, est en effet un partisan du projet. Quand Ségolène Royal avait exprimé son opposition en novembre, le socialiste l’avait tout simplement invité… à fermer sa gueule, ou plus précisément à démissionner, en reprenant sur Twitter la formule rendue célèbre par Jean-Pierre Chevènement.

Après la décision des juges la semaine dernière, Philippe Grosvalet, a appelé au « début au plus vite de travaux », « dès le mois de février ». Mais François Hollande, à qui reviendra la décision au final, semble vouloir patienter pour trancher. La construction ou pas de Notre-Dame-des-Landes sera aussi un élément à prendre en compte s’il veut tenter de rassembler les écologistes pour 2017 ou s’il veut faciliter le retour d’EELV au gouvernement, en cas de remaniement. Prendre la décision de construire un nouvel aéroport, source de pollution, paraîtrait aussi en contradiction après les grand discours sur la planète lors de la COP21. François Hollande le sait. Le chef de l’Etat, qui aime laisser murir une décision et se laisser le choix entre toutes les options possibles avant d’arrêter son choix, pourrait encore se laisser le temps de la réflexion.