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«Pas besoin de connaître le détail du programme» de Hollande pour le porte-à-porte

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François Vignal
Le 02.04.2012 à 15:26
«Pas besoin de connaître le détail du programme» de Hollande pour le porte-à-porte
François Hollande à la porte de son bureau, au QG de campagne.
© AFP
Au moment où Hollande appelle à la mobilisation, face au risque d’abstention, la campagne de porte-à-porte du PS « tourne à plein ». Selon un document que nous nous sommes procurés, le PS conseille de passer « 5 min » maximum par porte et ne fait pas du projet un argumentaire de mobilisation.

Face au risque d’abstention, François Hollande appelle à la mobilisation. Au PS, on craint l’effet de l’abstention sur le premier tour. Mais depuis le début de l’année, Solférino a mis en place sa campagne de mobilisation, où le web joue un rôle moteur. Objectif affiché : ouvrir 5 millions de portes. Une méthode inspirée de la campagne de Barack Obama.

« Eviter un long exposé du programme »

L’équipe de campagne compte sur plusieurs milliers de « mobilisateurs » du parti. Ils doivent former au final 150.000 volontaires. Un « guide du mobilisateurs de terrain » a même été créé à cet effet. Dans ce document de 25 pages que nous nous sommes procurés, le PS donne ses recommandations pour un porte-à-porte efficace… Surprise, le programme passe au second plan : « Le porte à porte, c’est pour le tout le monde. Pas besoin de connaître le détail du programme. Il suffit de vouloir faire gagner François Hollande ». Ou encore, au chapitre « éléments de base du porte-à-porte réussi », on peut lire : « Se concentrer sur l’objectif (importance d’aller voter/importance de nous rejoindre) et éviter un long exposé du programme de François Hollande ».

Autre « conseil pratique pour une bonne session de porte-à-porte » : pas plus de 5 minutes par domicile. « Moins de 2 mn si l’électeur n’est pas dans la cible (ni abstentionniste de gauche ni volontaire potentiel) ! Maximum de 5 mn si l’électeur est un abstentionnite de gauche ou un volontaire potentiel ». Autrement dit, rentabiliser le porte-à-porte et ne pas perdre de temps avec les électeurs de droite. Quant au « matériel », il convient de porter un « signe distinctif (K-way, badges, t-shirts) ». Précision utile : « Binômes. Toujours à deux ! ». Au cas où des militants préfèreraient le binôme à trois...

« Nous ne sommes pas en train de faire changer les gens d’avis »

Claire Heuzé, codirectrice opérationnelle en charge de la mobilisation pour la campagne, explique pourquoi le PS n’entend pas faire du programme un argument de mobilisation des abstentionnistes de gauche : « Le but pour les mobilisateurs n’est pas d’être des techniciens du programme. C’est partager et de dire pourquoi ils sont convaincus du bien fondé du vote Hollande », fait-elle valoir. « A part le candidat lui-même et quelques personnes au QG, connaître par cœur et être capable d’argumenter sur les 60 mesures, c’est un vrai travail. Ce n’est pas la peine de se sentir obliger de dire quelque chose, voire de dire des bêtises ». Il est vrai aussi qu’avec la durée de formation prévue, « 1h30 » le samedi après-midi, il est difficile de transformer le sympathisant volontaire en VRP du projet.

Quant à la durée de 5 minutes maximum par porte, c’est un choix assumé et nécessaire : « C’est une démarche de masse. C’est comme à la télé. Ce qui compte est de toucher le plus de spectateurs en même temps », explique Claire Heuzé. Elle ajoute : « Notre approche reste quantitative. Le but est d’aller voir le plus de personnes. (…) On est vraiment dans une démarche de mobilisation. Nous ne sommes pas en train de faire changer les gens d’avis ». Quand le mobilisateur tombe sur « un super sympathisant » ou « un super contradicteur », explique la responsable, le temps risque de dépasser les 5 minutes. Là il vaut mieux passer à la porte suivante. « Ce qui peut nous inciter à durer plus longtemps, c’est l’écoute », assure-t-elle.

« Abstentionniste de gauche désabusé » ou « ouvrier FN anciennement de gauche » ?

Ce guide du mobilisateur de terrain propose même un « jeu de rôle » pour préparer le volontaire aux différents profils qu’il peut rencontrer. On a ainsi « l’abstentionniste de gauche désabusé ». Plutôt un « jeune habitant d’un quartier » qui « n’a jamais voté », décrit le document. « Son principal problème : le chômage ». « Dit à un moment : "la politique ne sert à rien, la droite et la gauche c’est pareil" ». Il y a aussi « l’électeur peu politisé mais de droite ». S’il pense que le PS est « un parti de fonctionnaires » et « prononce le terme "assisté" à un moment », le guide le classe comme « défiant » à l’égard de François Hollande. Mieux vaut passer son chemin. Quant à « l’ouvrier FN anciennement de gauche », s’il est peut-être « défiant », il peut aussi être un « soutien potentiel » et pourquoi pas même « aller voter » pour Hollande. Le chanceux aura peut-être droit à 5 minutes.

Cette typologie n’est qu’une trame pour faciliter le jeu de rôle de formation, tient à préciser Claire Heuzé. « On n’entre pas les gens dans des cases, il n’y a pas de catégorisation des électeurs, c’est juste un appui pour l’exercice », insiste la responsable de la mobilisation.

Sur le terrain, chaque binôme doit se plier à une remontée d’information, une fois la session terminée. Il devra indiquer le « nombre total de portes frappées (ouvertes+fermées) ». Pour le moment, le PS annonce avoir atteint il y a une semaine le « million de portes ouvertes ». La machine tourne maintenant « à plein régime », assure Claire Heuzé. Le document précise qu’il s’agit de multiplier par cinq la base de militants actifs pour arriver à l’objectif de 150.000 volontaires. Soit 30.000 militants actifs, sur un total de 120.000 adhérents. Si les 5 millions de portes sont encore loin, l’équipe de campagne compte les atteindre d’ici le second tour.