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Le planning familial déplore la menace qui plane sur l’IVG

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Lola Sorrenti
Le 05.11.2010 à 19:13

Samedi plus de soixante associations manifesteront pour défendre l’IVG. Plus de 35 ans après l’acquisition de ce droit avec la loi Veil, la secrétaire générale du Planning familial, Marie-Pierre Martinet ,s’inquiète de la menace qui pèse sur l’accès des femmes dans de bonnes conditions à l’avortement. Entretien

Samedi, vous croiserez le cortège des retraites dans la rue. Le planning familial fait partie de la soixantaine d’associations qui appellent à la mobilisation demain. Que dénoncez-vous ?Quelles sont vos revendications ?

Nous revendiquons que les femmes doivent avoir accès à une Interruption Volontaire de Grossesse dans de bonnes conditions, et malheureusement ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, les délais augmentent de manière considérable, parfois les femmes doivent attendent jusqu’a 3 semaines pour accéder à ce service. On les renvoie d’hôpitaux en hôpitaux à cause du plan de restructuration lié à la loi Bachelot. On les met alors hors-délais. Et elles sont contraintes de se faire avorter à l’étranger, pour celles qui le peuvent, bien sur. Autrement dit, nous demandons une application totale de la loi de 2001 (la loi Aubry qui dépénalise l’IVG, qui repousse le délai légal d’avortement de 10 à 12 semaines et qui autorise les mineures à se faire avorter sans autorisation parentale)

La loi n’est donc pas appliquée partout et par tous ?

Exactement. Le problème c’est que l’IVG n’est pas considérée comme un acte médical comme un autre, comme un acte médical à part entière. Par exemple, dans la pratique, certains médecins ne vont pas jusqu’au délai total, c’est-à-dire qu’ils refusent de pratiquer une IVG après 7 semaines.

Si on choisit de se mobiliser aujourd’hui  c’est à cause du constat que certains centres ferment et que l’offre ne répond plus aux besoins. La restructuration liée à loi Bachelot représente une menace. Notre vigilance est grande notamment sur ce droit d’avorter qui n’a jamais été considéré comme un vrai droit. Il faut tirer la sonnette d’alarme avant qu’il ne soit trop tard !

Est-ce une régression ?

Oui c’est une régression de fait. C’est lié à une conjonction de différents facteurs. Avant, les médecins qui pratiquaient ces interventions étaient engagés. Ils s’engageaient avant tout parce qu’ils connaissaient les conséquences d’un non accès des femmes à la liberté de se faire avorter. Aujourd’hui ces médecins partent en retraite. Par ailleurs, on assiste à une forme de crise du personnel médical obstétrique. Enfin cet acte n’est pas considéré, ni financièrement, ni dans la formation.

Il faut que l’IVG soit intégré comme n’importe quel acte de gynécologie. Si on veut être gynécologue, on doit pratiquer des IVG sinon on ne fait pas de gynécologie.

La loi Hôpital est-elle un frein à la bonne application de la loi ?

Le fait de rationnaliser et d’optimiser l’offre de soins en regroupant les hôpitaux et les services créent des difficultés d’accès considérables. Par ailleurs, le regroupement de différents services dans un seul lieu, n’assure pas pour autant un service final fort et avec des moyens importants. Les femmes sont encore mal accueillies.

On compte environ 200 000 femmes qui se font avorter chaque année. Comment nous situons- nous par rapport aux autres pays ? Pourquoi le nombre d’avortement ne diminue pas en France ?

C’est vrai, on est un peu au dessus des autres pays européens dont l’histoire de l’accès à l’IVG est similaire à la notre. On nous donne souvent l’exemple des Pays-Bas, mais ce n’est pas un cas comparable car les femmes travaillent moins qu’en France et n’ont pas une offre suffisante de mode de garde pour les enfants. Donc la question du travail des femmes joue un rôle important.

Par ailleurs, il est vrai qu’il y a un seuil, et selon moi, on n’est pas loin de l’avoir touché.

L’état de l’accès à l’IVG est-il lié à la prévention faite autour de la sexualité ? Où en est-on aujourd’hui ? Quels sont les chantiers prioritaires en France ?

Il n’y a pas de relations de cause à effet entre la contraception et le nombre d’avortements. Pour autant, les deux domaines sont extrêmement liés.

Il y a indéniablement un travail à faire sur la prévention dans les classes. La loi de 2001 n’est pas appliquée, on consacre trop peu d’heures à l’enseignement de la sexualité. Travailler à l’accès à la contraception est primordial.

Le problème avec l’IVG c’est qu’on ne peut pas sortir de la moralisation de l’acte : si on avorte, on a fauté. Il y a une hypervalorisation de la maternité. Il y a des phases sociales où on avance et on recule mais on ne peut pas se permettre de reculer sur cette question.

Vous serez donc demain dans la rue, avec d’autres associations : ne craignez-vous pas que votre mobilisation soit noyée par la manifestation contre la réforme des retraites ?

Il ne faut pas opposer les droits. Ce n’est pas de chance ! Pour autant du point de vue des féministes les deux, les retraites et l’IVG, sont un enjeu pour les femmes.Le problème est plutôt que pour certains, nous n’avons pas de légitimité à manifester dans la rue pour défendre l’IVG. Aux yeux des gens, l’IVG est actée et garantie par une loi. Ils ne comprennent donc pas ce besoin d’être vigilant et de protéger ce droit.

D’ailleurs on a une très grande difficulté à mobiliser les jeunes, filles et garçons. Quand on a distribué des tracts lors des précédentes manifestations contre la réforme des retraites, les jeunes ne les prenaient pas. Il y a un désintérêt, une banalisation. Ce qui nous inquiète c’est que la vigilancebaisse, mais cela est vrai sur tous les droits de ce type.

 

L'IVG en France : rappels législatifs

 

- Loi Veil, 1975 : Autorise l’interruption volontaire de grossesse dans un délai de 10 semaines

- 1982 (Loi Roudy) prévoit le remboursement par la sécurité sociale de l’IVG

- Loi Aubry, 2001 : L’IVG est dépénalisé, le délai légal d’avortement passe de 10 à 12 semaines et l’autorisation parentale pour les mineures n’est plus nécessaire

- 2002 : Distribution gratuite de la pilule du lendemain aux mineures dans les pharmacies

- Loi Bachelot,  2009 : Met en place une restructuration hospitalière. Cela a pour conséquence de fermer un certain nombre de centres qui pratiquent les IVG et les personnels qualifiés sont de moins en moins nombreux.

- Mars 2010 : Roselyne Bachelot, la ministre de la santé annonce une augmentation des moyens consacrés aux IVG