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Réforme de la Constitution : Valls se prend une volée de bois vert à l’Assemblée

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François Vignal
Le 05.02.2016 à 18:16

Parallèle avec le régime de « Vichy », « propositions de l’extrême droite », « imaginaire colonial » : les députés EELV Cécile Duflot et Sergio Coronado, aidés par Noël Mamère, ont multiplié les parallèles entre l’extrême droite et la réforme de la Constitution du gouvernement.

Pour l’ouverture des débats sur la réforme de la Constitution à l’Assemblée nationale, Manuel Valls s’est pris une volée de bois vert. Les députés Europe Ecologies-Les Verts n’ont pas fait les choses à moitié en attaquant le gouvernement sur ce projet de loi, qui vise à inscrire dans la Constitution l’état d’urgence et la déchéance de la nationalité pour les crimes et délits terroristes (voir le discours de Manuel Valls). Ils ont multiplié les parallèles entre l’extrême droite et les choix annoncés par François Hollande lors du Congrès, trois jours après les attentats du 13 novembre.

Duflot : « Le dernier régime à avoir massivement utilisé la déchéance fut le régime de Vichy »

C’est l’ancienne ministre du gouvernement Ayrault, Cécile Duflot, qui a lancé les hostilités : « Le dernier régime à avoir massivement utilisé (la déchéance de nationalité) fut le régime de Vichy. Il ne s’agit pas ici de faire des parallèles hasardeux, il s’agit, que cela vous plaise ou non, de rappeler  un traumatisme de notre histoire, né dans un Parlement composé de parlementaires français. Oui, c’est ce qui nous est arrivé » a rappelé la députée EELV en défendant sa motion de rejet préalable, rejetée par les députés (voir la vidéo).

Noël Mamère a pris le relais. S’il a quitté EELV, les attaques du député écologiste sont dans la même veine que celles de Cécile Duflot. Dénonçant « une dérive sécuritaire au nom de l’union sacrée et sous l’effet de la peur », il a affirmé que « le modèle français est fondé sur le droit du sol et l’égalité. De grâce, n’introduisez pas le ver raciste dans le fruit. Vous ne servez que Marine Le Pen et ceux qui croient que seuls les Français de souche sont de vrais citoyens ». Noël Mamère fait ensuite référence aux massacres de Charonne du 8 février 1962. « C’est en vertu de l’état d’urgence que le préfet Papon avait fait intervenir la police contre les manifestants pour la paix en Algérie. Bilan : 9 morts. (…) Et j’ajoute le 17 octobre 1961, le même Papon, sous couvert de l’état d’urgence, avait fait assassiner des centaines d’Algériens à Paris ».

« Lier dans un même texte une mesure visant à lutter contre le terrorisme et la peine de déchéance nourrit un imaginaire colonial »

Manuel Valls aime la castagne. Alors il répond et dénonce les « excès » et les « insultes » de Noël Mamère. « Nous n’avons plus grand chose à faire ensemble » dit-il. Mais après la pause déjeuner, les écologistes n’ont pas lâché l’exécutif. Le député EELV Sergio Coronado a pris le relais. Il a rappelé la déclaration du nouveau ministre de la Justice après le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, où l’ancien Président se prononçait pour la déchéance pour les meurtriers de policiers ou gendarmes. « En liant nationalité et délinquance, il fait ce que personne n’a jamais osé faire dans l’arc républicain. Jusqu’à présent, ce discours était l’apanage de l’extrême droite. C’est ainsi que s’exprimait Jean-Jacques Urvoas à l’époque. En effet, la majorité n’a pas oublié que la déchéance de la nationalité fait partie des propositions les plus anciennes de l’extrême droite. Et j’espère que vous ne serez pas fâché, Monsieur le premier ministre, que je le rappelle ».

Sergio Coronado continue sa diatribe : « Ce qui me heurte le plus, c’est d’avoir lié dans un même texte une mesure visant à lutter contre le terrorisme et la peine de déchéance, nourrissant ainsi un imaginaire colonial faisant un terrible clin d’œil à l’histoire et au contexte de lutte contre l’indépendance algérienne, au moment de l’adoption du texte sur l’état d’urgence. C’est alimenter  l’idée que des citoyens nés Français ne le sont pas tout à fait. Et nul besoin ici de préciser de quels citoyens nous parlons ». Regardez :

Monde à l’envers

En prenant la parole, le socialise Patrick Mennucci, qui défend le texte, s’étonne de ces attaques, alors que la déchéance était déjà dans le droit français : « Ceux qui contestent, je ne les ai pas entendus ces dernières années dire » que la mesure était « inégalitaire pour les Français ».

Sur les bancs de droite, le droitier Eric Ciotti affirme qu’il votera la réforme, « car elle défend une idée politiques qu’(il a) toujours défendue avec (sa) famille politique ». Et de demander que « la parole présidentielle du Congrès » soit « scrupuleusement respectée ». Le monde à l’envers.

Un peu avant, alors que Patrick Mennucci annonçait que le groupe socialiste voterait le texte, les frondeurs du PS, qui y sont opposés, ont protesté bruyamment.

Bruno Le Roux, patron du groupe, s’énerve à son tour et s’adresse à l’un deux, Pascal Cherki, comme relevé par une journaliste sur Twitter : « Si tu veux allez là bas, tu vas là bas! » dit-il en désignant la droite… Il faudra peut-être créer un groupe des députés apatrides à l’Assemblée nationale.