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Pierre Moscovici accuse la droite « d’être paranoïaque »

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François Vignal
Le 13.10.2010 à 19:16
Pierre Moscovici accuse la droite « d’être paranoïaque »
Pierre Moscovici, député PS du Doubs.
© AFP

La droite accuse le PS d’instrumentaliser les jeunes sur les retraites. « Accusation stupide » et paranoïa, répond le socialiste Pierre Moscovici. En revanche, il affirme que DSK « est instrumentalisé de manière éhontée par une droite privée d’arguments ». Sur la possible suppression du bouclier fiscale, mesure phare du début de quinquennat de Nicolas Sarkozy, il y voit une « combine assez grossière » et « un handicap électoral ». Entretien.

Eric Besson, au 22h de Public Sénat, a affirmé que Ségolène Royal était « démagogue » et « irresponsable » en appelant les jeunes à manifester. La droite attaque la gauche sur ce thème. Vous instrumentalisez les jeunes ?
Cette accusation est stupide. Ségolène Royal a expliqué que les jeunes étaient responsables. Elle n’a pas cherché à souffler sur les braises, même si sa formule aurait pu être un peu différente. Si les jeunes sont dans la rue, ce n’est pas que le PS les y appelle, c’est qu’ils sont inquiets pour leur avenir. La politique du gouvernement prépare un avenir sans retraite pour la jeunesse. C’est un peu facile de taper sur la gauche quand c’est la radicalisation du pouvoir qui a provoqué la colère sociale.

La gauche, traditionnellement, a des contacts avec les organisations syndicales étudiantes…
Bien sûr, il y a des contacts. Mais c’est illusoire de penser que c’est la rue de Solférino qui peut envoyer les jeunes dans la rue. Il faut être paranoïaque, comme certains leaders de la majorité, pour le penser.

Souhaitez-vous une radicalisation du mouvement ?
Je suis très respectueux de l’indépendance des syndicats et de l’autonomie des choix individuels. Les syndicats ont été extrêmement responsables et unis. Ils sauront faire les bons choix. Ce mouvement n’a aucune raison de s’arrêter et va se poursuivre.

Dans un rapport, le FMI préconise le recul de l’âge légal de départ à la retraite. La semaine dernière, sur Public Sénat, Eric Woerth s’en est félicité. Il a dit « merci » à Dominique Strauss-Kahn… Que lui dites-vous ?
Je dis que Dominique Strauss-Kahn, et avec lui le FMI, sont instrumentalisés de manière éhontée par une droite privée d’arguments. Le rapport du FMI a plus de 6 mois et ne portait pas sur la France mais sur l’OCDE. Il ne portait pas sur le financement des retraites mais sur le financement des déficits en général. Le directeur général du FMI ne se prononcera jamais sur un rapport qui concerne son propre pays. Je n’ai pas entendu Dominique Strauss-Kahn défendre le projet du gouvernement. Le lui faire dire est d’une malhonnêteté intellectuelle crasse.

Je voudrais qu’on cesse d’instrumentaliser Dominique Strauss-Kahn dans le débat politique français. C’est la preuve d’une sorte de désarroi d’un pouvoir privé lui-même d’arguments et qui n’arrive pas à défendre ses propres textes. Un peu de décence.

Nicolas Sarkozy a annoncé aux parlementaires UMP une réforme fiscale pour juin 2011, où devrait être supprimé le bouclier fiscal. Vous vous en réjouissez ?
D’abord c’est un aveu. Quand je vois François Baroin dire que ce bouclier est le symbole de l’injustice sociale, je me dis que c’est l’aveu que le quinquennat de Sarkozy aura été marqué par une politique, n’ont pas favorable au travail, mais à la rente et la richesse. Si Nicolas Sarkozy supprime le bouclier fiscal, ce n’est pas qu’il change d’amis et défend de nouveaux intérêts, mais il est conscient de l’impopularité de la mesure. Ce qu’on ressent, c’est que la droite veut à la fois supprimer le bouclier et favoriser les fortunes.

Le bouclier fiscal, c’est 600 millions d’euros. C’est symbolique, mais le coût est mesuré. Mais il s’agit de supprimer l’ISF, qui rapporte 3 milliards d’euros. L’idée serait de faire porter le poids sur le revenu des couches moyennes et aisées. Au final, ce sera bien un allégement de 2,4 milliards. Ce qui explique que nous ne marcherons pas dans cette diversion, cette combine assez grossière. Nous ne souhaitons pas de remise en cause de l’ISF.

C’est également choquant, car le gouvernement annonce un projet de loi rectificatif pour juin 2011 alors que le Parlement commence aujourd’hui l’examen du projet de loi de finances 2011. C’est vraiment une mauvaise politique.

Pourquoi le chef de l’Etat a-t-il changé d’avis ?
Pour Sarkozy, il s’agit d’alléger un fardeau politique. Mais il n’y a pas de changement de philosophie fiscale. Il ne faut pas confondre le revenu et le patrimoine. On transfert une partie de l’impôt de la fiscalité du patrimoine sur la fiscalité du revenu. Le PS propose lui un impôt sur le revenu progressiste, en fusionnant l’impôt sur le revenu et la CSG, et l’alourdissement de la fiscalité portant sur la grande fortune.

En supprimant le bouclier fiscal, Nicolas Sarkozy coupe l’herbe sous le pied des socialistes, en leur enlevant l’un de leur angle d’attaque favori…
Nous saurons rappeler aux Français que Nicolas Sarkozy a défendu bec et ongles le bouclier pendant les quatre premières années de son quinquennat, marqué par une injustice puissante. Cette manœuvre ne trompera pas. Nicolas Sarkozy aurait voulu conserver le bouclier, mais il est conscient qu’il est devenu un handicap électoral. Sous la pression, il renonce à ce qui a été un marqueur politique essentiel de son quinquennat.