PS : Désir ne fait pas le plein, l’aile gauche s’en tire bien

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François Vignal
Le 12.10.2012 à 17:40
PS : Désir ne fait pas le plein, l’aile gauche s’en tire bien
Avec moins de 70%, la motion d’Harlem Désir qui rassemble tout le gouvernement fait un score plus faible qu’espéré. L’aile gauche est satisfaite avec 13.3%. Gaëtan Gorce espère que les 5% de sa motion ne seront « pas remis en cause sur tapis vert ». Stéphane Hessel crée la surprise, avec 11,8%.

Officiellement, les représentants de chaque motion sont contents. Après le vote des militants en vue du congrès du PS de Toulouse, à la fin du mois, la motion d’Harlem Désir, qui rassemble tout le gouvernement, Jean-Marc Ayrault, Martine Aubry et qui dispose du soutien de François Hollande obtient 68,34% des voix (sur 97,8% des bulletins dépouillés). Elle est suivie par les 13,32% de la motion de l’aile gauche, emmenée par Emmanuel Maurel. Surprise, la motion portée par l’auteur du best-seller Indignez-vous, Stephane Hessel, arrive juste derrière avec 11,84%, suivie de la motion de Juliette Méadel et de Gaëtan Gorce, qui passe la barre des 5% (5,15%), synonyme de représentation au conseil national du parti. La motion de Constance Blanchard, ex-responsable du MJS, n’obtient que 1,34%. La participation s’élève à un peu plus de 50%. Si elle semble faible, elle est à comparer aux 56% du congrès de Reims.

« Parti libre »

Aucune triche n’a pour le moment était constatée, ni dénoncée, contrairement au funeste congrès de Reims de 2008. Un parlementaire PS s'étonne juste que « sur l’île de La Réunion, sur 1000 votants, la motion de la gauche du parti ne recueille qu’une dizaine de bulletins… Mais il faut attendre la commission de récolement des votes pour être sûr ». Mais dans l’ensemble, pas de problème.

Harlem Désir, qui sera sans surprise le prochain premier secrétaire du PS, se réjouit du « score le plus élevé jamais atteint » pour une motion arrivée en tête, vu le nombre de motions. « Le vote d’hier est une démonstration faite par les militants que le Parti socialiste est un parti libre », a affirmé vendredi matin sur Public Senat le porte-parole David Assouline. Pourtant, à regarder les soutiens de poids de cette motion, un score plus important pouvait être attendu, à hauteur de 85-90%. « Tout ceux qui auraient pu imaginer que le score aurait pu être meilleur ne connaissent pas l’histoire des congrès », répond le sénateur Luc Carvounas, proche de Manuel Valls. « Les 80%, c’était une intox montée par Jean-Christophe Cambadélis (candidat malheureux au poste de premier secrétaire, ndlr) qui n’est pas encore revenu de sa mise à l’écart », veut croire Malek Boutih, député PS et ancien président de SOS racisme.

« Qu’on ne cherche pas à nous briser les reins »

Le sénateur de la Nièvre Gaëtan Gorce est moins tendre : « La motion d’Harlem Désir fait un score médiocre, un mauvais résultat », tranche-t-il. Il se réjouit de « l’excellent résultat » de sa motion. « Nous n’en n’espérions pas tant », assure-t-il. Mais celui qui dénonçait un congrès verrouillé craint maintenant un tripatouillage. « Nous devrions avoir une dizaine d’élus au conseil national. J’espère que notre représentation ne sera pas remise en cause sur tapis vert, lors de la commission de récolement. On ne sait pas s’il n’y aura pas la tentation de nous faire passer sous la barre des 5%, car la motion Désir, qui tablait sur un score de 85%, perd beaucoup de sièges. On sera vigilant, on connaît certaines méthodes. Qu’on ne cherche pas à nous briser les reins », prévient Gaëtan Gorce. Selon Malek Boutih, « c’est une mauvaise manière de faire pression. Quand tous les résultats seront connus, il n’est pas impossible de passer juste en dessous des 5% quand on est juste au dessus, comme on peut se retrouver à 6% ».

L’aile gauche gagne au grattage et au tirage

Dans ce vote militant, la gauche du parti s’en tire bien. « On est très content. Surtout que nous sommes au pouvoir. Une tendance légitimiste s’exprime traditionnellement dans ce cas. L’aile gauche se porte bien car il y a une attente sociale, une nécessité de ne pas s’enfermer dans l’austérité », explique la sénatrice Marie-Noëlle Liennemann, l’une des fers de lance de la motion Maurel.

Les 13,3% obtenus sont certes plus faibles que les 18,5% de Benoît Hamon au congrès de Reims. Après avoir hésité à y aller, le ministre de l’Economie sociale et solidaire a fait le choix de soutenir la motion d’Harlem Désir. Il a été suivi par une bonne partie de ses amis de son courant "Un monde d’avance". Un soutien qui s’est payé cher, aux yeux de certains : 30 places réservées au conseil national. Si l’ont ajoute le score obtenu par la motion d’Emmanuel Maurel, l’aile gauche gagne au tirage… et au grattage. « La gauche du parti va être surreprésentée dans la direction », peste Gaëtan Gorce, « alors que leur ligne n’a été validée que par une toute petite minorité et qu’ils sont hostiles à la politique européenne de François Hollande ». Malek Boutih ne croit pas à ce calcul d’une aile gauche trop bien servie. « La composition du conseil national aujourd’hui est une chose. Mais dans 3 ans… Les gens sont libres de leurs votes. L’aile gauche est un courant qui est en train de se diluer. Il est obligé de faire de la tactique pour avance masquer. Mais à force de faire de la tactique, on perd en cohérence politique et on s’affaiblit », selon le député de l’Essonne.

« Chacun va faire un peu de sacrifice »

La surprise de ce vote, c’est surtout les 11,8% de la motion de Stéphane Hessel et Pierre Larouturou. L’auteur d’Indignez-vous a dore et déjà annoncé qu’il ne compte pas siéger au bureau national du PS. Pierre Larrouturou, qui était parti rejoindre Europe Ecologie-Les Verts avant de faire son retour chez les socialistes, joue les modestes. « Notre score est plutôt bon », lance-t-il, « depuis le début, on est bien accueilli par les militants ». Leur motion est basée sur le manifeste Rossevelt 2012. « Nous voulons monter qu’il n’y a pas besoin de l’austérité pour sortir de la crise », explique Larrouturou. « Il y a eu un effet com’ », tance un parlementaire socialiste. Du côté des instances du parti, il faudra bien leur faire de la place. Ce qui n’arrange pas la majorité. « Je suis surpris qu’on ait laissé concourir une motion alors que Stéphane Hessel n’est pas au PS. Cela fait partie des étrangetés. Il a dû agréger beaucoup d’orphelins de l’époque Royal », souligne Luc Carvounas, qui soutient Désir.

Reste que les équilibres négociés au sein de la motion majoritaire avec « la bande des quatre » ministres – Stéphane Le Foll, Pierre Moscovici, Vincent Peillon, Manuel Valls – devront être revus. « Chacun va faire un peu de sacrifice. Tout en gardant les mêmes proportions, chacun va lâcher un peu de lest. Il y aura des discussions, des négociations », reconnaît Harlem Désir. En la matière, les socialistes ont dû savoir faire. L’objectif est de montrer un visage de rassemblement lors du congrès de Toulouse, histoire que la ville rose porte bien son nom.