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Les régions à la rescousse de Hollande sur le chômage : du «donnant-donnant»

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François Vignal (images : Pauline Dame)
Le 02.02.2016 à 18:42

L’Etat va « faire pleinement confiance aux régions » en leur confiant plus de responsabilités sur l’emploi. En retour, les régions aideront l’exécutif à mener à bien son objectif de 500.000 formations. Du « donnant-donnant » qui pourrait aider Hollande à se représenter…

François Hollande a mis la barre haute : former 500.000 chômeurs supplémentaires en 2016. Manière de faire baisser le chômage et – peut-être – d’inverser durablement la courbe des demandeurs d’emploi sésame pour se représenter en 2017. Mais dans le peu de temps qu’il reste, l’Etat ne peut y arriver seul. Le chef de l’Etat est prêt à appeler à la rescousse les nouvelles grandes régions. Problème : la majorité d’entre elles est passée à droite. Seront-elles d’accord pour jouer les leviers de la politique de François Hollande ? Réponse : oui, à condition d’avoir plus de pouvoirs.

Moins d’un an après le vote du dernier texte de la réforme territoriale, l’exécutif est prêt à remettre une couche supplémentaire de décentralisation en donnant un peu plus de pouvoirs aux régions en matière d’emploi et de formation, pourtant déjà renforcées en ce domaine. Mais pas assez, aux yeux de leurs présidents.

Symbole de cette nouvelle entente, Valls et Richert se tutoient devant les caméras

« Dans tous ces domaines - développement économique, formation et apprentissage - il y a une très grande volonté de notre part de faire confiance aux régions, qu’elles assument pleinement leurs responsabilités voire de nouvelles responsabilités » a affirmé ce mardi un Manuel Valls plein de bonne volonté sur le perron de l’Elysée, après un déjeuner de travail autour de François Hollande avec les président de régions (voir la vidéo). Le matin, ils étaient en séminaire à Matignon. « Nous avons convenu d’expérimenter (…), que l’Etat fasse pleinement confiance aux régions. Nous devons mettre en œuvre une nouvelle donne dans le partenariat entre Etat et régions » a ajouté le premier ministre. Un « document précis » définira « dans quelques semaines » ces nouvelles compétences.

En détaillant son plan de formation début janvier, François Hollande avait assuré que « le gouvernement (était) prêt à faciliter toutes les expérimentations possibles, et même à modifier la loi si c'est nécessaire pour étendre les compétences de ces grandes collectivités ».

A la sortie de l’Elysée, le nouveau président de l’Association des régions de France (ARF), le président Les Républicains d’Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Philippe Richert, s’est réjouit de cette nouvelle « période qui s’ouvre ». Les régions pourront être « soit partenaires (avec l’Etat) pour une co-gouvernance » soit se voir confier davantage de « responsabilités » « C’est une nouvelle façon de voir l’organisation politique dans notre pays » a dit Philippe Richert, aux côtés de Manuel Valls. Symbole de cette nouvelle entente cordiale, les deux se tutoient devant les caméras.

Estrosi défend une politique « gagnant-gagnant »

Même le droitier Christian Estrosi s’est montré ouvert. Il a, il est vrai, en partie été élu grâce aux voix de gauche pour faire barrage au FN. Il a salué les « réponses extrêmement positives du gouvernement : sur les 500.000 formations auxquelles le gouvernement nous demande de nous associer, dès lors qu’il nous dit « nous financerons tout ce que vous ferez en plus », (…) j’ai dit « donnant-donnant », « gagnant-gagnant ». Je ne veux pas de polémique sur ce sujet » a affirmé le président de la région PACA.

Les présidents de région n’ont pas subitement décidé d’aider François Hollande à se représenter. Ils voient aussi leur intérêt à faire baisser le chômage dans leur région. L’emploi est un sujet au cœur des préoccupations de leurs électeurs, comme il a été un argument de leur campagne.

Concrètement, les régions et l’Etat pourraient « passer ensemble des appels d’offre pour des formations, (…) la région est ce partenaire de proximité qui connaît bien les entreprises et les besoins  en matière de formation » souligne Philippe Richer, qui évoque aussi la délégation « au niveau régional de l’accompagnement des pôles de compétitivité ».

« Que nous soyons les vrais pilotes de la politique de la formation et de l’emploi »

L’Etat ira-t-il jusqu’à accepter la régionalisation de Pole emploi ? Lors de l’examen du projet de loi NOTRe, c’était le souhait du secrétaire d’Etat à la Réforme territoriale André Vallini, tout comme celui du Sénat, à majorité de droite. Mais Manuel Valls s’y était à l’époque opposé… C’est pourtant aussi une demande du socialiste Alain Rousset ou de Xavier Bertrand.

A l’écoute des présidents d’Alsace-Champagne-Ardenne-Loraines et PACA à la sortie de la réunion, ce point mérite encore d’être éclairci. « La demande n’a été formulée par aucun président de région de piloter Pôle emploi, (…) mais nous souhaitons être en charge du pilotage des politiques qui doivent être mises en œuvre » a souligné Philippe Richert. De son côté, Christian Estrosi a pourtant parlé d’une « demande expérimentation sur le regroupement de Pole emploi, des missions locales et que nous soyons les vrais pilotes de toute la politique de la formation et de l’emploi, qu’elle nous soit concrètement transférée ». L’idée est de rassembler les guichets de la politique de retour vers l’emploi, alors que les structures au niveau local se multiplient, au risque d’un manque d’efficacité. « On a eu une écoute attentive mais pas d’engagements définitifs » tempère cependant Christian Estrosi.

Manuel Valls a éludé la question, sensible chez les syndicats, en affirmant que « le problème n’est pas le pilotage de Pôle emploi. Le problème, c’est que les régions jouent pleinement le rôle dans le domaine de l’emploi, de la formation et de l’accompagnement des chômeurs. (…) C’est dans le pilotage des politiques d’accompagnement des chômeurs, des formations (…) c’est à ce niveau-là que les régions devront pleinement assumer leur responsabilités ». Les présidents de régions et l’exécutif devront encore se voir pour caler leur politique de l’emploi. Le rêve d’un pacte républicain sur l’emploi, formulé en décembre par Jean-Pierre Raffarin et repris par Manuel Valls va finalement trouver (en partie) son expression via les régions.

 
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