Back to Top
×En naviguant sur notre site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer une navigation optimale et nous permettre de réaliser des statistiques de visites.En savoir plus
Mode zen

Quitter le mode zen

Nucléaire : la sécurité des centrales françaises inquiète l’Europe

+A -A
Simon Barbarit
Le 03.03.2016 à 18:06
Nucléaire : la sécurité des centrales françaises inquiète l’Europe
© AFP

Ça chauffe pour le nucléaire français. Quelques jours après le « feu vert » de la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, au prolongement de 10 ans de la durée de vie des centrales, l’Allemagne, le Luxembourg et la Suisse pointent du doigt la sureté de nos installations.

Ségolène Royal a-t-elle mis le feu aux poudres ? Quelques jours après  ses déclarations sur le prolongement de 10 ans de la durée de vie des centrales, voilà que s’amoncèlent les critiques, surtout les inquiétudes sur l’état des installations françaises.

Un rapport accablant venant d’Outre Rhin

C’est d’abord un rapport, publié par le groupe des Verts du Parlement européen, qui étrille la sécurité de la centrale de Cattenom en Moselle. Sorti fin février, le texte a trouvé un écho particulier auprès de certains Etats membres cette semaine. Les 70 pages rédigées par l’ingénieur nucléaire Manfred Mertins évoquent de graves lacunes au regard des normes internationales. La conception du site répondrait aux exigences des années 1970 et de ce fait ne correspondrait plus à l’état actuel de la technologie et de la science. En cas de menaces externes, accident d’avion, tremblement de terre de magnitude 7, ou inondations, le site ne serait pas non plus suffisamment sécurisé. En conclusion, si la centrale se trouvait en territoire allemand, elle serait fermée.

Le Luxembourg saisit la Commission européenne

De son côté le Luxembourg demande à la France l’application stricte de la directive Euratom du 5 décembre 2013 et vient de saisir la Commission européenne pour avis. La France ne respecterait donc pas les normes européennes de sureté nucléaire, plus strictes depuis la catastrophe de Fukushima ? En réalité, depuis le 17 janvier 2014, la France dispose d’un délai de 4 ans pour transposer cette nouvelle directive dans son droit national. L’eurodéputée écologiste Michèle Rivasi estime que la France ne peut pas se permettre d’attendre : « nous sommes bien en dessous des standards de sureté européens. Depuis Fukushima, il y a un rejet du nucléaire en Europe. Nos pays frontaliers sont en train de passer à autre chose. Ils sont inquiets car les nuages radioactifs ne connaissent pas de frontières. La position française sur ce sujet est perçue comme une provocation ». « C’est vrai que les allemands sortent du nucléaire », corrobore Bruno Sido, le vice-président LR de l’Office parlementaire d’évaluation des choix stratégiques et technologiques(OPECST). « Je comprends qu’ils se sentent concernés mais nous n’allons pas changer notre stratégie énergétique pour autant. Je crois pouvoir affirmer que nos centrales sont bien entretenues par EDF. En ce qui concerne nos installations, je n’en vois pas d’autres de qualité supérieure dans le monde » assure-t-il.

Contacté  par publicsenat.fr, l’autorité de sureté nucléaire (ASN), l’autorité administrative indépendante en charge des contrôles de toutes les centrales françaises, dit ne pas s’être encore penché sur le rapport car rédigé…. en langue allemande. Toutefois, dans ses appréciations sur la centrale de Cattenom, datées de 2014,  l’ASN  note certains efforts à faire « en matière de radioprotection et de protection de l’environnement ».

La Suisse porte plainte

Comme un hasard du calendrier, c’est au tour du canton suisse de Genève d’annoncer mercredi avoir déposé plainte contre X « pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui et pollution des eaux ». Dans son viseur : la centrale nucléaire du Bugey dans l’Ain dont il demande depuis longtemps la fermeture. Les autorités genevoises avaient également contesté, sans succès, un décret autorisant EDF à créer un centre de stockage de déchets nucléaires, situé à 70 km à vol d’oiseau de leur canton. Leur représentante, l’avocate française et ancienne ministre de l’Environnement, Corine Lepage n’a pas souhaité s’exprimer avant sa conférence de presse lundi prochain. Le sénateur (LR) de l’Ain, Patrick Chaize s’est dit lui surpris par cette plainte tant la centrale ne fait aujourd’hui « pas l’objet de problèmes particuliers ». Il y voit une réaction aux récentes déclarations de Ségolène Royal.

L’Autorité de Sureté Nucléaire prise « entre le marteau et l’enclume »

Jamais 2 sans 3, ce jeudi deux associations ont déposé un recours devant le Conseil d'Etat pour obtenir l'annulation d'un arrêté qui permettrait aux fabricants d’appareils sous pression nucléaire de déroger à des « obligations essentielles de sécurité ». Selon les associations Notre Affaire à tous et le CRILAN (Comité de Réflexion d’Information et de Lutte Anti-Nucléaire), cet arrêté, publié en toute discrétion pendant les vacances de Noël, viserait à valider les anomalies, détectées par l’ASN, de la cuve de l’EPR de Flamanville. En effet, si Areva  a pris du retard dans la construction de ce projet phare, doublant même son budget, de 3 milliards initialement prévus à 9 milliards, l’arrêté pourrait objectivement lui rendre service. Il est fait mention qu’en « cas de difficulté particulière et sur demande dûment justifiée », l’ASN peut « autoriser l'installation, la mise en service, l'utilisation et le transfert d'un équipement sous pression nucléaire ou d'un ensemble nucléaire n'ayant pas satisfait à l'ensemble des exigences » prévu dans le code de l’environnement. « L’Autorité de Sureté Nucléaire est prise entre le marteau et l’enclume » analyse Marine Calmet, juriste de l’association Notre Affaire à tous. « D’un côté elle doit faire appliquer les normes nationales, communautaires et internationales, de l’autre on fait pression sur elle en publiant un arrêté de dérogation spécifique pour l’EPR de Flamanville ».

Malgré ses objectifs visant à réduire de 50% la part du nucléaire dans sa production électrique à l’horizon 2025,  la France semble avoir encore beaucoup à faire pour réussir sa transition énergétique.