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La Pologne au Parlement européen : dialogue de sourds

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Nora Hamadi
Le 20.01.2016 à 11:25
La Pologne au Parlement européen : dialogue de sourds
© afp

Face aux reformes controversées mises en oeuvre en Pologne par le parti PiS, Droit et Justice, depuis son accession au pouvoir en octobre dernier, le président du Parlement européen, Martin Schulz, a invité Beata Szydlo, la premier ministre, à repondre aux questions des parlementaires européens. L'audition s'est déroulée ce mardi. 2h30 de débat qui ont viré au dialogue de sourds.

 

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Si Beata Szydlo, la premier ministre polonaise, s’est pliée à l’exercice de l’audition devant les parlementaires européens, elle a clairement réaffirmé ses positions, sans entendre les inquiétudes de ses voisins. Un débat qui a très vite viré aux « dialogues de sourds » de l’aveu même de Martin Schulz, président du parlement, entre les eurodéputés, toujours prompts à réaffirmer la nécessité de respecter les valeurs fondamentales de l’état de droit, la liberté de la presse, l’indépendance de la justice, et un gouvernement polonais campé sur ses positions, qui renvoie ses voisins à la nécessité de respecter un grand pays, fort de près de 40 millions d’habitants : « La Pologne est un pays souverain. Mon parti, le PiS, Droit et Justice, a été élu par les Polonais pour mettre en œuvre ces reformes. Nous sommes un pays souverain, nous allons tenir nos promesses ».  La souveraineté nationale polonaise : un argument qu’elle a martelé durant les 2h30 de discussion sans réussir à convaincre ses partenaires, qui n’auront pas ménagé leur peine à poser les questions qui fâchent sans toutefois froisser la cheffe du gouvernement polonais. Giani Pitella, leader du groupe socialiste et démocrate au parlement européen lui rétorque en retour que « la Pologne est un des piliers de l’UE. Le peuple polonais est un exemple pour nous tous. Mais ces reformes nient cette histoire polonaise de l’état de droit. Nous ne voulons pas faire un procès à votre pays, ni remettre en cause un succès démocratique mais l’Union européenne n’est ni un mariage de convenance, ni un bouc émissaire ».

Même tonalité du côté du Parti populaire européen, représenté par son vice-président, l’espagnol Esteban Gonzales Pons, afin d’éviter les piques des germanophobes à l’égard de son président allemand Manfred Weber : « L’autoritarisme ne vient pas toujours de l’extérieur. Les Polonais, comme les autres, le savent. La destruction est toujours venue de l’intérieur ».

 

Durant ce long échange, elle a toutefois concédée deux réponses claires sur les réformes controversées mises en oeuvre par son gouvernement.

La loi sur la reprise en main des médias « doit permettre de rétablir l’impartialité, le pluralisme et la neutralité, qui n’est pas garantie en l’état »et la réforme de la cour constitutionnelle « est conforme aux normes et standards européens » et permet de rétablir un équilibre dans le processus de nomination.

Les réformes prévues par la loi sur les médias vont permettre au gouvernement de "repoloniser" les médias, de redéfinir leur mission de service public, de nommer ou de limoger directement les directeurs par le ministre du Trésor, de licencier dans les prochaines semaines tous les journalistes employés par les radios et télévisions publiques, avant de, peut être, les réembaucher après "vérification".

La cour constitutionelle a quant elle subi un profond remaniement : Le quorum nécessaire a l'établissement des decisions est passé de 9 à 13 juges sur 15. Le PiS ayant nommé 5 juges proches du parti, et ayant allongé les délais d'expression des decisions de 14 jours à 6 mois, cela fait craindre une reprise en main claire de' l'institution et surtout, un blocage politique qui permettra au gouvernement de mettre en oeuvre ses politiques sans entrave du tribunal constitutionnel. 

Face à des députés européens peu enclins à laisser passer ces explications peu satisfaisantes, elle a toutefois prévenue : « Le désaccord fait parti du débat européen. Mais celui ci doit se dérouler au Parlement polonais ».

Hors de question de se voir dicter quoi que ce soit par une entité supranationale, de surcroit l’Union européenne, puisqu’il s’agit ici selon Beata Szydlo, d’affaires intérieures, et non de violation de l’état de droit. «  J’ai un sentiment d’injustice vis a vis de l’état polonais dont je suis le PM. Même si j’ai le devoir de venir ici. Ces reproches sont injustes et j’espère que ces voix sont régies par la mauvaise foi, que j’espère également minoritaires»

Seul Guy Verhofstadt a tenté de secouer quelque eu l’hémicycle en interpellant directement la premier ministre sur la prise en compte de l’analyse de la « commission de Venise », organe consultatif du Conseil de l’Europe chargé de la garantie de l’Etat de droit, qui doit remettre prochainement un rapport sur les reformes polonaises :

« Avez vous madame un problème de traduction ? Je ne comprends pas bien le polonais, mais je pense pouvoir comprendre un OUI, ou un NON. Allez vous prendre en compte l’avis de la commission de Venise ? Oui ou Non ? ». Pas demontée, Beata Szydlo lui a répondu d’un sourire « Je n’ai aucun problème d’interprétation. Merci de votre curiosité sur la Pologne. J’ai fait des milliers de kilomètres pour répondre à vos questions. L’avis de la commission de Venise n’est pas rendu public, quand nous l’aurons, nous l’analyserons dans le détail »

Face à la fermeté de la Pologne à ne pas se voir dicter sa conduite, la commission européenne risque de se retrouver dans la même configuration que lors des débats sur l’état de droit vécu dès 2011 avec le hongrois Viktor Orban. Sans solution.

Alors que les échanges de courriers entre Bruxelles et Varsovie ne suggèrent pour le moment, aucune issue consensuelle pour les deux partis, le recours à l’article 7 du traité de Lisbonne, qui permet la suspension d’un état membre qui ne respecterait pas les valeurs de l’Union, ne semble pas être envisagé. Ou à défaut, le non versement des quelques 84 milliards de fonds européens dont bénéficie la Pologne.

L’arme nucléaire en somme. Une carte que personne aujourd’hui, n’est prêt à jouer. Préférant le recours au dialogue. Même si il risque, une fois de plus, de ne pas aboutir.

 

 

 
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