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Nucléaire : Mamère dénonce le «double langage» du gouvernement

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François Vignal
Le 18.09.2012 à 18:38
Nucléaire : Mamère dénonce le «double langage» du gouvernement
Noël Mamère, député EELV de Gironde.
© AFP

Au moment où Europe Ecologie-Les Verts tient ses journées parlementaires à Nantes, le député EELV n’est « pas dupe » du discours sur l’environnement de François Hollande. Aux écologistes de trouver « l’équilibre » entre « compromis constructif » et « compromission » qui serait cause « de rupture ». Entretien.

Pour Europe Ecologie-Les Verts, comment trouver l’équilibre entre sa participation au gouvernement et la liberté de vote à laquelle tiennent ses parlementaires ?
L’équilibre est plus difficile à trouver pour les ministres que pour les parlementaires. Les ministres sont tenus à la solidarité gouvernementale. La politique est un équilibre permanent. C’est à nous de savoir jusqu’où nous serons dans le compromis constructif et à partir de quand on s’engage dans la compromission. A ce moment là, il y aura des raisons de rupture.

La ministre Cécile Duflot a été satisfaite du discours de François Hollande lors de la conférence environnementale. Les parlementaires peuvent-ils aussi l’être ?
Sur ce qu’a annoncé François Hollande sur les gaz de schiste, c’est une manière de rassurer les écologistes à court terme. Il annule sept permis mais une dizaine ont été autorisés. Et deux jours après, le ministre du redressement productif explique que si l’on trouve une autre technique que la fracturation hydraulique, il ne faudra pas se passer de gaz de schiste. Il pourrait y en avoir des millions de tonnes, on n’est pas obligé de les exploiter, si on veut changer de modèle, s’orienter vers une société de sobriété énergétique. Le discours de François Hollande, je l’ai entendu, mais je ne suis pas dupe. Par exemple, il n’a rien dit sur le projet de surgénérateur ASTRID.

Qu’entendez vous par là ?
Le jour où Jean-Marc Ayrault a présenté son discours de politique générale, j’avais menacé de m’abstenir car j’avais appris qu’un accord venait d’être signé entre Bouygues et le CEA pour le développement d’un surgénérateur d’essai, ASTRID, qui ferait 600 mégawatts. Or la filière du surgénérateur a été condamnée en 1997 par Lionel Jospin avec l’arrêt de Superphénix. Du moins on le croyait ! J’ai fini par voter la confiance à Jean-Marc Ayrault car pendant son discours je suis allé voir son directeur de cabinet, il m’a répondu que Greenpeace avait interpellé François Hollande pendant la campagne sur ASTRID et qu’il avait alors pris l’engagement que ce sujet serait sur la table de la conférence environnementale. Or il n’en n’a rien été, alors que cette filière nous contraint dans le nucléaire jusqu’en 2040. C’est d’autant plus choquant que le même jour, le Japon a annoncé sa sortie du nucléaire sur 30 ans. Je reste donc extrêmement sceptique sur les engagements pris par le gouvernement sur la transition énergétique. On a le sentiment d’être dans le double langage surtout quand on entend Arnaud Montebourg, le lendemain de la conférence environnementale, nous répéter que le nucléaire est une filière d’avenir ! La première fois, c’était un avis personnel. Mais la deuxième j’ai du mal à le croire ! Ou alors Arnaud Montebourg est incontrôlable et il faut prendre les dispositions qui s’imposent.

On ferme Fessenheim en 2016 mais on prolonge les centrales en fin de vie. C’est autant d’argent public qui va être gaspillé pour les maintenir en soins palliatifs. Alors que nous sommes en période de crise, il est impossible de mener de front la survie du nucléaire et la mise en œuvre du dispositif de la transition énergétique.

Faut-il mieux être à l’intérieur du gouvernement pour essayer d’influer la ligne, au risque de perdre son âme, ou faut-il mieux être à l’extérieur mais plus libre ?
Si on peut infléchir les politiques publiques, il faut être dedans. On ne peut rester indéfiniment un syndicat de pleureuses. Mais nous avons accepté de prendre un risque. A nous de savoir quand les coûts politiques seront trop importants. C’est trop tôt pour le dire.

Qu’est ce qui serait un coût politique trop important ?
C’est à nous de faire notre évaluation entre coût et bénéfice. Aujourd’hui, on n’est pas arrivé au moment où les coûts politiques sont plus importants que les bénéfices. Attendons de voir comment vont être financées les propositions de la conférence environnementale.