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Non-cumul : Aubry lâche du lest mais tient tête aux sénateurs
Tout sourire, et même la bise. Sur les marches du Sénat, Martine Aubry et Jean-Pierre Bel, président du groupe PS de la Haute assemblée, présentent devant la nuée de caméras une image d’apaisement. La première secrétaire du PS vient d’assister à la réunion de groupe. C’est rare. Au cœur de toutes les discussions, le non-cumul des mandants, voté par les militants. Martine Aubry entend l’appliquer dès les sénatoriales de 2011. Les sénateurs préfèrent attendre après 2012 pour multiplier leur chance de faire basculer le Sénat à gauche.
Mais devant la multiplication des critiques, Martine Aubry a finalement lâché un peu de lest ce matin. En toute fin de réunion, après avoir écouté les doléances. Si elle « reste sur le principe » du non-cumul, il y aura des exceptions. De l’ordre du symbolique : « Nous allons regarder s’il y a quelques cas qui ne posent pas de difficultés. Mais ça ne peut être qu’extrêmement marginal », prévient la première secrétaire (à voir dans la vidéo ci-dessus), qui évoque « un ou deux cas ». Elle ajoute : « A l’automne 2012, lorsque les députés seront élus, l’ensemble du non-cumul s’appliquera ». Sur les 116 membres du groupe PS, 33 sont maires, 16 présidents de conseil général et 4 de région. Les « un ou deux cas » évoqués risquent de faire des jaloux.
« Si elle n’écoute personne, ce n’est même pas la peine de venir »
Alors os à ronger ou recul de la première secrétaire ? « Je suis un président de groupe heureux », assure à la sortie Jean-Pierre Bel. Mais les sénateurs sont loin d’être satisfaits. « Si c’est un os à ronger, ça ne marchera pas », prévient Martial Bourquin, sénateur du Doubs, qui ajoute : « Imaginez qu’en 2011, il manque deux voix. J’ose à peine imaginer la gueule de bois le lendemain ».
Gérard Collomb, l’un des fers de lance de la contestation, affiche la mine des mauvais jours. « Les sénateurs ont été unanimes pour appliquer le non-cumul après 2012. Martine Aubry était unanime avec elle-même. Chacun est resté sur la même position… Si elle n’écoute personne, ce n’est même pas la peine de venir au Sénat pour parler aux sénateurs », grogne le sénateur-maire de Lyon. Il fait valoir que « Mauroy, Badinter, Tasca sont sur notre position. Ce ne sont pourtant pas des excités, ce ne sont pas des cumulards chevronnés ! ». François Patriat, président de la Bourgogne, n’est pas plus satisfait. « Se parer de la robe de la virginité morale me parait être une erreur stratégique et politique », lançait-il avant la réunion…
« Aubry prend un risque énorme. Ça passe ou ça casse »
Il n’y a guère que le sénateur de Paris, David Assouline, pour se dire « satisfait » de ce « compromis ». « Je l’ai plaidé avant très fort. Je suis content ». Ce membre de la direction du PS prévient : « L’exception ne peut devenir la règle ». Mais au sein du groupe PS, les analyses divergent. « Aubry a reculé. L’exception va devenir la règle. On recule pour mieux sauter », croit ce connaisseur du groupe, qui ne compte pas parmi les partisans de la première secrétaire.
Pour persuader ses camarades, Martine Aubry soutient que l’application du non-cumul « pourra beaucoup gêner la droite. Notre parti sera en avance ». Un sénateur PS à une toute autre explication : « Il y a une bataille pour la présidentielle. Le non-cumul sera un argument à faire valoir auprès des militants lors des primaires. C’est un gage pour ceux qui se battent pour une VIe République. Mais l’appliquer dès les sénatoriales, c’est jouer le parti contre ses élus. C’est prendre un risque énorme. Ça passe ou ça casse ». Martine Aubry sacrifierait donc le Sénat sur l’autel de la présidentielle, et de ses ambitions…
Pour le moment, Jean-Pierre Bel évoque pudiquement encore « quelques nuances » et la « possibilité de se revoir ». Le 3 juillet, le PS tient sa convention sur la rénovation. Et les sénateurs espèrent bien encore faire bouger le curseur d’ici là. Envers et contre Martine.

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