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« Printemps français » contre « Manif pour tous » : divorce des antis-mariage gay

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Etienne Baldit
Le 27.03.2013 à 19:16
« Printemps français » contre « Manif pour tous » : divorce des antis-mariage gay
© Ericwaltr, cc via Wikimedia Commons

Malgré la démonstration de force du 24 mars, le mouvement anti-mariage gay est en proie à la division. Depuis la manifestation, la « Manif pour tous », collectif majeur de la contestation, se désolidarise du « Printemps français », mouvement naissant et décrié.

Le 18 février, Béatrice Bourges, présidente du Collectif pour l’enfant (regroupant 79 associations familiales) et jusqu’alors porte-parole de la « Manif pour tous », était évincée du collectif. Alors que Frigide Barjot appelait à ne pas occuper les Champs-Elysées au cours de la manifestation de dimanche qu’elle voulait pacifique, Béatrice Bourges, elle, commençait à revendiquer des méthodes « moins bisounours », et notamment à occuper la célèbre avenue. Un appel à la radicalisation du mouvement, incarnée par l’entité floue qu’est le « Printemps français ».

« Un mouvement de résistance pacifique »

L’expression est née peu après la première grande manifestation des antis, le 13 janvier. Une enquête d’un journaliste du Monde est remontée jusqu’au 16 janvier et à une note du blog Ethique et société de Cyril Brun, militant chrétien et historien catholique. Petit à petit, la référence aux Printemps arabes fait mouche et se répand sur internet. Le mouvement s’officialise et un site internet est créé. Bétarice Bourges elle-même dépose un nom de domaine, printempsfrançais.com, mais le site n’existe pas encore.

Le « Printemps français » reste difficile à cerner. Devenue sa porte-parole, Béatrice Bourges se borne à expliquer que le mouvement est né « en régions ». « Ce sont des gens comme vous et moi. Des gens qui en ont assez d’avoir le sentiment d’être bafoués, méprisés, d’aller à des manifestations et de signer des pétitions, et de ne pas être entendus », explique-t-elle. Elle précise toutefois qu’il s’agit d’un « mouvement de résistance pacifique » : « Comme tout mouvement de résistance, on ne va pas étaler au grand jour qui sont ses membres ».

Pas clandestin, mais « subversif » et « impalpable »

Un refus de s’officialiser, voire une volonté de rester dans la « clandestinité » ? « Non », répond-elle. Mais les actions que le « Printemps français » mènera seront plus « subversives ». Tout est dans la nuance… Le mouvement revendique toujours une « complémentarité » avec la « Manif pour tous », mais le sentiment n’est pas partagé. Pour Frigide Barjot, les deux entités sont « totalement » séparées : « Ils sont à côté, ils ont leur mode de raisonnement, de pensée et d’action, qui ne sont pas les mêmes que les nôtres ». La leader de la contestation détaille : « Le jour de la manifestation du 24 mars, ils ont appelé à aller sur les Champs-Elysées, ce que nous avons, nous, totalement dénoncé. Il était irresponsable d’envoyer des familles avec leurs enfants sur des artères interdites par la préfecture, avec la menace de la répression ».

De plus, Frigide Barjot dénonce une récupération de la part de « gens qui veulent agir de façon plus violente et nous, nous ne sommes pas violents ». Elle ne sait « pas du tout » qui est derrière le « Printemps français » : « Ce que je sais, c’est que l’idée, c’est nous-mêmes qui l’avons émise quand nous avons lancé une nouvelle campagne pour annoncer la manifestation du 24 mars. J’ai dit : « Le printemps français fleurira sur les Champs-Elysées le 24 mars », et puis des gens l’ont préempté, s’en sont saisis. Et ils ont créé, sans nous prévenir, une autre ligne d’action ».

Frigide Barjot avertit François Hollande

Pour Frédéric Pichon, avocat et membre du « Printemps français », l’identité du mouvement « reste à chercher dans ce côté un peu impalpable. Il y a une ossature, mais ça vient vraiment de la base. On peut dire que c’est une sorte de label, en quelque sorte. Sous réserve qu’ils adhèrent à la charte qui est la nôtre, les gens peuvent s’en revendiquer ». Mais là aussi, « l’ossature » est « impalpable » : « Un site internet, un compte Facebook, des moyens de contacter comme n’importe qu’elle autre organisation », énumère Me Pichon…

En attendant les prochaines actions du mystérieux collectif, l’Entente parlementaire pour la famille (137 députés et 82 sénateurs opposés au mariage gay) demande l’ouverture d’une commission d’enquête « sur les conditions du déroulement » de la manifestation de dimanche dernier. Dans la matinée, Frigide Barjot avait déclaré, lors d’une conférence de presse : « Si demain soir [lors de l’allocution de François Hollande, ndlr], nous n’avons pas de paroles fortes et d’annonce que le président va suspendre le texte… ». Une phrase laissée en suspens, complétée par un avertissement : « Le président de la République prend un risque majeur de débordements et, demain, de troubles graves ».