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Réduction des déficits : «C’est le moment de renverser la stratégie»

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Etienne Baldit
Le 17.04.2013 à 17:29
Réduction des déficits : «C’est le moment de renverser la stratégie»
© Capture d'écran (Radio Canada)

Le gouvernement a présenté, mercredi, son « programme de stabilité » pour le quinquennat. Au menu : retour du déficit public à 2,9 % en 2014, et 0,7% en 2017 ; pour y parvenir, un effort de 20 milliards d’euros sera nécessaire – 14 milliards d’économies seront réalisées sur les dépenses publiques, et les prélèvements obligatoires augmenteront. De 44,9% du PIB l’an dernier, ils passeront à 46,3% cette année, puis à 46,5% en 2014. Un taux record, alors qu’ils devaient être stabilisés l’an prochain.

Pour Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE), cette « logique chiffrée » comporte « le risque de mourir guéri ». « Il n’y a pas de réflexion de moyen terme », dénonce-t-il, estimant que le gouvernement « s’entête à penser que la seule chose qui existe en économie, c’est de faire des économies ». « On pouvait penser que 2014 serait un début de sortie de crise ; ce ne sera pas le cas ».

Le gouvernement a présenté son « programme de stabilité » pour le quinquennat. Quelle est votre analyse ?

Il n’y a pas de grosse surprise. On se rend compte que le gouvernement est coincé dans quelque chose d’assez compliqué, avec des objectifs de déficit public chiffrés et très précis. A chaque fois, alors qu’il est prévu d’arrêter ou de diminuer la politique d’austérité, on se retrouve obligé de continuer un an de plus.

On sera loin des 3% de déficit public en 2013, et ça devient très difficile pour 2014 également. On court après cet objectif, sans jamais l’atteindre.

En augmentant encore les prélèvements obligatoires, on va jouer directement sur le pouvoir d’achat des ménages, donc sur la consommation, la croissance et l’activité économique du pays. On pouvait penser que 2014 serait un début de sortie de crise ; ce ne sera pas le cas.

Le plan se compose à 70% de baisse des dépenses publiques et à 30% de hausse d’impôts ; un bon équilibre ?

Il est intéressant de constater que la stratégie s’est inversée. Jusqu’ici, le gouvernement Ayrault comme les gouvernements Fillon faisaient plutôt deux tiers de prélèvements et un tiers de baisse des dépenses. Il ne faut pas oublier qu’entre 2011 et 2013, les impôts ont augmenté de 80 milliards d’euros. C’est colossal ! Dorénavant, les marges de manœuvre pour les augmenter sont très réduites.

L’effort se tourne donc vers les dépenses publiques. La masse salariale en représente 20%, et on ne peut pas faire beaucoup plus à ce niveau-là. Les 80% qui restent, c’est la protection sociale et l’investissement public, pour simplifier. C’est donc la protection sociale qui sera fortement touchée, en désindexant les retraites, notamment.

Est-ce vraiment une bonne idée de toucher aux retraites et à la protection sociale, dans le contexte actuel ?

Non, ce n’est pas très malin. Il n’y a pas de réflexion de moyen terme. Le problème, c’est que les mesures sont prises dans l’urgence, ce n’est pas réfléchi. Aujourd’hui, ce n’est même plus de la gestion sérieuse. C’est au-delà de ça : on essaye de trouver et de prendre de l’argent où on peut, sans vraiment s’intéresser aux conséquences réelles. La hausse des prélèvements a des effets récessifs qui ne sont pas appréciés à leur juste valeur. Et on sous-évalue la crise sociale et politique que cela peut engendrer.

Bien sûr qu’il faut faire des économies, et nous ne proposons pas de faire de la relance à tout va. Mais le risque, c’est de mourir guéri.

Le gouvernement promet que le taux de prélèvements baissera à nouveau - légèrement - d’ici la fin du quinquennat. Cela sera-t-il possible ?

En tous cas, c’est toujours plus facile de le diminuer que de l’augmenter ! Mais comment baisser les impôts, si l’objectif de 0,7% de déficit public en 2017 est maintenu ? Sachant que le gouvernement compte sur une croissance de 2% dans le même temps… La stratégie n’est pas très claire. Nous proposons plutôt un arrêt des hausses d’impôts, et de faire 40 milliards d’économies sur quatre ans : dix milliards par an. S’accrocher à un pourcentage a bien sûr des effets pervers : tout ce que l’on voit, ce sont les objectifs qui ne sont pas atteints, alors que les efforts sont considérables. C’est tout le problème de cette logique chiffrée.

Peut-on dire qu’avec cette logique, les effets de la crise seront de moins en moins forts, mais se feront sentir plus longtemps ?

Oui, les effets de la crise seront moins marqués à partir de2014, mais on restera longuement sur une croissance très molle, avec une dérive du taux de chômage, surtout du chômage de longue durée, un investissement des entreprises très faible, un fort impact sur la productivité… C’est le risque que l’on prend, en s’entêtant à penser que la seule chose qui existe en économie, c’est de faire des économies.

Bientôt, le déficit sera entièrement conjoncturel. Donc le problème n’est plus sur les finances publiques, mais sur les autres aspects : la perte d’activité colossale depuis 2008, le chômage, le problème de l’investissement des entreprises… C’est le moment de renverser la stratégie, de passer à autre chose.