Patrice Gélard : «La fraude faisait partie des habitudes historiques de certaines fédé UMP»

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François Vignal et Julie Hulin (images)
Le 20.11.2012 à 15:37
Le président de la Cocoe, la commission de contrôle interne de l’UMP, revient sur le scrutin de l’UMP. «Il y peut-être eu de la fraude à tel ou tel endroit. Elle n’a été prouvée nulle part», dit-il. «Quand on additionne les revendications (…), on s’aperçoit que tout cela se neutralise», ajoute-t-il.

Lendemain de psychodrame à l’UMP. Après les accusations de fraude et le flottement des deux derniers jours, le réveil est difficile pour les uns, sûrement un peu plus facile pour les autres. L’UMP a un nouveau président, Jean-François Copé. Mais le champ de bataille a laissé des stigmates. Au centre de cette guerre des nerfs, qui a duré plus de 24 heures entre les clans Copé et Fillon, la dorénavant célèbre Cocoe. La Commission d'organisation et de contrôle des opérations électorales était chargée de valider le scrutin, département par département. Elle était présidée par le sénateur UMP Patrice Gélard. A son arrivée ce matin à la réunion de groupe, à la Haute assemblée, c’est lui la star. Ses collègues veulent l’approcher. Ils l’ont même applaudi.

Pour Public Sénat, il revient sur le travail de la commission. Les accusations réciproques de fraude ont été au cœur de la crise interne. Jean-François Copé a parlé de « bourrage d’urnes ». François Fillon de « nombreuses irrégularités ». Si, hier soir, à l’annonce des résultats, Patrice Gélard a évoqué des « dérapages ici ou là », ce matin, il ne nie pas l’existence de fraude. C’est même « une tradition » au sein du parti.

« Traditions historiques »

« Il n’y avait pas l’habitude de ce type d’élection à l’intérieur de l’UMP. Par contre il y a des traditions historiques dans certaines fédérations qui font que la fraude faisait partie des habitudes historiques », affirme Patrice Gélard. « Ça, on n’y peut rien. J’espère qu’on va les corriger petit à petit. Mais quand on additionne les revendications de part et d’autre, on s’aperçoit que tout cela se neutralise et qu’en réalité il n’y avait pas tellement tellement de fraude », ajoute le sénateur de Seine-Maritime. A quelles fédérations pense-t-il ? « Les habituelles, celles dont on parle toujours. (…) On avait tout fait pour éviter le moindre ennui, en désignant des huissiers là où c’était le plus chaud ». Le camp Fillon avait réclamé la présence d’huissiers dans plusieurs fédérations clefs : les Alpes-Maritimes, les Bouches-du-Rhône, Paris, le Gard et la Seine-et-Marne. Du côté de Copé, on avait notamment demandé la surveillance des fédérations de Paris, des Alpes-Maritimes, des Bouches-du-Rhône, du Gard, mais aussi des Yvelines.

Mais si fraude il y a eu, elle n’a pas été prouvée explique Patrice Gélard. C’est pourquoi la Cocoe a validé l’ensemble des résultats. « Il y peut-être eu de la fraude à tel ou tel endroit. Elle n’a été prouvée nulle part. Il y a des assertions, des déclarations, mais nulle part j’ai la preuve qu’il y a eu fraude, même là où des huissiers ont fait des comptes rendus. Il y a des anomalies. Mais anomalie ne signifie pas fraude », soutient le doyen Gélard.

« Enervement »

Le déroulé des opérations de la Cocoe n’a pas été une partie de plaisir. La tension « dans le comportement des uns ou des autres » était palpable, raconte-t-il, « surtout quand ça durait trop longtemps. (…). L’énervement arrive au bout d’un certain temps. (…) Il peut toujours y avoir des mots. Il faut les regretter après ».

Des mots, Patrice Gélard en a eu aussi. En octobre dernier, le président de la Cocoe signait l’éditorial du magazine de l’UMP. Qu’écrivait-il ? « Je compte sur vous pour que ce processus électoral soit un immense succès démocratique »… S’il ne regrette peut-être pas aujourd’hui ces mots, l’élection du président de l’UMP le contredit aujourd’hui. Et ce n’est pas la participation des militants qui viendra compenser un scrutin entaché de fraudes.