Plans sociaux : quelles marges de manœuvre pour le gouvernement?

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Florian Bourdier
Le 28.06.2012 à 17:58
Le gouvernement a répété maintes fois sa détermination à lutter contre les plans sociaux. Dans un contexte tendu, avec des licenciements qui se multiplient, que peut vraiment faire l’exécutif pour sauver ces entreprises ?

La première mesure fut rien de moins que la création d’un ministère chargé du redressement productif. A sa tête, le chantre socialiste de la dé-mondialisation, Arnaud Montebourg. Le terme est sibyllin et la mission complexe : lutter contre la désagrégation progressive du tissu industriel français, prévenir les fermetures autant que faire se peut.

Des syndicats partagés

Vaste programme, qui semble toutefois convaincre Bernard Thibault. Le secrétaire de la CGT était présent ce matin au ministère des affaires sociales. Il s’est exprimé sur le sujet alors qu’aujourd’hui, plusieurs centaines d’employés de PSA Peugeot Citroën manifestaient contre la fermeture pressentie d’une usine à Aulnay-sous-Bois.

Le responsable syndical a notamment salué « le fait qu’il y ait une table ronde sur le redressement productif » jugeant ce signe « extrêmement positif ». Bernard Thibault demande cependant aux ministres de faire la preuve de leur volontarisme : « chaque semaine il y a des entreprises détruites (…)  le gouvernement prétend avoir les moyens d’agir. (…) On ne peut pas laisser toujours la main aux patrons ».

Sur le plan social en gestation pour l’usine PSA d’Aulnay, le gouvernement apparaît malgré tout bien impuissant. Arnaud Montebourg le rappelait ce matin « Ce n’est pas une entreprise publique », comprenez : le gouvernement ne peut pas y faire grand-chose.

Une réponse loin de satisfaire les attentes des ouvriers. Jean-Pierre Mercier, délégué CGT à l’usine PSA d’Aulnay lance un appel au ministre : « il faut qu’il agisse immédiatement ! Quand il dit qu’il va redresser les entreprises, il faut qu’il le prouve. A lui de nous montrer ce qu’il y a de différent ». En colère, le délégué syndical veut que le gouvernement assume : « le changement c’est maintenant ? Aucune usine ne doit fermer un point c’est tout ».

Un dispositif de crise

Mais le ministre socialiste ne compte pas en rester là. Un tout nouveau dispositif de lutte contre les plans sociaux devrait être déployé dans les jours qui viennent. Lundi, indique-t-on au ministère, seront nommés 22 « délégués au redressement productif ». Des agents régionaux chargés de veiller au grain. Ils seront des « interlocuteurs, des vigies, des médiateurs, des protecteurs » indiquait le ministre du redressement productif lors d’une conférence de presse à la mi-juin.

Ce n’est cependant pas une réelle nouveauté. Ces 22 délégués remplaceront les commissaires à la ré-industrialisation du précédent exécutif. Que feront-ils de mieux ? Le mystère reste entier. Mais selon Olivier Bouba-Olga, économiste, professeur à science po paris, « ils leur faut jouer un rôle de coordination », car ce serait là qu’il y aurait un véritable manque.

Le faux problème des plans sociaux

« Aujourd’hui, il y a beaucoup de dispositifs pour la reconversion et la réinsertion des gens qui ont perdus leur emploi, il y a beaucoup d’argent investi, mais c’est très mal coordonné. C’est là qu’est la priorité ».

Revenant sur la croisade toujours très médiatisée des différents dirigeants politiques à l’encontre des plans sociaux, l’économiste met en garde contre une perspective statique de l’économie. « Ça bouge tout le temps et c’est normal, c’est une dynamique. Des emplois sont détruits et d’autres se créent, c’est ainsi que ça fonctionne ».

Plus que se positionner systématiquement contre les plans sociaux, il faudrait donc les anticiper. « Préparer, former la main-d’œuvre en amont, et ne pas laisser les gens se débrouiller. Il y a là un vrai déficit, imputable à beaucoup d’acteurs : des chefs d’entreprises aux institutions publiques » insiste le jeune professeur.

Et les chiffres sont sans équivoque. On estime à 2% le nombre d’inscrits mensuels au Pôle emploi qui seraient victimes d’un licenciement économique dans le cadre d’un plan social. L’écrasante majorité des nouveaux chômeurs est en fait liée à des fins de CDD et de contrats d’intérim.

Faciliter la circulation et la mobilité des travailleurs, leur permettre de rebondir, c’est ce que préconisent les spécialistes. Don Quichotte avait ses moulins. Espérons que Mr. Montebourg ne se fatigue pas, lui aussi, à charger contre les illusions.