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Primaire à gauche : le ton monte

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Simon Barbarit
Le 08.02.2016 à 18:56
Primaire à gauche : le ton monte
© AFP

A un an et demi de l’élection présidentielle et malgré la temporisation de Jean-Christophe Cambadélis, ou le refus catégorique de l’exécutif, rien n’y fait. À gauche, ça s’organise pour trouver l’alternance à…. François Hollande.

Ce n’est pas une menace mais ça y ressemble. Invité de l’émission Territoires d’Infos sur Public Sénat et Sud Radio, Luc Carvounas sénateur (PS) du Val-de-Marne et proche de Manuel Valls n’apprécie pas que l’on critique la politique gouvernementale lorsqu’on est élu sur une liste commune  PS-EELV-Front de gauche. Et si en plus on est partisan d’une primaire à gauche, qui selon ses mots, « s’apparente plus à un référendum contre François Hollande qu’autre chose », alors là n’en jetez plus, la coupe est pleine. « Chiche ! Alors on y va partout et pour tout, y compris pour les investitures » défie-t-il.

Luc Carvounas irrité par la perspective d’une primaire

Visiblement les oreilles échauffées par la multiplication des appels la primaire pour 2017, l’ancien directeur de campagne de Claude Bartolone pour les régionales s’en est pris vertement  à Clémentine Autain et Julien Bayou, respectivement conseiller régional Front de Gauche et EELV d’Ile-de-France. « C’est trop facile de venir nous tancer sur le plan national et que en off on vienne nous voir dans les coulisses de la rue de Solferino pour savoir d’ores et déjà quelle circonscription on pourrait conserver. Ce n’est pas tirage et grattage, la vie politique française en 2016 » prévient-il. Et c’est ensuite à boulets rouges qu’il tire sur ces deux partisans d’une primaire à gauche sans François Hollande. « Vous croyez qu’aujourd’hui les électeurs comprennent d’avoir une Clémentine Autain, numéro 2 de Claude Bartolone en Seine-Saint-Denis par rapport à tous les propos qu’elle tient aujourd’hui ou qu’elle a tenu dans l’entre deux tours ? Vous croyez que c’est utile d’avoir un Julien Bayou, numéro 8 sur la liste de Paris, que l’on fait élire conseiller régional d’Île-de-France, pour que le soir du 31, il n’a de cesse de débiner ce qu’a dit le président de la République ? Moi j’en ai marre de ça. Et les électeurs s’ils ont de la défiance vis à vis de nous, c’est qu’ils en ont marre de ça ».

La réponse de Clémentine Autain et Julien Bayou

Jointe par publicsenat.fr, la porte-parole du Front de gauche Clémentine Autain considère que « le point de rupture est atteint avec le PS ». Elle rappelle que les fusions de listes de gauche entre les deux tours des élections régionales ont été faites en fonction du poids électoral de chaque parti. « Si Monsieur Carvounas a un problème avec ça qu’il milite avec nous pour un retour de la représentation proportionnelle ». (Après vérification, Luc Carvounas est lui-même partisan de la proportionnelle intégrale aux législatives) « Ce type ne comprend rien à la démocratie. Il méprise ses partenaires » renchérit Julien Bayou. « Il oublie un peu vite que son élection au Sénat, il la doit aussi aux voix écolos ».

Au-delà, de cette querelle entre élus d’Ile–de-France, c’est bien la question d’une primaire à gauche qui irrite l’exécutif et dont Luc Carvounas s’est fait ce matin le porte-parole. Et pour Clémentine Autain, « s’il y a bien une chose qui n’arrivera pas, c’est une primaire de toute la gauche. Nous militions en revanche pour vraie primaire de gauche ». Comprenez sans François Hollande ou ce qu’elle nomme « la gauche gouvernementale ». « Hollande est train de faire pire que Nicolas Sarkozy. On avait fustigé le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy en 2010 mais ce n’était qu’un discours. Hollande lui est en train de l’appliquer en voulant introduire la déchéance de nationalité dans la Constitution et en banalisant l’état d’urgence » estime quant-à lui Julien Bayou.

« Si on attend que les appareils bougent on n’est pas sorti des ronces »

Un coup d’œil au site internet primairedegauche.fr et l’on peut lire « Ne leur laissons pas 2017 ». Là encore pas question de voir François Hollande être le candidat naturel de la gauche à la prochaine élection présidentielle. « Notre objectif est de créer une alternative politique pour 2017, mais aussi d’éviter la multiplication des candidature à gauche au premier tour. Si on attend que les appareils bougent on n’est pas sorti des ronces » résume Caroline de Haas, ancienne militante PS et membre du « comité d’organisation de la primaire de gauche ». Un collectif de 2000 volontaires chargés de recueillir sur Internet des soutiens en faveur de la primaire, puis faire appel au financement participatif pour l'organiser. « Notre objectif est de réunir 200 000 euros nous en avons rassemblé 20 000 pour l’instant » annonce Caroline de Haas.

Une primaire de toute la gauche : séduisante mais peu probable

La plateforme Internet est née de manière concomitante à l’appel paru dans Libération le 11 janvier dernier pour une primaire  de « toutes les gauches et les écologistes », promue par une dizaine de personnalités afin « de voir renaître intellectuellement et politiquement la gauche et l’écologie politique aujourd’hui à bout de souffle, inaudibles ou réduites à l’impuissance ». Séduisante sur le papier, l’idée recueille l’opposition farouche de l’exécutif et du Front de Gauche.  « Imaginons que Monsieur Mélenchon soit désigné dans cette primaire, je le dis d’ores et déjà : je ne m’imagine pas me faire représenter politiquement par Jean-Luc Mélenchon (…) Ce n’est pas une division qui est liée à des comportements mais à des projets qui sont totalement opposés aujourd’hui » résumait le 13 janvier dans l’émission preuves par 3, Jean-Marie Le Guen, Secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement. D’accord au moins sur ce désaccord, Clémentine Autain n’imagine pas non plus soutenir François Hollande si jamais il était désigné.

Au PS, certains la veulent aussi cette grande primaire. Les partisans des motions B et D, qui ont recueilli 28,5% et 9,5% des suffrages au premier tour du Congrès de Poitiers de juillet dernier l’ont approuvé dans un vote unanime la semaine dernière. L’occasion pour eux « d’éviter la multiplication des candidatures » et de « faire l’inventaire » du quinquennat. Elle est en plus inscrite dans les statuts du parti à l’article 5.3.1. « Nous défendons le principe d’une primaire la plus large possible. Nous considérons que si François Hollande veut se représenter, il doit s’y soumettre. Et il n’est pas irrémédiable que la gauche de la gauche y participe également » détaille le député PS Laurent Baumel. Ce week-end, à l’issue du Conseil national du Parti, le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis laisse la porte entrouverte mais se laisse 60 jours, soit la tenue du prochain conseil national du PS, pour que « les préalables tombent ». Un élément de langage pour ne pas dire rejet pour l’instant catégorique de la part de la gauche de la gauche.