×En naviguant sur notre site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer une navigation optimale et nous permettre de réaliser des statistiques de visites.En savoir plus
Mode zen

Quitter le mode zen

«Personne n’est vraiment au niveau en matière de com, à part Valls»

+A -A
François Vignal
Le 15.10.2012 à 19:22
«Personne n’est vraiment au niveau en matière de com, à part Valls»
Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls lors de son déplacement à Marseille le 12 octobre.
© AFP

« Il y a un brouillage du message sur tous les sujets qui est terrible », estime après les propos de Vincent Peillon sur le cannabis le communicant Philippe Moreau Chevrolet, blogueur pour Le Plus et lexpress.fr. Il estime qu’« idéologiquement, les ministres ont un problème avec la communication » et « manquent de media training ». Entretien.

La sortie de Vincent Peillon, qui souhaite ouvrir le débat sur la pénalisation du cannabis, est-elle un nouveau signe du manque d’autorité de Jean-Marc Ayrault ou lui permet-elle au contraire de montrer qui est le patron en recadrant son ministre ?
Non, c’est un manque d’autorité car ce n’est pas la première fois que la situation se produit. Si c’était la  première, encore... Mais Vincent Peillon a été le premier à déraper en annonçant une reforme des rythmes scolaires. Il a été recadré tout de suite. Il est coutumier des dérapages. Il a tendance a ne pas respecter la discipline de gouvernement, à aller sur des terrains qui ne sont pas les siens, à sortir des rails. En aucun cas cela ne peut être bon pour Jean-Marc Ayrault. Pour l’instant, ce gouvernement est une longue épreuve pour Ayrault. Manuel Valls est présenté comme vice-président, des ministres ne respectent pas le protocole… Il a besoin de l’autorité du Président pour calmer les choses.

Après le Hollande bashing, on assiste au Ayrault bashing. Ne va-t-on pas un peu vite ?
Ça correspond à une réalité. Sur le successeur de Martine Aubry à la tête du PS, Jean-Marc Ayrault a perdu l’arbitrage. François Hollande l’a désavoué sur ce sujet. Il a un problème chronique de positionnement. En fait, on ne sait pas très bien à quoi sert un premier ministre dans un quinquennat. François Fillon était à sa place : discret, celle d’un collaborateur. Ce n’est peut-être pas une mauvaise idée de jouer le rôle de courroie  de transmission.

« Vincent Peillon a eu droit à une engueulade maîtrisée » de François Hollande, selon Europe 1. C’est l’engueulade version Hollande, un peu mais pas trop ?
Oui c’est ça. C’est un oxymore. Une engueulade maîtrisée n’existe pas, par définition. C’est spontané et agressif. C’est comme le redressement productif. Ça fait partie de la novlangue de François Hollande qui invente des termes un peu différents. L’engueulade maîtrisée, ça signifie qu’il a remis à sa place Vincent Peillon, mais doucement. C’est un style de leadership apaisé pour ne pas être humiliant.

Les ministres ont-ils du mal à passer d’une communication d’opposition à une communication gouvernementale ?
Oui, les ministres n’ont pas une communication, mais des communications. Aucun d’entre eux, à part Valls, n’a de communication maîtrisée avec une ligne directrice. Chacun tire la couverture à soi de manière plus ou mois habile. Au gouvernement, personne n’est vraiment au niveau en matière de com’, à part Valls. L’Elysée ne peut pas non plus dire « faites si ou ça ». Mais il faudrait pourtant que la communication de l’Elysée reprenne les choses en main. Il y a un brouillage du message sur tous les sujets qui est terrible. On ne sait pas qu’elle est la position du gouvernement sur le cannabis ou l’éducation. La seule ligne claire, c’est la sécurité. Ils apprennent à gouverner et donc à gérer des rapports de force. Il y a beaucoup de stop an go. Ils vont et s’arrêtent. Au final, on ne sait pas du tout où ils sont. Il n’y a pas de vision.

N’est-il pas étonnant qu’un ministre tienne ces propos sur le cannabis sans imaginer les conséquences, alors qu’il y a déjà eu le préalable de Cécile Duflot en la matière ?
Oui c’est étonne, surtout dans le contexte où une élue est suspectée de blanchiment d’argent. Il y a un manque de media training dans ce gouvernement, de préparation à la communication, de réflexion. Je le sais et le ressens. A l’Elysée, ils ont conscience du problème mais n’ont pas la solution. C’est  une question de professionnalisme. Un ministre doit défendre son administration et la majorité. Il doit en faire correctement la représentation. La communication fait partie du travail d’un ministre, c’est de l’ordre du symbolique.

Ce manque de communication n’est-il pas une manière, là aussi, de faire de l’anti-sarkosysme ?
Si un ministre est incapable d’assimiler cela par peur de ressembler à Nicolas Sarkozy, c’est un problème. Idéologiquement, ils ont un problème avec la communication. Ils sont entourés de gens qui ont fait l’ENA et ne sont pas dans cet univers. Cela les affaiblit politiquement et ça devient un problème politique. Je croise beaucoup de communicants de gauche que ça préoccupe.