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Restructuration de PSA : l’onde de choc se poursuit

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Florian Bourdier
Le 13.07.2012 à 17:37
Restructuration de PSA : l’onde de choc se poursuit
© AFP
Au lendemain de l’annonce du plan massif de restructurations à PSA Peugeot Citroën, les positions se crispent. Syndicats en colère, direction intransigeante et gouvernement désarmé. Les déclarations d’intentions se succèdent et les chiffres se précisent. Décryptage.

Les raisons de cette « bombe sociale » restent méconnues. Hier, le président du directoire de PSA désignait le recul du marché européen, entre 8 et 10%. Il a expliqué que le constructeur perdait actuellement « 200 millions d’euros par mois ». Mais ce matin, Philippe Varin changeait d’argumentaire en mettant en avant le coût du travail dans l’hexagone : « nous avons le coût du travail le plus cher en Europe et nous produisons 44% de notre production en France ».

« Un peu facile » réplique Jean-Marc Ayrault. Le premier ministre conteste l’idée selon laquelle il faudrait « traiter le problème du coût du travail et tout sera résolu. Non ! », s’exclame-t-il. La CFDT de la métallurgie considère également qu’il s’agit « d’un argument simpliste » expliquant que dans cette activité « les salaires représentent au mieux 6% du coût de production ».

Dans le même temps, le président du directoire assurait qu’il « n’y aurait pas de licenciements secs » et précisait que « personne ne serait laissé sur le bord du chemin ». Un « mensonge » selon Jean-Pierre Mercier, délégué CGT du site d’Aulnay. « Qui peut croire que sur 3600 salariés, avec cette usine qui va fermer, qu’il n’y aura pas un seul licenciement ? » s’est-t-il interrogé.

Un plan qui se précise

Aujourd’hui, un document de la direction du constructeur semblait donner raison à ce cri d’alerte. Le groupe envisagerait un « licenciement collectif » si le nombre escompté de départs volontaires – 6 500 – n’était pas atteint.

Toutefois le groupe a d’ors et déjà assuré que sur les 8 000 postes détruits, il procèderait à 1 500 reclassements internes. Il s’agirait d’employés de l’usine d’Aulnay à qui il sera proposé de continuer à travailler sur le site de Poissy, distant d’une cinquantaine de kilomètres. Une fausse bonne solution à en croire Farid Borsali, secrétaire général de la CGT de PSA Poissy. Ce dernier redoute que ces reclassements condamnent « les 1400 intérimaires » du site qui « risquent de se retrouver à la porte ».

En outre, le site de Poissy sera lui aussi impacté par la restructuration. En plus des intérimaires, 702 postes devraient être détruits, dont 446 ouvriers, 189 agents de maîtrise et 67 cadres selon les syndicats. La CGT assurait ce matin qu’un autre site de la région parisienne allait également être touché : Vélizy pourrait voir le départ de 684 employés, dont deux-tiers sont des cadres.

La liste s’allonge : 273 postes seront fermés à Mulhouse et une centaine en Moselle. A Rennes, c’est 1 400 emplois qui seront détruits, l’essentiel en production, et 181 en Recherche et Développement. La « R&D » est en effet une des cibles principales avec pas moins de 1 400 suppressions d’emploi à l’échelle nationale. Parmi les fermetures de postes hors production, on en dénombre 1 325 à la direction industrielle, 570 au marketing et 284 dans des directions diverses.

Les syndicats à la riposte

Sur le site de Rennes-La Janais, un millier de salariés manifestaient à la mi-journée en scandant « sans nous, pas de bagnoles ». « Une mobilisation historique » selon Pierre Contesse, délégué syndical FO.

Les employés d’Aulnay se sont rendus au travail avec une sérieuse gueule de bois. Jean-Pierre Mercier, délégué CGT, indique que l’usine « tourne au ralenti car tout le monde est écœuré ». La direction, qui s’est voulue compréhensive, assurait que ce vendredi « la production n’était pas la priorité ».

Toutefois, il ne faut pas s’attendre à de grosses actions d’ici la rentrée. Jean-Pierre Mercier a ainsi assuré que « la bagarre va commencer en septembre ». Précisant qu’il n’y aura pas un mouvement de « grève pendant six mois », il a annoncé la résolution d’organiser des « actions massives et ponctuelles ». Il explique ce choix ainsi : « la lutte contre les suppressions d’emploi, c’est un marathon, pas un sprint ».

Etroites marges de manœuvres pour le gouvernement

Même incertitudes du côté du pouvoir politique. Outre l’émoi manifesté par Jean-Marc Ayrault, le premier ministre a assuré que « dossier après dossier, nous chercherons des solutions, à la fois économique et sociale ». Pour sa part, le ministre du redressement productif a déclaré devant les sénateurs « refuser en l’état le plan » de restructuration de PSA.

Arnaud Montebourg a ensuite annoncé la nomination d’un expert, Emmanuel Sartorius. Ce dernier sera chargé d’expliciter la réalité financière du constructeur. Une intention saluée par le chef de l’Etat qui encourage ses équipes à « revoir ce qui a été présenté et avoir un plan pour l’industrie automobile » qui devrait être présenté dès la fin du mois de Juillet.

Mais que peut faire l’Etat sur un groupe privé ? Hier, le président du directoire de PSA refusait net une aide financière du gouvernement expliquant que Peugeot disposait « d’une sécurité financière importante ».

Martial Bourquin, président du groupe d’étude sur l’industrie du Sénat, s’interroge aujourd’hui sur « la stratégie du groupe alors que l’Etat a fourni les années précédentes des aides financières importantes pour soutenir le secteur ». Le sénateur fait explicitement référence au crédit impôt-recherche, à la prime à la casse, aux prêts consentis aux constructeurs, à la suppression de la taxe professionnelle…

Vice-président de la commission des affaires économiques, il déplore la faiblesse de la stratégie du groupe qui n’aurait pas su s’adapter. « Toute la lumière doit être faite sur les conséquences de l’alliance de PSA avec General Motors tout comme la stratégie globale d’achat, d’export comme de répartition des sites ». Il insiste aussi sur « le défaut de stratégie industrielle claire de l’ensemble de la filière et le retard accusé dans la production de véhicules à faible émission de CO2 »

Une demande de clarification assortie d’une recommandation : « il est plus que jamais nécessaire de réfléchir à l’opportunité de prévoir un chômage partiel, plutôt que des suppressions de postes massives et systématiques » prévient-il.

Pour Eric Heyer, directeur adjoint du département analyse de l’Observatoire français des conjonctures économiques, le chômage partiel « est le seul moyen (de l’Etat) à court terme, mais cela coûte cher, et ne fait que déplacer le problème ».