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Pollution et diesel : le pneumologue Michel Aubier se parjure devant le Sénat

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Julie Torterolo
Le 16.03.2016 à 18:46
Pollution et diesel : le pneumologue Michel Aubier se parjure devant le Sénat
Michel Aubier sur RTL : "Les pics de pollution ne gênent pas les gens bien-portantes"
© Capture d'écran de l'émission RTL du 10 mars 2014

Auditionné le 16 avril dernier par la commission d’enquête sur le coût de la pollution de l’air, le médecin Michel Aubier a juré sous serment n’avoir aucun lien avec les acteurs économiques liés à l’étude. Et voilà qu’est révélé que le pneumologue travaille … pour Total.

« Le nombre de cancers dans les pathologies respiratoires liées à la pollution est extrêmement faible », a affirmé le 16 avril 2015 Michel Aubier devant la commission d’enquête sur le coût économique et financier de la pollution de l’air. Comme à son habitude dans les médias, le pneumologue est venu minimiser devant le Sénat l’effet de la pollution, et notamment du diesel, sur la santé publique. Ombre au tableau : le journal Libération a révélé ce mardi que Michel Aubier travaille pour le groupe Total. Et non seulement, le pneumologue est médecin-conseil du groupe pétrolier depuis « 1997 ou 1998 » confirme-t-il à Libération. Une activité pour laquelle il est rémunéré. Mais il est également membre du conseil d’administration de la fondation Total.

« Je n'ai aucun lien d'intérêt avec les acteurs économiques », avait pourtant prêté serment Michel Aubier devant les sénateurs de la commission. Envoyé par Martin Hirsch, DG de l’établissement, le pneumologue était alors auditionné en tant que représentant de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP). Un avis majeur puisque l’AP-HP « concerne 12 millions de Franciliens et un budget de 7 milliards d’euros », explique à Public Sénat la sénatrice écolo Leila Aïchi, rapporteure de la commission. Une attitude « lamentable » qui est répréhensible pénalement pour «  faux témoignage », nous confirme-t-elle. «  C’est inadmissible qu’un professeur de médecine se revendiquant spécialiste ne dise pas la vérité. Monsieur Aubier a menti à la représentation nationale sur un sujet de santé publique », s’indigne Leila Aïchi.

Michel Aubier : «  J’aurais dû le déclarer, c’est vrai, mais ça ne m’était même pas venu à l’esprit ». 

Epinglé également par Martin Hirsch qui nie être au courant des activités connexes du médecin, Michel Aubier se défend auprès de Libération : «  J’aurais dû le déclarer, c’est vrai, mais ça ne m’était même pas venu à l’esprit ».  Ce chef du service pneumologie-allergologie à l’hôpital parisien Bichat confesse avoir «  été un peu léger en ne le disant pas au Sénat, mais ces activités n’influencent absolument pas mon jugement sur la pollution de l’air et le diesel ». Et de poursuivre : «  Jamais, au grand jamais, Total ne m’a demandé de le faire, ce n’est pas du tout mon rôle et je ne l’aurais pas accepté. Je vous garantis en toute transparence qu’il n’y a absolument aucun conflit d’intérêt ».

Une défense qui n’est pas du goût de Leila Aïchi. «  C’est quelqu’un qui est de très grande mauvaise foi », fustige-t-elle, tout en précisant qu’il avait prêté serment. Et ce, après qu’on lui rappelle que «  le faux témoignage »  devant la commission est « passible des peines prévues aux articles 434-13, 434-14 et 434-15 du code pénal ». Une attitude «  malhonnête » pour Leila Aïchi. Le sort de Michel Aubier sera décidé prochainement par une  « décision collective » des sénateurs de la commission concernée.

Mis à jour le 18 mars :

Michel Aubier et Martin Hirsch – qui a envoyé une lettre pour prévenir le Sénat en début de semaine – ont été auditionnés, à huis clos, jeudi matin par les membres de ladite commission d’enquête. « Après une concertation mardi matin avec le président du Sénat qui est allé dans notre sens, nous les avons convoqués notamment pour savoir si ce qui a été dit dans la presse était avéré. Ils ont répondu à notre invitation donc c’est une bonne chose. Il n’y a pas eu de tension. Monsieur Aubier a répondu à nos sollicitations, observations et questions », a expliqué à Publicsénat.com Jean-François Husson, président de la commission.

Tout en insistant sur le fait que l’entrevue consistait à écouter leur version des faits et non pas de se substituer à la justice, M. Husson pointe du doigt une situation potentiellement répréhensible : « Si c’est confirmé, je considère quand même qu’en tant qu’élus, on s’est moqué de nous […] Je souhaite protéger les élus que nous sommes et l’institution ». Conformément à la procédure, le dossier a désormais été transmis au bureau du Sénat qui donnera sa décision en avril prochain. Ce dernier sera chargé d’évaluer si les éléments du dossier justifient ou non de saisir la justice.