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OGM, gaz de schiste : Luc Chatel fait « bondir » les écologistes

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François Vignal
Le 15.02.2016 à 17:53

En déclarant que « Les Républicains (devaient) être le parti du gaz de schiste et des OGM », Luc Chatel a fait réagir les écologistes et le PS. Mais le président du Conseil national des Républicains est dans la lignée des positions défendues dans son parti, à l’exception de NKM.

Fraichement élu nouveau président du Conseil national des Républicains, Luc Chatel a tenu dimanche matin un discours très volontariste. « Notre parti doit être le parti du risque, de l’innovation » a plaidé l’ancien DRH d’une branche de L’Oréal. Concrètement, comment se traduit l’amour du risque selon Luc Chatel ? « Les Républicains doivent être le parti du principe d’innovation plus que du principe de précaution, le parti du gaz de schiste, le parti des OGM, le parti des biotechs » a affirmé l’ancien ministre de l’Education nationale, comme publicsenat.fr l’a relevé (voir notre article).

Les gaz de schiste et les OGM sont deux sujets clivants. Mais à l’exception de Nathalie Kosciusko-Morizet, les principaux responsables du parti y sont ouverts. « Nous croyons dans le progrès et nous voulons qu’il ait la première place dans notre société. (…) Nous avons foi dans la science et ses chercheurs. (…) Dans cet esprit, le principe de responsabilité doit remplacer le principe de précaution » a affirmé ce week-end Nicolas Sarkozy, président des Républicains.

Sur les gaz de schiste, l’ancien chef de l’Etat s’est montré plus modéré, sans fermer la porte, comme l’ont relevé sur Twitter des journalistes.

Le favori de la primaire selon les sondages, Alain Juppé, se montre aussi ouvert sur le gaz de schiste. Tout en se prononçant pour une croissance « plus sobre en consommation de ressources rares », le maire de Bordeaux avait affirmé en avril dernier, lors d’un déplacement au Quebec, qu‘« en ce qui concerne l'exploitation des gaz de schiste, je pense que la France devrait accepter un pôle d'expérimentation pour voir exactement quels sont les enjeux ».

La sénatrice LR Fabienne Keller, qui soutient Alain Juppé, a trouvé « l’expression » de Luc Chatel « un peu provocatrice ». « Mais l’idée qu’il faille trouver un équilibre entre innovation et précaution et une bonne idée. Il faut trouver une voie moyenne, ne pas empêcher tout progrès technique ou scientifique. (…) Ce n’est pas blanc ou noir » affirme celle qui est aussi secrétaire national LR à l’énergie et aux transports, au sein du pôle environnement.

Fillon dans la lignée de Chatel

François Fillon, autre candidat à la primaire, défend une position dans la lignée des propos de Luc Chatel. En 2013, l’ancien premier ministre expliquait aux Echos qu’il fallait « inverser le discours politique sur la science et le progrès technique ». Il reprochait aux politiques d’« alimenter un discours de défiance, avec la peur des OGM, du nucléaire, des gaz de schiste, des nanotechnologies, de l’Internet et de ses conséquences sur l’exception culturelle et la protection de la vie privée ». En novembre 2012, il avait même affirmé que « c'est criminel de se passer au moins des recherches sur le gaz de schiste. Ça dénote une tournure d'esprit moyenâgeuse ».

Premier ministre, il était pourtant moins provoquant. Il estimait qu’il était « légitimes » que les citoyens soient « inquiets » de l’exploitation des gaz de schiste, « compte tenu des méthodes employées ». François Fillon avait à l’époque fait un lapsus resté célèbre, parlant des « gaz de shit »…

Et NKM ? C’est la plus prudente face aux OGM et aux gaz de schiste. « Je suis opposée à l'exploitation du gaz de schiste dans les conditions et avec les technologies qui ont été employées aux États-Unis » avait-elle rappelé en septembre 2014. Elle défendait aussi « le principe de précaution (qui) ne bloque pas le progrès ». Quant aux OGM, on se souvient qu’en 2008, alors ministre de l’Ecologie de Nicolas Sarkozy, elle avait mis en place un moratoire sur la culture du maïs transgénique MON810, de la firme Monsanto. Dans l’opposition, elle ne s’était pas opposée à une proposition de loi PS, adoptée à l’Assemblée en avril 2014, interdisant formellement le MON810 en France. Mais que ce soit sur les gaz de schiste ou les OGM, Nathalie Kosciusko-Morizet semble isolée dans son camp.

« J’étais dans ma salle de bains quand j’ai entendu ça. Ça m’a fait bondir au plafond »

La sortie de Luc Chatel a fait réagir ou même bondir les écologistes. « J’étais dans ma salle de bains quand j’ai entendu ça. Ça m’a fait bondir au plafond » raconte à publicsenat.fr Joël Labbé, sénateur EELV du Morbihan. « Ça a le mérite d’être clair. C’est à l’opposé complet de ce que nous attendons. OGM, biotech : leur but est de faire une agriculture européenne capable de concurrencer l’agriculture à l’américaine, dans le cadre de la signature du Tafta (le traité de libre échange entre l’Europe et les Etats-Unis, ndlr), où il n’y a plus de place pour toute agriculture de proximité ».

Quant au gaz de schiste, « ce n’est pas entendable du tout. Il est temps d’arrêter de toucher aux ressources naturelles. Je ne suis pas opposé au progrès par principe. Qu’on mette plutôt le paquet sur les technologie de stockage de l’électricité, c’est très important ». « Tout ça, c’est un retour en arrière ou plutôt une fuite en avant » selon Joël Labbé.

Sur Twitter, le député écologiste François de Rugy a aussi dénoncé les déclarations du président du Conseil national des Républicains, tout comme le député européen EELV Yannick Jado, qui ironise sur Luc Chatel qui « oublie de vanter les décharges sauvages, l'immersion des fûts toxiques, le bonheur de la radioactivité ».

Le Parti socialiste s’est lui fendu d’un communiqué lundi. « Les propos de Luc Chatel en faveur des gaz de schiste témoignent d'un revirement opportuniste et coupable des Républicains sur ce sujet », a attaqué Solférino en rappelant qu'en 2011, « les mêmes » avaient pourtant « voté une loi pour interdire la fracturation hydraulique en France », la technique d'extraction, « au motif qu'elle faisait encourir des risques extrêmement néfastes ». « Les Républicains optent pour la régression environnementale », ajoute le PS, qui dénonce des « mesures passéistes et inefficaces » pour relever les « défis économiques, sociaux, climatiques et environnementaux du 21e siècle ».

Devant la polémique, Luc Chatel a préféré finalement… assumer et se placer en progressiste face aux « conservateurs ». Regardez son Tweet :

Les pro et anti OGM ou gaz de schiste sont très loin de tomber d’accord. Shit alors.